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diaqhke, il pleut sur le Trinitaire

 

 diaqhke, il pleut sur le Trinitaire

 

 

 

 

 

Tarkovski est un atlante, cette façon délocalisée d’être freudien, un atlante qui livre ainsi testament. 

Le terme est repris de Tertullien

qui part de testamentum pour traduire diaqhke, la convention , le pacte,mais aussi barîth, l’alliance

il est question de testament au sens des tablettes, de quelque chose de scellé, attesté par témoins qui signent, testamentum réduit sans doute un peu la notion grecque d’arrangement, d’ordonnance, de disposition qui implique des dispositions secrètes, mais ce qu’implique diathéô, courir de tous côtés, se propager, courir pour lutter

Tout ceci va s’impliquer dans le testament d’Atlante

donc en écho Epicure “ c’est à l’heureux et dernier jour de ma vie que je t’écris cette lettre. mes intestins et ma vessie me causent une souffrance inexprimable. Mais, pour compenser toutes ces douleurs, je puise une grande joie dans le souvenir qui restera de mes ouvrages et de mes discours”

Roger Gilbert Lecomte “l’extraordinaire et rarissime conjonction de nature, de race, d’hérédité, de tempérament, de caractères physiologiques, sans compter l’apport morbide, les troubles pathologiques presque toujours nécessaires en notre ère maudite, pour ouvrir la fissure foudroyante par où l’âme universelle filtrera lentement dans la conscience privilégiée endormie”

mais la diaqhke d’Atlante est fondatrice, la mélancolie du parlêtre est deuil oedipien.

 

      Le texte ne peut venir à l’image, il se perd dans l’impossible qui n’est pas que scènes irréalisables , c’est tout autant cet ouvert dans la structure que désigne la lettre malgré elle qui semble pourtant porteuse d’iconoclastie, mais il y a une image de la lettre qui est jouissance.

Toujours commencer par le terme, le dernier jour, ne pas écouter le père, rester dans le songe, et donc pouvoir ainsi supporter le désastre, attendre encore qu’il soit possible de peindre à nouveau, demeurer dans la vague du temps 

Donc il y a le temps du scénario et puis le temps de l’image, le film rêvé entre deux, les déplacements, la bataille perdue, brume et sang, l’étranger monte depuis la plaine pour réduire à néant l’image qui consiste le monde

illustrer sans doute mais comment faire advenir une simple image qui soit de l’Autre, c’est à dire contenant le hurlement du Dieu Pan, au final du monde antique quand commence l’obscur monothéiste

danse le bouffon aux cris des paysans endiablés jusqu’au massacre ordonné, faire taire, détruire la musique, briser les instruments, longue colonne qui marche entre barbare , famine et peste

reste les femmes avides de péché, il faut couper les cheveux en masse, se souvenir des montagnes de cheveux des morts

“ils ont tué le baladin pour rien”

pourtant il eut un temps de peinture où ce fait centrait toute activité humaine, attendre qu’il est fini l’icone avant de reprendre le travail, demeurer alors dans le silence de l’oeuvre qui vient

La Tour

 

“je ne sais rien faire, je ne suis capable de rien, je ne vois rien, je ne sens pas les lignes, je ne sens pas les couleurs, je suis tout simplement aveugle”

mourir avant d’avoir peint, tout contre cet orgueil d’y parvenir, oeuvre entrevue comme un rêve qui s’efface sur la toile colorée

l’été monte pourtant de la terre gorgée d’eau et de gel, de minuscules insectes proposent leurs entrailles aux oiseaux qui glissent dans l’herbe qui monte enfin du sol noir, mais la chasse commence aussitôt, marquant de sang le plumage de neige

l’icone apparaît cependant par surprise dans l’horreur définitive du sens définitif, heureusement il y a le feu

“ la surface de l’icone est presque entièrement calcinée, elle est noire de suie et la peinture est craquelée. il est absolument impossible de distinguer ce qui était représenté dessus”

les yeux crevés

et puis les corps nus dans la nuit chaude, lune d’argent dans le fond des yeux avides

Andreï s’en vient à connaître le cri de chair moite, les femmes se confondent dans cette nuit nouvelle, aucune coupure d’une à l’autre, toujours la même qui lui sourit, violée sans doute, sans doute a t il tué à coups de hache le tatar , peut être, il doit faire silence jusqu’au jour où le fondeur lui raconte le mensonge du père, aucun héritage, il faut tout inventer

“ la caméra s’éloigne de l’icône rendue floue par le ruissellement des gouttes, et nous voyons des prairies grises sous l’averse, le méandre d’une rivière qui se couvre de risées sous le souffle du vent, et des chevaux debout sous la pluie dans l’herbe trempée, au bord de l’eau”

 

        Comment peut-on passer de Roublev à Solaris? au prix d’une torsion, sous couvert d’Alphaville ou de 2001, de mode donc, il faudrait à nouveau fouiller dans la terre, ne pas lever les yeux du sol, ce qui est un comble pour quelque chose qui est sensé se passer dans l’espace et le futur.

 

         l’ombre de la mémoire revient, une et multiple, ineffacée, identique, tremblante et exigeante, elle vient au delà du deuil, maintenue ouverte par le deuil impossible

elle est issue de la masse incohérente, sorte de naos du rêve indifférent à l’effet de réalité, 

j’ai l’impression que je... que je dois... tout le temps... te voir

j’ai vu que tu n’étais plus là et j’ai pris peur...

je ne me connais pas du tout, je n’ai pas souvenir de moi-même. Dès que je ferme les yeux, je ne peux plus me rappeler mon visage

elle s’efface sans cesse dans le regard, sans cesse fait retour

tu comprends bien, n’est ce pas, que je ne sais pas d’où je sors

je ne suis pas Harey! l’autre Harey est morte, elle s’est empoisonnée. Et moi... Moi, je ne suis pas du tout ça...

née de rien ,de la vague qui meurt déjà dans la suivante en se retirant, elle s’efforce un instant d’exister hors des projections de l’autre, mais s’y perd aussitôt pour revenir sans cesse, chaque fois morte 

oui! peut être! Mais moi, je deviens humaine

elle s’incarne et un instant s’accroche à cet aspect concret, se faisant enveloppe au phallus imaginaire

        Breughel peint comme Tarkovski, pas de ciel, face à la terre, le regard ne peut absolument pas se détacher de la terre . La scène se déploie et se fragmente à l’infini sans pourtant échapper au cadre stationné au dessus de la masse qui pense... rien, pur Autre qui questionne le désir  

       froid, blanc, neige, pluie, une izba, celle du père devrait suffire à faire décor, l’espace est pour le marchand qui, lui, ne peut rêver. Par séquence il la retrouve et la perd et la perd d’avantage chaque fois qu’il la retrouve puisqu’elle devient à chaque fois plus réelle, donc plus différente, étrangère radicalement à son désir, faute d’avoir su se limiter à la première vision, au bord de la maison du père    .L’attente tranquille du même creuse en soi sa présence redoublée, point de lieu autre au delà des volets clos  .Mais l’espace du monde est brisé dans son continu , la violence aveugle des désirs errants porte le charme inconnu, au prix du sang épais, les morts multiples du même se feront sans un cri ou plutôt les sons vont s’etouffer sous la neigetout sera détruit, le corps pourri en vif, selon l’ordre du nouveau maître. L’appel d’un inouï ne porte que signe de mort, la mémoire ravage le nouveau, à chaque meurtre d’âme un lointain se fait plus certainune complicité sauvage lie le parlêtre à cette errance, dès lors qu’il y perd l’indice langagier, sans doute virtualisé dans la second life déjàles barbares somnambules font office de tatars, ils ne sont pas nécessaires au meurtre, ils expriment simplement les modalités de son étendue.Le maître anonyme regarde, son intention importe peu, il est là pour boucler la scèneil se tient au milieu des lances dressées.au bout d’un moment le seuil est franchi, on ne peut fuir, ni supplier puisque l’eautontimoroumenos est à l’oeuvre désormais. Il ne peut que la mener au mourir pourqu’elle s’éloigne d’avantageon tue un enfant au principe de toute chose.hurler se sert à rien, il suffit de s’effacer soi même dans tout cet effort vain.il n’y a de mémoire que dans l’actuel d’un dit, le présent est le seul signe du parlêtre, son seul réel, le même sans cesse s’achève comme sur un terme indépassable et puis tout s’arrête comme si la dite mémoire était chimiquement épongée, 

        il y a une ruse dans Solaris qui consiste à vouloir déjouer le Pouvoir, le tromper sur l’intention, le laisser se repaître d’une censure facile portant sur Dieu ou le pantalon défait de Kris, pas sur cette femme qui n’ex-iste porteuse du poids de l’inconsistance de l’Autre, Staline au plus haut des cieux, " Un Dieu imparfait, limité dans son omniscience et dans sa toute puissance, faillible, incapable de prévoir les conséquences de ses actes, créant des phénomènes qui engendrent l’horreur ".

      c’est effectivement une drôle de formulation du pouvoir. Et l’horreur n’est point apaisée par la rencontre avec l’enfant de Fédor.

 

 

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