la pute et le goupillon
Warnung vor einer heiligen Nutte "Le rêve de notre groupe était que nous allions partager les responsabilités et les tâches, et que chacun devait co-décider des films à faire. Malheureusement, cela n'a pas marché… Les gens se sont vite rendus compte que s'ils ne faisaient rien, j'en faisais d'autant plus, pour pouvoir mener le projet à terme". Dans un hôtel en Espagne, une équipe de tournage attend le metteur en scène , c’est à dire qu’il manque le marqueur qui signe la place du vrai et donc pose la réalité comme ce qui est indexé comme in/satisfaction et im/possible. Réduite au semblant hystéricomélancolique de la fête, l’équipe erre dans l’attente de sa mise en scène. Cette question de Fassbinder marque un tournant dans l’historique des temps et renvoie à la question de l’auteur.
Les contradictions de la sainte putain donc.
Charlie Bronson se refuse à accepter cette réalité, il lui faut la scène de son triomphe, c’est à dire être la référence même du spectacle et son lieu d’exercice artistique est la prison où son talent est sans limite, strictement incontrôlable, il agit en permanence pour demeurer le pire prisonnier de sa majesté, mégalomaniaque furieux, il met son corps au service de cette fureur, ce qui bien sûr a une dimension politique ce dont il n’a que faire, il est le clown de Dieu à sa façon, il est Dieu puisque Dieu ne voulait rien faire pour lui, Nicolas Winding Refn en fait un film où triomphe cette toute puissante sadico-artistique en un redoublement de music hall
l’énorme travail schreberien pour réanimer cet Autre dispersé, ce qui indique ici l’enjeu du théatre, s’il en reste
quant à monsieur K, il ne peut regarder tout ça qu’avec bien des difficultés, certes il a établi quelque bornage dans son affaire , la sexualité est une affaire physiologique qu’il clive entre la prostituée dont le tarif règle l’expansion et la Femme idéalisée. On conçoit que le psychanalyste est aussitôt dans une idéalité tarifée ce qui complique un peu les choses. Payé comme une pute, il n’offre pas le même genre de service, d’autant qu’étant alors en place amicale, pourquoi serait-il tarifé? à moins qu’il mette en jeu quelque arrière fond, auquel on oppose son incompétence logique vis à vis des choses dernières. Monsieur K serait d’accord avec cette idée que l’inconscient est une langue à déchiffrer de manière universelle, le jungien ou le comportementaliste lui plaisent bien, la voix d’outre tombe qui ménage sa propre place de sujet. Les espaces infinis et la diversité infinie des mondes, cet universel hors sujet, ces désirs qui vont dans tous les sens! La réduction freudienne de la psychopathia sexualis, ça ne lui va pas, encore que l’aspect structural d’une abstraction ne lui déplait pas. Et puisque nous en sommes aux affaires métaphysiques, la mort peut après tout se penser sans expérience, sans symbolisation. Dans la salle d’attente encombrée du maître il suffit d’attendre son tour, ce temps arrêté où l’on peut jouir à l’abri éternisé de ce qui, quand même, est un peu ennuyeux, à savoir cette banalité du symbolisme qui, comme dans la religion, établi une effrayante continuité avec l’Autre. Heureusement que le maître fait obstacle à ce risque destructeur de toute sa technique analytique inaffective et de son savoir. Il demeure que l’imaginaire et le symbolique sont en continuité et qu’il vaut mieux faire le mort. D’autant qu’ainsi le père ne sera jamais mort, qu’on pourra continuer à entretenir avec lui le dialogue, qu’il en vienne à se faire humain ou humble, afin tout ce qui le défait comme père, il suffit d’attendre sagement à son tour, qu’il soit pris dans la logique instrumentale du paiement, les bons comptes font les bons amis, il n’y a pas besoin d’écrire de la poésie pour ça.