The age of innocence
Scorsese, en adaptant Edith Wharton, nous offre un piège identificatoire où le texte très lu du début contribue à confondre les personnages dans une langue convenue entortillée et notre regard cherche un temps à compenser l incompréhension de classe historique et ne trouve que la brillance d’objets raffinés . La caméra rajoute à ce dispositif tant par ses mouvements de travelling enveloppant que par des images magnifiques . Les visages reçoivent la lumière qui convient au mouvement de l’âme. La capture ainsi se resserre dans un jeu complexe de sollicitations . Nous pouvons alors suivre cette histoire d’erreur du sujet qui ne fait qu’apercevoir le souffle de la liberté pour mieux s’écraser dans son filet d’origine. L’erreur est au moins sur deux plans puisque la lâcheté du vivre pourrait s’entendre à la lumière de la pression du milieu qui ne laisse personne sortir des lignes prédéfinies . De fait si le trio central échange des cartes sociales, ils rejouent ces mêmes cartes selon une logique de structure où c’est l’impossible à être qui sert la marche du fantasme. L’autre femme n’ex-site qu’à travers un semblant qui la constitue tout autant que l’innocence de l’épouse. Entièrement substituables l’une à l’autre, elles se gardent bien de changer de rôle et respectent scrupuleusement le texte qui couvre leur voix. Car si l’homme fantasme l’autre femme celle ci se garde bien de n’y répondre qu’au titre d un tactile de baise main et d’un effacement in fine au seuil d’autre chose .Le jeu de capture séductrice double le semblant d’un réel. Somme toute il n y a rien d’autre que ce que l’on vit, c’est à dire rien. La brillance des tentures, la sensualité portante des musiques, la subtilité des dialogues, l’exactitude des dessins, des harmonies de couleurs... Tout fond et revient à ce réel derrière le décor , une petite table bancale rouillée et sale sur laquelle est déposée un plat de riz à la tomate avec un bout de poulet et quelques feuilles de salade. Le soleil frappe la peau plissée tandis que les textures à côté expriment librement leur inconsistance .