Le silence d’un père
Peu de pères poussent la rigueur de leur position jusqu’à incarner cette place mutique qui relève de l’interdit inscrit dans le corps de la langue maternelle, silence donc absolu qui ne cherche nullement à se soutenir de quelque effet imaginaire qui serait l’ordinaire d’un père pris au plaisir de l’existence. Peu importe après tout que ce soit l’effet d’une sidération compulsive qui figerait toute parole dès lors qu’elle serait porteuse d’un désir spécifique. C’est cette fonction symbolique qui va venir trancher sur le réel biologique. Du moins dans la remarque classique puisque l’actuel sera plutôt soutenu à la fois par l’humanisation du biologique et la parole libérée d’une langue qui devient étrangère à l’intérieur d’elle même puisqu’elle se trouve soulagé justement de cette amputation qui est l’inconscient. Langue universelle de communication qui vient rejoindre le fantasme jungien de la langue matrice, archétypale, urmuternale, comme si la banalisation du symbolique permettait de rejoindre d’un bout à l’autre les deux pôles de l’imaginaire, lisant le réel clinique à une interprétance compacte. Si la langue universelle est devenue la langue de l’origine, effectivement le monde est devenu un vrai para-dit où le besoin trouve sa pointure exacte, du moins sa ligne métonymique puisque de métaphore il ne peut plus être question. Tant que demeure un effet de traduction, il demeure une part d’interprétation qui va s’effacer avec la machine à traduire sans doute inscrite dans les verres de lunettes. Chacun est médiatiquement dans l’effet de forçage de cet universel qui sévit dans l’usage extra-ordinaire de la langue maternelle devenue instrument simiesque vis à vis de quoi il n’y a plus de signifiants refoulés , ni donc de désir exprimable. Il n’y a donc plus à ironiser sur la seule forme clinique qui demeure puisque celle ci est bien le descriptif le plus adéquat aux variations pratiques d’adaptabilité. Ce qui pourrait être refoulé quand même, ou forclos , serait une bruyance poétique qui pourrait jouer d’un cut up sur la pure fonctionnalité du langage, car il s’agit bien d’un langage et non plus d’une langue, appelée à disparaître comme celles du Caucase. L’hystérie d’ailleurs a disparu avec ses crises d’entrailles qui causent. Dans les espaces localisées des particularités régionales demeurent le distinction accentuée qui résonne comme ce rythme de portance de la langue qui vocalise le langage du capital de toute la puissance d’un cri de mort, c’est à dire de toute la puissance d’un désir. Chacun est ainsi renvoyé aux funérailles de ce père qui emporte l’articulation dans sa tombe, l’offrande infinie d’une attente sans fin qui ne peut se clore dans quelque joyeuse bande erratique et nocturne. Le fantôme cause et ça fait rigoler tout le monde, ça évite de se frotter au réel .