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le pied dansant d Isadora Duncan

 

le pied dansant d’Isadora Duncan

 

On connait le bas relief de la Gradiva au pied du divan de Freud. Ici le fétiche se trouve en place d’objet du désir comme surestimation d’une partie du corps ou d’un objet en rapport avec le corps. Non sans que cet objet ne soit à même de trahir sa fonction d’être insatisfaisant localement puisque la substitution du pénis manquant vient toujours trahir l’ombre qu’il représente. La désubjectivation objectale est un détachement de l’histoire comme expérience du manque et la lingerie comme la fourrure feront rempart à l’absence. Mais le déni n’est pas ici sans maintenir le double sens d’une absence qui n’existe. Une présence qui n’est pas sans n’être. En somme quelque chose qui demeure dans un bascule incessant et donc instable de présence et d’absence. Position somme toute ordinaire et qui ne vient au delà du voile qu’au prix d’un déchirement. Après tout un fantasme est bien ce compact S<>i(@) dont le terme est cet $<>@ qui inscrit logiquement le détachement réel de l’objet.
Isadora Duncan danse , son corps nu voilé, pied nu en tout cas, retour aux figures antiques, sur la piste de Warburg qui traque le geste archaïsant.

le 14 septembre 1927 à Nice , le long foulard de soie qu'elle porte se prend dans les rayons de la roue de L’Amilcar GS de son garagiste Benoît Falchetto, étranglée par son voile.

Norbert Hanold tombe amoureux du bas relief de la femme qui marche et retrouve son simulacre dans les ruines antiques

" Il se rend sur les lieux et, au cours d'une rêverie diurne, " tandis qu'il anime ainsi le passé par son imagination, il voit soudain, sans pouvoir en douter, la Gradiva de son bas-relief sortir d'une maison et, d'un pas léger, gagner [...] l'autre côté de la rue "

Au delà de la fantaisie de la capture amoureuse, à savoir qu’une femme se positionne dans le semblant de i(@) à condition qu’elle incarne à son insu le réceptable de l’objet. C’est bien d’un réel pour le sujet dont il s’agit et la femme à la bottine si elle évoque le regard en dessous de la tête de Méduse ne sera par exemple opératoire que parce elle est avant tout en place de ce regard détaché du corps. Elle est en sorte au coeur de ce que Benjamin notait de la fixation photographique, un réel qui déplace le relatif du cliché justement. C’est cela qui fait palpitation de la chair. Un être exposé dans sa présence même.

" La photographie était très ancienne. Cartonnée, les coins mâchés, d'un sépia pâli, elle montrait à peine deux jeunes enfants debout, formant groupe, au bout d'un petit pont de bois dans un Jardin d'Hiver au plafond vitré. Ma mère avait alors cinq ans (1898), son frère en avait sept. Lui appuyait son dos à la balustrade du pont, sur laquelle il avait étendu son bras ; elle, plus loin, plus petite, se tenait de face ; on sentait que le photographe lui avait dit : "Avance un peu, qu'on te voie" ; elle avait joint ses mains, l'une tenant l'autre par un doigt, comme font souvent les enfants, d'un geste maladroit. Le frère et la soeur, unis entre eux, je le savais, par la désunion, qui devaient divorcer peu de temps après, avaient posé côte à côte, seuls, dans la trouée des feuillages et des palmes de la serre (c'était la maison où ma mère était née, à Chennevières-sur-Marne)

 J'observai la petite fille et je retrouvai enfin ma mère " Nous sommes dans la chambre claire de Barthes juste avant sa mort. Il voit juste avant.

Par delà l’érudition qui préside à l’exégèse de l’objet représenté, il y a l’inquiétude d’une présence qu’aucun savoir ne viendra résoudre. Au point d’un risque de bascule si justement le centrage phallique est forclos et que toute chute du semblant ne renvoie qu’à un réel déchaîné, ainsi Warburg recherchant la permanence du semblant à travers la série infinie des représentations emboîtées de sa bibliothèque.

la métonymie du fétiche ne fait pas métaphore

comment ne pas retrouver dans cette identification tremblée l’ironie limite de Rrose Selavy

Il faudrait reprendre en ce point la leçon du simulacre dont le théatre est tissé dans le meilleur des cas donc (juste pour l’anecdote comment peut-on accorder quelque vertu à ces Lignes de Faille du couple Huston- Marnas vieillot, redondant, caricatural, sous une critique unanime heureusement?Une certaine clôture  de la culture passe par l’occupation de la scène par des productions qui ne doivent leur autorité qu’avec l’alliance d’un sujet tabou et d’un jeu ordinaire de pouvoir politique, éviter avant tout toute question par une saturation avancée du questionné)

« Sous d’autres conditions ce que je tenais à dire ou à montrer n’eût pas pris nécessairement la forme de l’écrit ou du dessin : je cherchais seulement à provoquer des circonstances où mes émotions seraient partagées par un nouvel entourage. Si peu que cela !… Confiant dans les moyens d’une rhétorique conventionnelle, les estimant les mieux appropriés à donner corps à cela même que ces conventions excluent comme de l’insolite, je ne faisais que rendre plus obscur ce que je pensais dire de la façon la plus claire, quitte à donner à mon propos une apparence de futilité. » bref il faut joindre Klossowski à l’affaire.

Encore un point celui de Madame de Lafayette , peut être, qui viendrait signer une place absolue qui se rit de l’agitation et qui pourtant transfert le désir au point de sa vérité

La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.

et comment ne pas relire cette autre version de banquet de Platon, la position socratique même

"Je crois devoir à votre attachement la faible récompense de ne vous cacher aucun de mes sentiments, et de vous les laisser voir tels qu'ils sont. Ce sera apparemment la seule fois de ma vie que je me donnerai la liberté de vous les faire paraître ; néanmoins je ne saurais vous avouer, sans honte, que la certitude de n'être plus aimée de vous, comme je le suis, me paraît un si horrible malheur, que, quand je n'aurais point des raisons de devoir insurmontables, je doute si je pourrais me résoudre à m'exposer à ce malheur. Je sais que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont d'une sorte que le public n'aurait peut-être pas sujet de vous blâmer, ni moi non plus, quand nous nous engagerions ensemble pour jamais. Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels ? Dois-je espérer un miracle en ma faveur et puis-je me mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma félicité ? Monsieur de Clèves était peut-être l'unique homme du monde capable de conserver de l'amour dans le mariage. Ma destinée n'a  pas voulu que j'aie pu profiter de ce bonheur ; peut-être aussi que sa passion n'avait subsisté que parce qu'il n'en aurait pas trouvé en moi. Mais je n'aurais pas le même moyen de conserver la vôtre : je crois même que les obstacles ont fait votre constance. Vous en avez assez trouvé pour vous animer à vaincre ; et mes actions involontaires, ou les choses que le hasard vous a apprises, vous ont donné assez d'espérance pour ne vous pas rebuter.»

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