Le perv(rp)ers du Kapital
Il n’y a guère, existait une critique , fondée sur un usage de la raison et sur la possibilité de mettre cette raison au service d’un croisement dialectique des concepts. Eric Hazan , non sans qu’il faille souligner le caractère un peu bâclé de son ouvrage, s’efforce d’examiner cette question à la lumière de fragments relatifs à la LQR, la néolangue orwelienne qui accompagne la phase actuelle de développement du capitalisme. Il s’inspire en particulier de Victor Klemperer qui étudia le travail linguistique du IIIème Reich comme formatage du parlêtre. Certes le chemin est vaste entre la performance linguistique revendiquée par Goebbels “nous parlons la langue du peuple...il faut utiliser son langage, parler sa propre langue” et ce grâce à un soutien précis de la police, et ce qu’il pourrait en être de la LQR actuelle qui n’a plus besoin dans l’espace de fusion du camp dans la marchandisation mondiale d’un organe spécifique d’organisation puisque le système mis en place sécrète presque de lui même les tournures linguistiques nécessaires à sa survie.
Il convient de noter cependant que le populisme de Royal comme celui de Sarkozy use d’un rapport direct à la langue du peuple, effaçant le volet des interpréteurs comme les journalistes et réalisant le tour de force de sembler construire un discours nouveau à partir de la LQR justement déjà formatée. Hazan use d’une formule heureuse pour cette phase de fascisation ordinaire, c’est à dire sans la moindre nécessité d’éducation forcée “la LQR évolue sous l’effet d’une sorte de darwinisme sémantique”. Il convient de s’attaquer très nettement à ce massacre de la langue qui applique des “formules” à la fois “l’inconscient c’est le social” et “ Dieu est inconscient”.
Il serait de la plus parfaite négligence de vouloir réduire l’affaire à un descriptif mélancolique d’un glissement du lien social vers un lien pervers au quotidien. Dans chaque espace des sciences dites humaines, passée la phase de la grande critique, qui porte des noms, un certain nombre d’opérateurs de mutation se sont saisies de l’héritage pour le mettre au service de cette LQR . Exemplaire est sans doute l’héritage de Foucault où l’on voit l’éditeur pouvoir d’une main établir une remarquable édition du Cours et d’autre part offrir son savoir au service et d’une société assurancielle et du MEDEF. Exemplaire est l’opérateur Miller dont l’efficace se mesure à l’impact ordinaire de ses agents (devenir le seul espace où la psychanalyse aurait encore droit de citer, ce dans l’ordinaire des références du milieu comme analysant encore potentiel), mais aussi à l’universalisation de la psychiatrie neuro-chimico-comportementale. Dans cet état d’après coup d’effacement de la politique par l’usage de la LQR, le discours psychanalytique n’apparaît plus que comme un dialecte de la LQR.
Le populisme politique qui en vient à réduire l’élu à n’être que le porte parole de ce que la LQR implique en matière de formatage de pensée est plus vaste que la pantomime spectaculaire d’une campagne électorale. Il mesure l’état réel des échanges dans une forme sans contenu.
Un état des lieux nécessite de repérer un certain nombre d’opérations ordinaires d’effacement, le problème nécessite une solution confiée à un expert, masque des énoncés qui dissimule le rouage qui actionne le moteur sous le couvert d’un langage publicitaire d’émotion programmée, livrant une information totalisée, allant jusqu’à lever un bout de voile “ce que nous vendons à Coca Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible” raconte le PDG de TF1. Scandale autoréférencé qui aussitôt se noie dans l’euphémisme généralisé sur le modèle imbattable de l’Endlösung. . Les mots de Le Pen s’inscrivent dans cette opération de “dévoilé caché” qui rajoute sa couche d’opacité visible. Il s’agit toujours de faire entrevoir la langue pour pouvoir mieux l’engloutir dans un espace homogène du discours à la cohérence parfaitement lisse, privatiser pour rationaliser et optimiser les résultats, Kouchner et “la nouvelle gouvernance de l’assurance santé” est de même niveau que Seillière “seule la mise en place immédiate et accélérée d’un programme de réformes peut rétablir notre situation économique”. Une série de mots se répondent dans ce vide sidéral, réforme, crise, croissance, contraintes extérieures, marge de manœuvre, post industriel, offensive, mobilisation générale, feuille de route, ... Strauss Kahn, Lang, Chirac, Borloo .. parlent la même langue. Tout comme BHL ou le toujours Kouchner qui en célèbre le courage journalistique
A ce mélange d’opportunisme médiatique et de réelle bêtise participative appartient le combat pour la diversité dans un monde fondamentalement inégalitaire mais puisqu’il n’y a plus que des individus, aucun recours à une analyse simplement sociologique sinon politique en terme de classes. Nous voici référés au peuple des citoyens , initiative citoyenne, entreprise citoyenne, dans un monde donc moderne et social, fracture sociale, cohésion sociale, traitement social du chômage, bref on s’occupe du défavorisé, du moins on le dit pour ne pas le désespérer “être réformiste dans le cadre d’un capitalisme mondialisé consiste à rechercher un compromis social dans un sens qui cesse de défavoriser le travail au profit du capital”, au besoin à l’aide d’une toxicomanie généralisée mais culpabilisée, réformiste donc dans le sens d’une modernité qui arrive à concilier et la pulvérisation des êtres sociaux et leur attache à des formes de plus en plus sophistiquées de maintien de l’ordre, à moins qu’après tout ce ne soit la même chose puisqu’après tout la démocratie est alors avant tout une pratique consensuelle d’effacement des formes d’agir démocratique. Celles ci étant remplacées par des organisations humanitaires gavées à l’éthique impuissante voire complémentaire des guerres . Car il ne s’agit pas de lésiner sur l’affirmation des valeurs universelles, sur le recours à des para-pères bienveillants (Rothschild à Libération). La société du spectacle va donc masquer sa misère réelle par l’intervention autoréférée de ministres austères, de journalistes inflexibles, de chefs d’entreprise déterminés, d’intellectuels incorruptibles, propres à ce saisir de l’inacceptable pour discourir sans fin, la détermination absolue de l’élite à l’écoute bienveillante d’une population stupide qu’il faut mener vers d’avantage de solidarité de proximité, de propreté locale, de sens écologique, de responsabilité politique réduit à accepter une vision manichéenne primaire des luttes mondiales qui se résument aux dangers de quelque archaïsme arabe, nullement à une exploitation universelle de l’homme et de ses désirs à un niveau jamais atteint.
“La vie des autres” nous transporte dans un univers clos , celui de la paranoïa universelle comme dérive d’un système supposé disparu. La résistance à peu près impossible propose des formes d’identification émotionnelle et ce d’autant plus facilement qu’il s’agit de produire un texte de critique, de différenciation. C’est un film bien sûr manichéen, le couple est magnifique, ainsi que les amis du dramaturge, même le surveillant est sublime... profonde sobriété du moment final où la pudeur l’emporte sur la grâce, mais comme le fait remarquer un des anciens responsables politiques, le temps d’après le mur est aussi celui de la fin de l’écriture.
Il y va de ça comme du destin du concept. Notre dramaturge relit Brecht. Brecht?
La psychanalyse est une anthropologie, c’est même la seule discipline qui..., les faits de discours sont des faits tout court... voilà un préambule qui limite toute dialectique et en tout cas qui récuse par exemple toute lecture du concept psychanalytique. Bref nous échappons à Gödel , ce qui remarquons le, réintroduit l’Autre dans sa consistance la plus radicale. Il y a donc crise de légitimité puisqu’il n’y a plus de Dieu. Et la modernité , décrite d’ailleurs selon le mode ordinaire du truc en soi, impose une présence du vide , l’absence de toute exception, d’où une dominante imaginaire fondée sur une relation spéculaire hors cadre, qui elle même implique un évitement, d’où la place ordinaire du déni... dans ce descriptif qui confond le symptôme avec sa structure, l’expression “relever le défi de la modernité” vient ironiser sur l’autre versant non pas constatatif comme il est dit mais constituant, à savoir la mise en puissance du sujet statistique. Ce premier point évacué il devient “nécessaire” de produire un questionnement dogmatique de la perte de jouissance comme constitutive du parlêtre. Face à la redoutable question d’une “distinction individu-sujet” l’introduction de l’imaginaire social vient poser son opacité face à la question redondante “ comment l’appréhension de cette négativité par le collectif a été modifié par la postmodernité”. Le recours aux extrêmes cliniques vient plomber le pauvre lambda d’un destin ordinaire, celui du héros américain , le serial killer doublé souvent par le ben laben de service.