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Spectre

Spectre

 

La question des anamorphoses est loin d’être réglée, en soi puisqu’elle s’inscrit dans les jeux géométriques statiques qui eux même sont une première étape dans le traitement imaginaire réglé des surfaces projectives, nous ne garderons que l’idée lacanienne, pour l’instant, à savoir le secret du tableau des Ambassadeurs

 

 « Le Mystère des Deux Ambassadeurs  est en deux actes. L’installation de la peinture dans une maison devait répondre à des prescriptions précises : pour que l’effet de son dispositif fût efficace, il fallait le mettre en bas du mur, au ras ou légèrement au-dessus du sol qui paraissait prolongé dans le tableau. Dans le château de Polisy, dont la reconstruction commença en 1544, elle fut sans doute placée par Dinteville dans une vaste salle, en face d’une porte et près d’une autre sortie, chacune des deux issues correspondant à l’un des deux points de vue. Imaginons une pièce avec une entrée d’un côté, au milieu, et deux portes latérales de l’autre, le cadre installé entre les deux, dans l’axe. Le premier acte se joue lorsque le spectateur entre par la porte principale et se trouve à une certaine distance, devant les deux seigneurs, apparaissant au fond comme sur une scène. Il est émerveillé par leur allure et par la somptuosité de l’apparat, par la réalité intense de la figuration. Un seul point troublant : l’étrange corps au pied des personnages. Le visiteur avance pour voir les choses de près. Le caractère physique et matériel de la vision se retrouve encore accru lorsqu’on s’en approche, mais l’objet singulier n’en est que plus indéchiffrable. Déconcerté, le visiteur se retire par la porte de droite, la seule ouverte, c’est le deuxième acte. En s’engageant dans le salon voisin, il tourne la tête pour jeter un dernier regard sur le tableau et c’est alors qu’il comprend tout : le rétrécissement visuel fait disparaître complètement la scène et apparaître la figure cachée. Au lieu de la splendeur humaine, il voit le crâne. Les personnages et tout leur attirail scientifique s’évanouissent et à leur place surgit le signe de la fin. La pièce est terminée » écrit Baltrusaïtis , faisant monter la morale au principe électif de lecture d’un tableau qui est loin de se résumer à ce détail spectaculaire dont le sens profond masque sans doute le jeu ouvert des détails, et Lacan de poursuivre en deux temps « Car le secret de ce tableau, dont je vous ai rappelé les résonances, les parentés avec les vanitas, de ce tableau fascinant de présenter, entre les deux personnages parés et fixes, tout ce qui rappelle, dans la perspective de l’époque, la vanité des arts et des sciences, — le secret de ce tableau est donné au moment où, nous éloignant légèrement de lui, peu à peu, vers la gauche, puis nous retournant, nous voyons ce que signifie l’objet flottant magique. Il nous reflète notre propre néant, dans la figure de la tête de mort. Usage donc de la dimension géométrale de la vision pour captiver le sujet, rapport évident au désir qui, pourtant, reste énigmatique. » puis « Comment se fait-il que personne n'ait jamais songé à y évoquer l'effet d'une érection ? Imaginez un tatouage sur l'organe ad hoc à l'état de repos et prenant, dans un autre état, sa forme, si j'ose dire, développée. » L’étrange corps est devenu l’objet flottant magique ce qui autorise la fantaisie de l’érection thanatique. nous restons dans l’espace d’une géométrie érudite que le schéma optique va tenter de développer de manière plus abstraite sans pour autant réussir à se dégager vraiment de la capture scopique, c’est un peu la même chose qui va se produire avec les Ménines, à savoir la capture du savoir dans un regard, un semblable aveuglement qui traverse la scène analytique

 

 

 

 

 

 

 

 

partir de la critique de l’ego psychologie permet de positionner justement les paramètres de cette question, à savoir la notion du moi fort de l’analyste, identification normative imaginaire, clonage in fine sur celui de Freud, c’est depuis le symbolique que cette lecture est possible mais le nouage implicite RSI entraîne un clivage de la clinique d’avec la voie logicienne (qui sera le sublime de l’Ecole Normale) , reste la butée de Gödel qui signe l’incomplétude axiomatique, c’est en ce point d’impasse du concept que surgit l’appareil borroméen comme icône univoque, aucun retour, second tour du côté de l’imaginaire, retour aux Ambassadeurs, et voici Lacan joyçant face au spectre qui monte de la brume, sur les murailles du château d’Elseneur

il y a un spectre qui hante l’Europe, et la psychanalyse, le cadavre se décompose, celui de l’ego psychologie avec le libéralisme comme compagnon de route, et le millerisme fait copain avec le cognitivisme de facto, dans le flux d’images le réel demeure secret sous cette iconoclastie généralisée paradoxale, tous filmés mais droit à l’image, le sujet est hors spéculaire et sans voix 

l’imaginaire fait reflux dans les marges du sens, gros de l’indistinction clinique qui fait sac de morceaux, Lacan ponctuant le compulse a construit le bornage asymptotique d’un terme hypnotique clos, sans parole, le savoir creux y devient certitude, doublant la gestion statistique, reste la marchandisation sectaire et religieuse, le chaos langagier, guérisseurs du parlêtre

la structure est le langage, un système d’opposition, de différence, l’écriture d’une chaîne, de chaînes, quelle chaîne? une chaîne ouverte? fermée? nouée à d’autres? en tout cas ce serait le nom qui ferait chaîne sans que pour autant l’ouvert soit totalement déchaîné, il demeure un jeu de proximité, de voisinage qui questionne l’établi du sens, un effet de bordure, peut être d’éveil, l’équivocité de la chaîne glisse sur un effet de distance qui ne va plus convenir sans que la zone de franchissement se distingue vraiment de la licence poétique, peut être que le symbolique ne tient plus l’imaginaire qui néologise au point que la jouissance du witz vient buter sur un hors sens qui fait trembler, une absence de garantie que le mort soit bien localisable, qu’on puise lui rendre quelque hommage, qu’il veuille bien se mettre au zéro du calcul, d’où effectivement l’embarras de la dispersion des cendres, qui le fait échapper à la présence qui apaise le fuite du regard à l’infini, qui dispense d’une jouissance sans bord qui est mortelle, la fonte du nom dans sa dispersion ordinaire chiffrée, jouir à mort faute de célébrer les fêtes phalliques, d’où ce corps dispersé dans le grand tout polyvoque , dévorant, hors réalité c’est à dire dans la présence horrifique du réel , un inconscient ouvert qui hallucine le fantasme du sujet, de sorte que le plaisir se trouve offert en sacrifice sur l’autel d’une jouissance sans borne qui disloque la vie, le semblant du plaisir au creux de la réalité ou le culte de la jouissance à mort , beau programme!

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