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Un réel ludique

Un réel ludique

 

La civilisation aztèque, dans la mesure où sa destruction programmée par les conquistadors nous la rend intelligible, demeure pour nous exotique, c’est à dire relevant d’une logique dont nous n’arrivons pas à circonscrire le déterminisme autrement qu’en repérant à l’envie une fascination pour un tel gout du sang, mis en spectacle au service cependant de la nécessité de maintenir le cosmos en vie. Le calcul des cycles lunaires et solaires produit, sur un fond infini, la certitude d'une crise à dimension humaine tous les 52 ans, et d’une destruction périodique de l’espèce humaine régulière . Religiosité extreme qui envahit tous les détails de la vie puisqu’il s’agit d’offrir sans cesse son sang et celui des prisonniers ou de héros élus, cœur arraché peau retournée, tête coupée . Ecriture qui n’en est pas tout à fait une, du moins dans ce qui n a pas été effacé ... 

 

 

 

Bref l’exemple des effets d’un délire collectif dont les islamistes radicaux offrent un exemple actuel sans pour autant nous laver d’Hitler ou de Staline. Tout groupe humain pourvu qu’il se construise sur un Dogme qui vient de l’Autre comme révélation ou comme découverte construit un tel délire qui n’autorise aucune déviance. Nous pourrions ici reprendre la question de l’hérésie à laquelle la psychanalyse n’échappe pas, y compris sur la base de la légende lacanienne de l’excommunication et par suite de l’établissement orthodoxe du Texte qui interprète tout . Après tout la psychanalyse en tant qu’institution n’existe que comme rencontre improbable d’hérétiques hétérogènes, sinon elle se heurte aux effets du Bien commun qui indique la limite entre intension et extension. La saga Miller Melman rigidifie un rapport à la Vérité qui est finalement politique. Le culte du réel participe de la lecture univoque du Seminaire de Lacan qui se contient lui même . Rien d’étonnant à cette actualisation du religieux, du jungisme et donc de la clôture de la psychanalyse quant à son aptitude à rendre compte du réel justement, des lors qu’elle demeure plus soucieuse de son byzantisme que des révisions de la sorcière . L’esprit de sérieux sera sans doute un bon indice de cette clôture du Texte sur lui même... 

http://www.valas.fr/Qui-a-peur-de-Jacques-Alain-Miller,089

 

 

Si le symbolique permet d’interpréter l'imaginaire, il en opére pas moins une réduction d’origine qui serait celle qui préside à l’interprétation du rêve comme travail associatif sur un texte. On sait que ce passage de l’image cinétique au texte n’est même plus de saison et qu’après la section opérée bien avant qu’un seul fragment onirique ait eu le temps de voir le jour. Il y a là une iconoclastie de fond qu’on retrouve dans la tradition culturelle qui fonde les conditions boudieusiennes de la coupure freudienne. On sait que la distinction Lacan Anzieu porte justement sur la biographie freudienne autour du rêve de l’injection. Une structure sans biographe. Un symbole sans image ... 

 

 

Le cinéma que Freud n’aimait pas trop a constitué cependant une lecture du réel grâce à une écriture de l’image cousue à un texte. Lorsque Rosselini écrit Rome ville ouverte il monte à travers un croisement de récits la chute réelle du fascisme au plus près d’un irréductible de la conscience historique qui ne sera ni celle d’un Ford ni celle d’un Eisenstein au service d’une idéologie . Cela se mesure justement au style. Cela nécessiterait de reprendre la question Godard à partir du texte récent de Didi Huberman....

 

 

 

 Dernier point, la peinture si elle existe, à partir de la littérature, c’est la coupure Manet qui le montre , cette peinture va se constituer comme espace autonome depuis Manet et à travers le couple Fauve Nabi. L’exemple ici de Bonnard... mais il faudra tout autant reprendre ici le thème de la fin de la peinture comme symptôme du Capitalisme... Vous rencontrez sans doute Bonnard lors de la rétrospective à Pompidou, ce n’est pas le choc de Bacon par exemple, c’est à la fois plus doux, plus sauvage, inclassable, puis viendront les photos de Marthe dont la compulsion aqueuse origine un rapport inouï au corps du modèle. Nous ne sommes plus dans la confrontation comme chez Picasso. Ici il n’y a aucun discours que celui de la forme captive de la couleur . Donc il n’y a pas école et donc cet ahistorisme sauve le final de la peinture et donc introduit l’anti modèle pour la psychanalyse qui n’est ni la solution Spilrein ni la solution Duras.  Vous aviez même commis une toile représentant un de vos bureaux envahi par un jaune sans raison....

 

 

 Un professeur distrait du dogme, quelque chose de cru de plat, selon un ouvert du regard avide des choses, il était possible de traduire lumières formes et caractère rien qu’avec la couleur sans faire appel aux valeurs, la charme d’une femme, le nu comme sensualité retenue, celui d’une passante comme un éclair, une durée qui ne tient, aucune doctrine du peindre, seulement une logique de la sensation, qui ne peut tenir au voyage, le jardin de Monet, photographier l’instant du monde du modèle pour le retravailler dans l’atelier, le peintre nu, Dufour, anti Picasso , le dessin disparaît devant la mollesse des formes et dans le je m en foutisme de la facture et la couleur  de leurs essais est véritablement terne grise et sale, un jugement indécis, une femme puis deux dans le miroir du tableau, la toile au vent, la distance du séparé à quoi se mesure la splendeur de l’image entre vue, qui ne tient pas au temps comme la psychanalyse mais à l’espace , cette passion périmée de la peinture, qui est aussi la distance d’avec l objet vu mais vu cependant, et donc toujours Picasso qui craint d’être touché par ce que fait Bonnard, l’Ethique de la peinture, un réel ludique 

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