Variations triangulaires (première séquence)
Ce film,” The Woman in the Window” de Lang est un film pris dans une sorte d’abîme référentiel puisqu’il va tourner avec les mêmes acteurs une sorte de drame identique dans la référence à Renoir
La vie est un songe, The woman in the Window est une sorte de mise en abîme du cinema, le film est vraiment un rêve et le professeur du crime devient presque un criminel pour les yeux d’un fantasme dont le caractère prostitutionnel semble ne rien produire de négatif, au contraire. L’instant d’un songe dans son fauteuil le professeur invente un sujet narratif dont le destin se réduit à la chambre noire de son esprit, aucun drame que celui du sujet. Lang déplace le roman de Wallis, Once Off Guard. Le plan final passe d’une seule prise depuis le suicide jusqu’au réveil domestique. Où se trouve donc l’existence? Où se trouve le cauchemar? Il s’agit donc de l’éveil, du réveil. Le réalisme est au service du songe, y compris les mouvements de camera qui enferme le bonhomme dans son histoire. Lang qui est décidément un faiseur prodigieux va enchaîner ce film avec un autre The scarlet street, cette fois d’un réalisme sombre, et toujours avec le même trio, Edward G Robinson, Joan Bennett et Dan Duryea.
la rue rouge, scarlet street
ou comment tourner La chienne de Renoir à Greenwich Village
film sombre, film désespéré, les rapports humains sont dominés par l’intérêt le plus immédiat, et le dernier des hommes le demeure, prêt à tout pour asseoir son fantasme, il n’hésite pas à tuer dès lors qu’il apparaît pour ce qu’il est, il ne saisit nullement que le réel de sa peinture est la même chose que le réel de son fantasme et que la fille est ce qui confère à son existence sa pleine portée. Après, nous sommes dans la logique du pieu à glace. Le final, hallucinatoire, manifeste donc le retour de la scène finale de M, la pègre n’est plus que voix intérieures. D’un film l’autre il convient de souligner l’insistance sur l’image cadrée des mains du metteur en scène dans cette sorte de redoublement par la peinture. Après tout le peintre anonyme du premier film est le héros du second, il y a comme un abîme qui se creuse, il n’est plus possible de demeurer à distance de l’action, il faut quitter son fauteuil et chouriner directement, d’ailleurs les personnages se dégradent sociologiquement et psychologiquement, et le meurtre devient plus directement celui de Jack ou de M, d’ailleurs le position du corps de l’acteur va reprendre , de la voix, l’appel à l’Autre comme porteur de toutes les errances fantasmatiques, dans un temps où justement le sujet se découvre comme jouet de son fantasme. Nous ne sommes pas au temps, très transitoire il est vrai, de raison où Barthes pouvait revendiquer le droit d’intituler sa recherche comme vectoriser par son fantasme, la leçon de Klossowski en quelque sorte.
La chienne est à la fois très daté par le jeu des acteurs, la diction aiguë des femmes (on ne peut pas dire que l’admiration de Bazin pour le son direct soit tout à fait fondé, et la chanson pendant le meurtre est plus une question de montage), et en même temps tellement plus brechtien que la version plus tardive de Lang. Le film commence comme un petit théâtre et les acteurs y apparaissent dans leur épaisseur sociologique, nullement psychologique. Nous ne sommes pas dans un espace moral et en tout cas l’acteur principal Michel Simon est toujours distancié dans son rapport à son épouse et même à sa maîtresse puisque dans la version de Renoir, il sait tout aussitôt mais il n’en tient pas compte et s’il tue c’est pour la caméra (là ce n’est plus depuis le dos du meurtrier mais depuis le glissement d’une ouverture l’autre de la pièce au point de découvrir la scène d’amour, les corps glissants, juste une trace de sang sur l’oreiller semble indiquer... mais quoi). Le rire de Simon au final avec le premier mari de sa femme devenu clochard lui aussi tient à Boudu à l’Atalante. Il est étrange aussi que ce monde sans psychologie soit plus réel , plus humain que le psychanalysme fatique de Lang, encore que la séquence d’un film l’autre montre chez Lang un positionnement bien plus distant, mais l’ironie n’est pas à la même place.
Il est donc question de quelque chose qui se déplace à l’intérieur du narratif, quelque chose que notait Assayas à propos de De Palma, à savoir un détachement des figures et des signifiés, bien sûr il va parler alors d’archétypes et ainsi confondre avec le signifiant, mais la remarque demeure valable. Il y a quelque chose dans la citation qui se détache de la nécessité de porter à l’écran pour ne garder qu’un pur effet de structure, qui vise donc à un imaginaire qui ne serait pas du semblant puisqu’il serait établi fermement entre un sens et une Autre jouissance ouverte. Le film de De Palma, Le Dahlia noir est un film exemplaire puisqu’il vient mettre en circulation des fragments déjà filmés pour les retravailler de l’intérieur de l’écriture cinématographique, de sorte que le récit perd toute consistance biographique ou sociologique, même s’il demeure un récit. Ici le jeu des emboîtements est vertigineux puisqu’il y a à la fois un remake de film , le roman d’Ellroy étant lui même la mise en roman d’un fait divers où l’auteur peut faire circuler la question relative à la disparition de sa propre mère. Rajouter à cela que De Palma ne cesse de reprendre des bouts de pellicule d’Hitchcock , exactement comme Gordon, sauf qu’il va jusqu’à faire quand même un film. Il serait aussi prétentieux de vouloir boucler en quelques lignes une affaire aussi complexe. Nous ne pourrons donc indiquer que des fragments , des récits emboîtés, recyclés, sur fond de rapport de parlêtre, sexe et meurtre. La scène fantasmatique se réalise lugubrement, se redouble, se perd, persiste et resurgit dans la séquence meurtrière du dripper, souvenir de Jack et mise en orbite du serial killer comme héros moderne, héros americain puisque de l’autre côté de la frontière, au Mexique, il s’agit plutôt du meurtre collectif, à la fois originaire et apocalyptique, 2666 de Bolano.
Le 15 janvier 1947, la police de Los Angeles trouve sur un terrain vague le cadavre nu d'une femme de 22 ans, Betty Short. Le corps est sectionné en deux au niveau de la taille, vidé de ses organes et de son sang, il présente de nombreuses lacérations et brûlures, notamment aux seins, et la bouche a été ouverte d'une oreille à l'autre. La police met toutes ses forces sur ce meurtre qui, à cause de la tendance de la victime à se vêtir de noir, devient "l'affaire Dahlia noir". Elle va faire la une du Herald Express pendant douze semaines. Le meurtre est resté une des énigmes les plus célèbres des annales du crime en Amérique. Le meurtrier n'a jamais été retrouvé ou même identifié.
Elizabeth Short est née le 29 Juillet 1924, elle participe d’une biographie banale et d’un désir de starlette . Elle aime les militaires et cherche à entrer dans le Système
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Son corps avait été mutilé et coupé en deux au niveau de l’abdomen. Les deux parties gisaient à même le sol, sur le dos, les bras au-dessus de la tête et les jambes ouvertes. Elle avait été violemment torturée pendant plusieurs jours, et avait également subi un viol post-mortem.
Ses poignets et chevilles portaient des traces de corde. Il n’y avait aucune trace de sang autour du cadavre. Beth short avait les cheveux humides, le corps avait été éviscéré et lavé avant d’être dépose là. La cause de la mort, étouffement et hémorragie, causés par la commotion cérébrale et les lacérations du visage fut révélée à la suite de l’autopsie.
Les caractéristiques de ce meurtre jetait un évident trouble dans une Amérique supposée hors de la Barbarie, du moins hors ses murs
Peu après , la police reçu un mystérieux paquet, ainsi qu’une lettre anonyme faite de lettres de journaux découpée qui disait : « Here is Dahlia’s Belonging. Letter to Follow » ( "Voici les effets du Dahlia. Une lettre suivra").
Le paquet contenait la carte de sécurité sociale de Beth, son certificat de naissance, un ticket de consigne de ses bagages restés à la gare, et de nombreuses photos d’elle accompagnée d’hommes en uniforme. Il contenait aussi un carnet d’adresse, dont certaines pages avait été arrachées. Les empreintes avaient été effacées, et cela ne fit guère avancer l’enquête. Le LAPD ne reçu jamais la lettre promise.
Plus tard l’affaire fait rebond chez James Ellroy. A l'age de 10 ans, son père lui offre le livre de Jack Webb : "The Badge". Il lira le chapitre concernant l'affaire du Black Dahlia une centaine de fois. C'est le point de départ d'une obsession qui durera 28 ans. Sa mère est morte assassinée quelques mois plus tôt. Avec sa bicyclette, il rôde autour de Norton Avenue, essayant d'imaginer la scène du crime. Il en fait des cauchemars terribles. Ceci deviendra un moteur de l’écriture. Le meurtre réel inexpliqué et ritualisé devient sa scène de meurtre. Ses personnages, les inspecteurs, Bucky Bleichert et Lee Blanchard,vont se fondre dans le cauchemar comme les héros des Détectives Sauvages de Bolano .
Variations triangulaires ( seconde séquence)
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Un autre personnage va écrire là dessus bien plus tard, Steve Hodel,à partir d’un album de photos de son père où il reconnaît... le Dahlia noir ! Policier de carrière il enquête contre son père si brillant qui dans sa maison construite par Frank Lloyd Wright, recevait divers intellectuels dont Duchamp dont le tableau Etant donnés aurait pu servir de modèle à la monstrueuse mise en scène du cadavre du Dahlia noir , de même pour quelque Minotaure de Man Ray.
Nous passons côté Lynch, Twin Peaks cette fois, l’enquête oedipienne onirique
Il s’agit de sauver le narratif à tout pris jusqu’à fournir à Ellroy le nom du meurtrier de sa mère.
C’est donc plutôt du côté de Bolano qu’il faut chercher une filiation narrative qui serait plus du côté Joyce, autobiographie, voyage, remise en chantier des romans antérieurs, jeu des hétéronymes, personnage mythique comme Auxilio Lacouture, mère des poètes, structure fractale du récit, journal intime, recoupements d’histoires qui se perdent, se recoupent, volent d’un texte à l’autre, quitte à des variantes infinies , théories littéraires inconnues et survies des fonds du monde. Le temps s’écoule, effrayant et les rêves de départ finissent en citation apeurée de ce qui n’est plus qu’un reflet, la révolution est devenue un souvenir de souvenir, quelques vers sur fond lisse de supermarché, la Chine est occupée par Carrefour, le Sud de l’Inde bientôt, un peuple de fantômes oubliés. La fuite au désert de l’être n’est alors que la dernière mascarade poétique, la clôture définitive du texte qui pourtant va repartir jusqu’à ce que la camarde emporte le dernier bout comme dit Freud. Le réel ne cesse de progresser vers un terme déjà franchi cependant mais refusé, comme si la chose n’était pas déjà derrière. Alors la singularité du meurtre peut toujours essayer de faire survie au cauchemar de masse. Les images du 11 septembre font écho à la sortie des camps et la petite moustache est sous le nez du presbytérien de service. Le vampire de Gerner Sozois et Jack Dann enfermé dans le camp achève ses compagnons de mort. D’un côté de la frontière ce récit n’est pas publiable, de l’autre il fait partie de la réalité d’Etat puisque cet Etat ne fait rien. La réalité du monde est l’hallucination de sa mémoire de sang. Le tourisme est effectivement au niveau même de l’anus mondi, Ciudad Juarez. Le scénario est sans fin, la police arrête Jesús Manuel Guardado Márquez, alias « El Tolteca », ainsi que la bande de « Los Chóferes », avant c’était Abdel Latif Sharif Sharif, et Los Rebeldes, complices supposés de Sharif Sharif., un héros et son chœur, localisation publicitaire du fond du monde. La scénographie réelle renvoie à un mélange infini de rituels sataniques , d’orgies perverses de narcotrafiquants , de vendeurs d’organes , de sacrifices humains pour le tournage de films-réalité (snuff movies) dans lesquels la victime est violée, torturée et tuée devant la caméra Un cranc de plus et les cadavres eux mêmes disparaissent. L’ombre vient rejoindre le final de Treblinka.
«On ne finit jamais de lire, même si les livres s’achèvent, de la même manière qu’on ne finit jamais de vivre, même si la mort est un fait certain»
D’une certaine façon, nous voici assez loin d’un “vivre ensemble possible” comme le dit Barthes qui y interroge le fantasme ici institutionnel. La communauté psychanalytique ne semble guère se distinguer de la masse sauvage ordinaire. Paris est Bagdad. Pourtant Barthes dit que ce fantasme irréaliste n’existe que parce que parfois ça marche, pas seulement dans l’entre deux idéal du moi, moi idéal, c’est à dire dans le réel RSI, mais la millerisation de la psychanalyse est peut être son bon heure d’éviter ainsi par le piétisme de la lettre toute question sur la horde