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Andreï, ce ne sont pas des films que tu fais..

 

Andreï, ce ne sont pas des films que tu fais..

 

 

 

 

 ”Celui qui trahit une seule fois ses principes perd la pureté de sa relation avec la vie. Tricher avec soi-même, c'est renoncer à tout, à son film, à sa vie. ”

 

« La liaison et la logique poétique au cinéma, voilà ce qui m'intéresse. Et n'est-ce pas ce qui convient le mieux au cinéma, de tous les arts celui qui a la plus grande capacité de vérité et de poésie ? » 

L’image est d’une certaine façon souveraine, ce qui ne veut pas dire qu’elle serait avant ou supérieure, mais identique strictement au texte, aucun arrière fond énigmatique, aucun Dieu qui contienne la vérité, alors il n’y a plus d’impératif du récit ni de hiérarchie des images

 

          L’océan matriciel matérialise nos pensées, imposant le secret des fols amours, aux pentes arides de leur présence. Éternel présent où se rejoue le possible inouï d’un retour sur les phrases suspendues dans un rire ou un cri. Il semble , psychologue, promu à savoir quelque chose du secret mais se trouve réduit à l’inhumain, il lui faut supporter l’interdit et demeurer au seuil, déjà passé, ne pouvant revenir que dans la masse nuageuse. Le paysage demeure, identifférent, indifférent dans cette identité. Jamais la même, toujours la même, sans mémoire, sans oub lié, aimée d’être clone, perdue de l’être. La science s’efface dans son orgueil totalisant.

       Alors le monde devient simplement visible

 

 

        Le film de Steven Soderbergh “Solaris” n’est pas négligeable, ce qui complique un peu les choses et nécessite l’habituelle séquence comparative, le film comme séquences, comme feuilleton, Clooney y incarne un personnage somme toute plus psychologique et de fait plus irréel. Les explications peuvent y être lourdes mais il y a des points de paradoxe largement déployés du côté de la conscience du clone qui a mémoire de choses qu’il n’a pas vécu et qui veut disparaître alors que le sujet veut le maintenir dans la réalité. Le final certes où il apparaît que le sujet est devenu le clone de son clone ne manque pas d’allure. Quant à la banalisation comme une histoire d’amour, elle tente sans doute de rendre commercial une oeuvre qui déborde de ce narratif de tous côtés. Bien entendu Tarkovski se moque complètement de la réalité de ce monde, lui qui cherche justement un monde purement psychique où le clone onirique est plutôt fantomatique.

 

       il s’agit d’être russe malgré tout, ou à cause de tout, être russe après et à cause du communisme, être ailleurs, mais aussitôt poser la question du style qui réveille les formes dogmatiques de la représentation, Roublev est un film historique, c’est à dire parfaitement ahistorique, l’extrème lenteur, la résistance du sol, de la boue, seul contre l’immonde collectivisé

     “ je suis fatigué, fatigué de persécution, de votre haine, méchanceté, de misère, de l’absence systématique de travail à laquelle vous me condamnez perpétuellement”

       il ne reste que l’horreur de l’exil, le dernier opus “le sacrifice” sera hors système, face de mort,

     l’arbre, dressé, se parcourt en un mouvement incessant d’un extrême l’autre, toujours vers la terre, jamais le ciel malgré la camera qui vole au bout de la grue, il faudra repasser par la terre, la boue, en épuiser à nouveau la présence pour risquer une drôle de transcendance, la terre elle même est lourde, gorgée d’eau, peu propice à l’artifice d’une culture, le mythe d’un jardin malgré elle, l’impossible, l’eau semble être là depuis toujours, la terre gorgée d’eau, sans aucune verticalité de pluie, celle ci va venir sur la dernière icône, sur le sacrifice, les chevaux blancs derrière le rideau de pluie, Kelvin laisse l’eau l’envahir avant de partir vers la mémoire, vers un soleil possible fort matriciel, pur contact de l’humide sur la peau, voilà que ce mystique fait vibrer l’immanence de la matière

     mieux il n’est question que de solitude, aucun salut en l’autre, radicalement, le monde est peuplé de signifiés qui ne renvoient à aucun signifiant, le monde est vide de ces objets qui passent, qui imposent leur errance, leur étrangeté, posant une sorte de normalité paradoxale, n’ouvrant sur aucune signification, sur aucun arrière plan que celui défini justement par la structure qui se déploie sans but, allant jusqu’à imposer une mise en cadre sur quelque chose d’évident bien qu’incompréhensible, mis il faut alors quitter l’espace urbain pour autre chose qui n’est pas forcément la maison posée dans la steppe. en tout cas un lieu où l’autre n’est que vague fantôme du sujet, indice du chemin intérieur, puisque le reflet est sans aucune profondeur, purement de surface, devenir terre, finir à l’asile, lentement

     se souvenir sans doute de l’enfance nue, une pure sensation sans pensée, loin des cadres qui le norment peu à peu, repoussant la monstruosité d’origine, sans innocence, uniquement les visions de meurtre sur un corps torturé dans sa fraîcheur même, l’enfant halluciné porteur de l’être qui n’est d’ailleurs qu’un vide que tient la structure en attente de semblant

une femme ne peut interférer en ce monde, sans doute car elle porte le plaisir qui éloigne de l’incise du désir, fond mystique certes, voire phobique du corps, cette capture dans un relatif de distraction fait cependant retour dans l’espace du rêve

    le fou y surgit tout autant, sans doute porté par le paradoxe de la sagesse, en tout cas dépositaire d’un refus du semblant, selon la haute tradition iourodivi, Christ parodique

    il ne convient pas de livrer l’univers à la pensée comme porte à faux, le savant demeure extérieur, tant qu’il ne prend pas de risque du poids de sa propre bêtise, sinon il échoue dans toute démarche vraie, poussé sans doute à l’in-des-sens du pensée qui ne peut ex-ister qu’aliénée, engourdi voire nauséeux, lenteur ou répétition du flux identique, douleur lancinante du voyage

    il est question du temps de mémoire et donc de l’infinie patience et donc de quelque chose de refoulé au point d’en devenir forclos, comme s’il devenait de plus en plus difficile de dire les choses en des termes construits, le laminage a commencé et après tout cela a à voir très directement avec la question du montage, la mémoire qui s’oppose à la mort, après le parlêtre il n’y aura plus de mémoire, passer d’un plan à l’autre selon une analogie incertain, démultiplié au titre d’un ouvert qui restitue alors la présence des choses, nostalgie et douleur qui entraîne le sujet et ses autres, ne jamais lâcher là dessus en dépit de tout, de la volonté surtout du maître anonyme, il y a deux façons de franchir la coupure, une en tout cas se fait sans affect du sujet, une voix s’égare dans l’épaisseur des choses, et le schéma optique devient actif dans chaque plan, aucune image sans un point réel manifeste, de sorte qu’il n’y a pas ici de vraie capture spéculaire imaginaire mais mise en coupure dans le continu du réel selon le souvenir du souvenir

     Bergman, Tarkovski

“c’est un visionnaire qui a réussi à mettre en scène ses visions grâce au média qui est le plus lourd, mais aussi le plus souple de tous. J’ai frappé toute ma vie à la porte de ces lieux où lui se déplace avec tant d’évidences. Quelques rares fois seulement, je suis arrivé à m’y glisser”

l’analogie ne coagule pas dans le métaphorique, le rêve demeure palpable, un étirement se produit qui maintient la forme malgré le médium , tension du corps 

     la durée se mesure à l’étirement des plans, il reprend Eisenstein à l’envers, il est vrai à la fin du communisme, “sculpter dans le temps” et donc différer l’instant de coupure, repousser la mort selon un lent mouvement continu, ainsi le temps n’est plus de l’ordre du chronomètre mais bien du temps psychique, d’où la résistance ou l’abandon face à ce cinéma, alors il est possible de remonter vers l’origine, sous le masque de Dieu affirmé, vers l’origine de la pure coupure, loin de toute scénographie primitive, le temps peut alors se glisser dans l’espace qui perd tout repère, devient parfaitement incertain, la station spatiale est la terre, l’incertain permet d’explorer des lignes d’espace temps réelles c’est à dire courbes

    on est donc dans une coordonnée biblique, ce qui évite toute confusion, puisque le problème est posé dans sa matérialité de base, le jeu du sacrifice parodique, le théologique au terme assumé, le dévoilement est sur fond citationnel ce qui suppose un minimum de culture réelle à travers des signes dont l’évidence permet le fractionnement

    “nous attendons tous quelque chose, toute ma vie j’ai attendu, comme sur le quai d’une gare, c’est l’éternel retour, on espère, on espère et on renaît, et puis tout recommence avec de petites différences, ou plutôt, sans la moindre différence”

   la quête est toujours celle du même, le redoublement du signifiant sur lui même qui fait origine, il faut sans doute passer par une sorte de rituel , catastrophe, sacrifice et régénération mais dans le cycle du mythe

   “le ciel se retire comme un livre qu’on roule et le soleil devient noir comme une étoffe de crin”

   Il sera donc question et du lent, et du sans lieu, et du silence et du plus faible, la parole ne peut monter que depuis le plus faible, celui qui peut sans doute quelque chose de pas trop stupide sur la résurrection d’après la catastrophe. Il s’agit , politiquement, de mimer le relèvement totalitaire d’après la catastrophe mais du point de vue justement de celui qu’il faudrait éliminer au nom de la langue parfaite de l’Autre achevée.

   L’art est de plus en plus pris aux effets de représentation du Spectacle qui s’efforce de mettre en avant l’idée contre ce qui en est la forme. Kiefer nous a montré que l’éthique du réel demeure dans une esthétique impossible . “ plus il y a de mal dans le monde, plus il y a de raisons de faire le beau”. On peut d’ailleurs aller jusqu’à la formule de Tarkovski “l’art est une prière”, ce qui serait la vraie formule de l’athéisme. Et à la prière, on va même rajouter la terre, et donc ce rapport de l’enfance et du sol, et donc la nécessité de trouver quelque chose de l’ordre d’un lieu qui n’existe pas , qui n’est pas de l’ordre de l’utopie mais bien cet aller-vers le point de rebroussement de la structure qui n’est pas localisé et pourtant sans cesse d’en tout vocable qui se détache du silence

   l’interêt de sentir, éprouver la présence de ce qui vient “ je suis persuadé que nous nous trouvons actuellement au bord de l’anéantissement de notre civilisation”. L’espace intérieur survit à la ruine qui monte sous couvert du lisse de l’objet triomphant. Loin du montage américain l’installation dans la durée éloigne l’agitation du zapping culturel, de sorte que puisse se forger l’oeuvre qui s’inscrit dans une série qui fait consistance. Tarkovski refuse la facilité d’un tableau sur le jugement dernier pour pouvoir faire advenir l’icône trinitaire “des impressions de vérité qui nous sont donnés à apercevoir de nos yeux aveugles”

 

 

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