la préparation du tableau
1
une toile plus loin
il y a peut être, au delà du terme qui fixe un espace opaque , incertain, sans contour, un possible mais presque de principe, en attendant, au fil d’un temps précipité, la sidération oscille avec les automatismes, formule dans le fond infantile et inentamée, en tout cas il n’y a plus de couleurs, juste le noir et le blanc, et un papier qui emballait un support à tissu en bambou, le papier est ici assez précieux dans notre monde puisqu’il est de fabrication artisanale, donc une feuille irrégulière et froissée en attente, le papier sans doute se suffit à lui même, je vois que Dezeuze colle des papiers sur des feuilles, c’est ce que je fais, une toile blanche plus grande que le papier, sur le papier je fais couler de l’encre de Chine, une projection d’eau implique des formes et quelques écoulements contrôlés qui débordent de manière limitée sur la toile blanche, au moins deux traits verticaux réguliers, je rajoute un bande noire verticale, à droite, grâce à une forme droite taillée antérieurement dans du bois, la peinture utilisée est une fabrication à la tempera que j’avais réalisé après avoir rencontré Bergeon, la toile semble un instant achevée, mais il y a trop de toile vierge, la sidération reprend, peut être un aplat de plâtre, avec une ou deux petites têtes blanches, ça s’arrête, le reste des écritures est en panne
il faut rajouter une grille fine en haut à gauche plâtrée avec donc deux petites têtes à droite, la toile serait montée sur un support comportant une tête sans doute grandeur nature en avant du tableau et en bas
la peinture noire quelque soit sa nature est sans doute de trop, et blanc sur blanc difficile, le rouge sang semble extrême, il n’y a aucune violence dans cette présentation de la feuille linceul, de fait cela vient après le texte qui, lui, allait avec la gestuelle colorée de la toile, du temps de la force, et peut être du courage
la forme minimale est sans doute de trop, aggravée par la photo qui l’écrase d’avantage, l’inconsistance de l’entreprise demeure et quitte donc le relatif ponctuel d’une sorte de nécessité d’écoute
quartett en ponctuation, laissant flotter la forme hamiltonienne comme prise du désir , exclut la grille pour une surface de dentelles qui perd en chemin sa prise, restent les petites têtes qui sèchent et la surface plâtrée des traces variables de pigments antérieurs, l’ensemble ne tient toujours pas
on pourrait tout aussi bien dire une toile de trop, stabilisée sur un nouveau retour, tissu et petites têtes, sans doute retoucher le côté un peu sale de certains séchages avec un peu de blanc, l’échec de la toile sans vie encourage paradoxalement la série qui est toujours un piétinement mortel, reconnaître cet achèvement, le chef d’oeuvre inconnu et la fusion du corps dans la toile
il n’est que de butter sur un Kiefer ou un Giacometti dans une demeure aristocratique remise au goût muséal du jour pour achever la piste
l’évidence des terres sur l’orgueil du mur boisé
craquement de souffre
pris dans le piège du regard qui ne pardonne pas la médiocrité
il n’est alors de sortie que le feu du miroir et l’étendue neutre à la Virginia
prêt pour un nouveau massacre
2
une toile de trop
la couleur vampire est hors atopie, c’est tout au plus un fond coagulé recouvert d’un linceul , figurines comprises,
capture de l’image, le temps de faire, de s’y oublier, n’être que matière qui se cherche, dans l’enveloppe fibrée , supposée vibrée d’un souffle inspiré ou expiré plutôt, pure surface sans effet de masque, rien que la toile dans l’échec de sa présence trouée ou non, pas de surécriture, de second temps, de reprise, ou du moins de reprise cachée, tout doit être visible dans son développement, son descriptif, la limite du cadre signe tout au plus l’incomplétude de l’essai qui existe peut être dans la série, ce qui reste à tenter dans la monotonie du même et du déplacement léger d’une substance l’autre
la structure de la toile est aussi une limite, un appel au jeu des glissements de surfaces ombrées, problème technique redoutable qui doit s’appuyer sur la matérialité d’un drap pour en doubler l’apparence d’un effet de transparence, la langue est de même non localisée malgré le poids lourd du récit ou des affects intentionnels
la toile est sans doute ce deuil de soi même , cette perte de vivre qui s’installe dans les fibres du corps, malgré soi et aussi selon soi, jusqu’au bout cependant, selon la leçon froide de Roman Opalka , même si j’ai pu célébrer le terme de Renoir, Matisse , même De Kooning
se retrouver soi dans l’absence de tout vibré que l’écho des pas sur le chemin
certes on ne peut pas dire que ces trois maîtres soient très minimalistes , on pourrait même penser qu’ils résistent jusqu’au bout dans la folie colorée
comme Cezanne,
Bonnard
et Dufour
et Klossowski
poursuivons , comment effacer le reflet qui coagule la face en figure
d’abord un équilibre de formes
le principe est la chose même, la figuration , l’expression lyrique manifestent le semblant de l’affect, le mouvement coloré invasif des sensations, la forme minimale cherche à présenter la chose nue, malgré ses défauts de semblance qui leurre sur une présence cachée, craintive , mais la texture n’est que l’effacement progressif de la trace, ordonnée et non plus subie, avec une certaine idée d’un effacement en séries, réduisant les différences colorées à leur minimal,
ainsi en irait-il de la lettre, lue ou écrite, rangée en accumulation sérielle, perdue dans la masse, un peu comme un livre perdu dans la bibliothèque puisque indexé à rien d’autre que l’errance de mémoire, résistance en tout cas absolue à toute tentative de numération, somme d’une perception plus ou moins ordonnée d’un réel, soumise à un effacement de fait inévitable, leurre de la transmission d’un savoir, que l’on songe à l’établissement du séminaire de Lacan, transcription écrite d’une lettre articulée dans la polyphonie du transfert
la couleur résiste salement au recouvrement
tout au fond demeure l’infâme, la prétention d’être
la chose se pose dans son vulgaire, qu’importe, il y a encore tellement à faire, sur l’horizon de la lettre certaine, malgré feu la cendre qui lit dans la fumée des choses
3
une toile cendrée
à mon ami Daniel mort le 25 janvier au matin
on repartira toujours d’un excès de couleur, et sans doute de cet impossible à contenir tout ce rouge sauf d’un effet de terre dont parle Kiefer, le hasard d’un computer l’autre, achevant la transcription numérique infinie, livre la solution partielle in vivo
les nazis n’auront pas besoin de venir, l’art a dégénéré tout seul, son propre camp, en soi, et le sang n’est qu’un semblant de couleur, aucun regard sur la toile que celui de l’objectif qui fixe les moments jusqu’à chaque terme de la série, d’ailleurs les nazis ont finalement gagné
le blanc n’arrive pas bien à contenir toute cette horreur, il faut trouver le mélange de terre adéquat
d’abord il y eut ce papier qui cherchait à se poser, faute d’être support de dessin, d’écriture, la douleur du tracé, puis dans cet achèvement partiel la nécessité de réviser l’ensemble accumulé dans la cave, un à un, avec méthode
il faut trouver la méthode, mais après tout qu’importe, il suffit du temps de parcours sur la toile jusqu’à un faux équilibre suffisant
il n’y a aucune éthique de la peinture, juste de l’agitation , un temps, un geste fondateur puisqu’il retravaille la trace enfouie dans les ombres, qu’il anticipe le grand fermage
la couleur refuse le linceul cependant, avec ce jeu inouï des glissements sauvages de forces fantasmées, support évité du modèle, contenu par l’instance de jugement,
visible abandonné au déchaînement du langage
l’écrit hésite à faire lettre, il demeure dans le voilé d’images, épuisé du temps, relevé par bribes de ce drap couvert de terre séchée, la grille met à distance du contenu, elle contient la forme innomée qui n’a aucun souvenir de contact, que le brutal contact d’incises qui découvrent l’intérieur inconnu
la toile découvre malgré elle un souvenir lointain qui parle de vieilles folies prises dans l’histoire des temps refoulés, le battement de la pulsion peut donner l’illusion de quelque chose qui gravite autour d’une vérité
le visage fera donc retour dans une odeur de sang, impression fragile d’une trace sans doute déjà déchirée, et les fragments ne feront qu’atlas comme le propose GDH , il est vrai qu’il part de la folie de Warburg, celle de Benjamin, lire la polysémie du réel comme tables, tout autant table de dissection
mais dès que la toile se construit explicitement au narratif elle fait remonter du fond les séquences de la contingence, l’embrouille des inscriptions, sauf à soutenir le tremblé impressionniste qui était tout autant l’inscription de la peinture dans la marchandise , juste avant 14, il faudrait être tellement léger
pourquoi est ce Sorolla qui vient à l’esprit et aussitôt Saura, et non pas Renoir ou Bonnard
il demeure le vide de l’inscription, la question de la vanité, malgré ou à cause du vif intérêt pour un document sur l’autisme qui montre le psychanalytic disorder à l’oeuvre, son terme évident en régime capitaliste, en tempérance rajouter une tète de cheval parmi les éléments figuratifs dès cette séquence 3 assez confuse
le terme de la série bien sûr Tang
léger comme la transparence des matières qui se souviendraient de tout, du socle, comme des horreurs, et qui porterait l’indifférence à tous ces fantômes au plus haut point d’incandescence, au delà en tout cas de la fatigue de vivre qui n’est pas que la complaisance dans le déjà fait
catrulus recouvre sans doute catullire, le chat comme éprouvé, sens de toute façon second à l’ordre logique onomatopéique indo-européenne k-t-l, l’éprouvé comme réveil de l’ombre n’est qu’une conséquence sensible du jeu de la lettre
la figure qui se présente alors en bord de toile est une Judith de Cranach, impitoyable, aux portes du désir de peindre, aucune bonne mesure que l’exactitude qui s’impose , aucun modèle que le déplacement impérieux des formes
l’image s’agite un instant puis s’abime dans un représenté aspirant déjà à l’autre terme de la série, l’épuisement du faire, l’im-posture d’un désir, celui de l’analyste, celui du peintre qui serait tout au plus un semblant dérisoire comme le montre si bien l’image poussive d’un Robbe Grillet, ignorante certes , ce qui aggrave l’exhibition froide des figures, demeure la semblance du dessin
et donc un état incertain, le blanc est repoussé, le rouge indistinct, reste la figure qui plonge dans un narratif redondant
solution partielle, un peu d’orange et l’animal central, ce après le passage par la route noire qui vient du camp, faut-il encore repasser par là?
Si je ne suis pour moi, qui le sera ? Et quand je suis pour moi, que suis-je ? Et si ce n'est pas maintenant, quand ?" (Pirke Avot - Maximes des Pères - 1:14)
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une toile gazée
il y avait cet homme qui parlait du camp, larmes, cris, qui repassait par cette absence d’image de lui même qui ne pouvait se soutenir d’aucun récit, juste sans doute l’épreuve de l’auto-portrait, et puis effacer le visage, pour quelques pas, et cette exigence Autre qui voulait se soutenir de cette face
donc une séquence quatre qui va plus vite que l’écriture sans doute parce qu’elle porte déjà trace d’écriture inconnue, archécriture, avant même l’état des lieux, déjà un violet de surface puis des dentelles, presque achevé sans doute dans cette précipitation de ne pas être gazé
étrange la photo s’obstine à vouloir l’envers de la toile
la séquence oeuvre le dérisoire de la reprise, aucune invention, la fluidité du début a fait place au bricolage d’un faire ostentatoire au réel, pure compulsion en semblant d’activité
l’humble serait d’accepter le partiel d’une sommation de lumières locales, une totalité fluctuante soumise à l’impératif d’un présent,
le temps rend évident la ruine hégélienne, la splendeur du concept par devant la mort, toute collection leurre sur son principe sauf à se reclasser sans cesse ailleurs, sur la brève durée, Goethe est encore baroque, après la science viendra rendre le réel illisible
c’est depuis le coeur du meurtre que Bruno Schultz nous rend ironiquement visite, les peintures de la chambre d’enfants
mais Schulz triche sans doute en se glissant dans le fantasme du tueur, souillure dont on ne peut que supposer qu’elle ne préside à son effacement presque totale, ce ne sera pas le cas de Zoran Music qui traverse entier la fumée et les ombres
qui cherche un regard encore possible malgré cela, cela a eu lieu
un regard sur les choses
qui ont eu l’audace de survivre
nous sommes avant que le miroir ne localise un visage, il n’y a encore personne, juste une supposition, l’image de soi n’advient que de la surprise d’un regard qu’atteste une parole, ainsi en irait il d’une toile qui n’existe qu’après être exposée, lue
les planches anatomiques ne questionnent rien, elles sont posées à même le sol, sans doute dans la poussière comme les autres ouvrages, après l’effondrement de la bibliothèque, cela n’a pas d’importance puisque personne ne lit plus rien, ne regarde plus rien, il y a des photos sans doute de famille mais personne pour les renseigner
des archivistes parcourent le lieu,
le brouillard des choses tues, enfouies, vient se confondre avec ce qui est en attente
affronter Valdemar est sans doute une étrange perception qui est un effet du réveil de la toile vue, mais aussi un déni logique, et ce n’est sans doute pas hasard qu’arrivent alors Warburg, Jung ou Boulez
le faible appui du réel est un regard entrouvert en surface, à travers le linceul du texte, un regard masqué par la toile encore immobile , masque sur un masque où se risque la présence du réel
le regard (comme la voix) parce qu’il imaginarise le mouvement de la pulsion, défait le continu qu’il suppose, ce qu’Oedipe atteste devenu voyant, parlant en langues, déchaîné
la castration du regard et de la parole,
achever la séquence archivo-psychopathologique, l’animal fétiche et le visage non encore formé de Music
la séquence pourrait se poursuivre dans son mouvement d’impossible recouvrement, de forclusion , resterait alors la surface vierge terrorisante, l’attente des outils
5
Une toile blanche
étendue uniforme ou presque, c’est un tissu non préparé pour peindre, non tendu d’ailleurs avec divers matériaux plus ou moins homogènes, mais aucune pensée
là dessus la préparation du séminaire sur le transfert, la pièce de Cojo, les difficultés techniques de la toile non tendue, revenir à une vieille forme pour tenter quelque choseil y a d’abord ce grand papier sur le côté qui n’a jamais fonctionné au dessus ou à travers du grand cube, enlever cette surcouche inutile, donc le blanc, celui de la toile, avec beaucoup d’eau comme une pluie lourde sur la terre, il y a aussi l’interférence Boulez, l’ouvert comme structure aléatoire ponctuée, encore faudrait-il pouvoir penser ça avec le signifiant et donc Klee et la musique
cela ressemble à la première toile de la série, peut être en rester là, attendre
la toile blanche revient, immobile, au dessous il peut y avoir un gisant, sur une toile plus petite et longue
Holbein ou Champaigne, pas Mantegna phallophanique, citation rapide du dessiné auquel répond l’attente d’une somme de fragments dessinés qui pourraient construire la grande forme, Klee, Beuys, Giacometti, Picasso, Ingre, Cezanne, Degas, Delacroix, Kandinsky, De Kooning, je ne dis rien des correspondances qu’établit Boulez, la musique m’étant étrangère, nous parlerons du deuil qui préside à la vita nuova, celui de la musique cryptique pourrait-il faire l’affaire puisqu’il semble dans la nature du psychanalyste qui pourtant tiendrait son nouage quatre du réel
le jeu de mémoire est sans doute inutile, il construit le tout d’une combinatoire variable, l’esquisse diffère de l’oeuvre toujours qui ne peut être que d’un geste, le reste est bricolage,donc avant tout ce blanc en attente de rien, surtout pas de pathos lyrique, surtout pas de construction glacée, il reste peut être l’incise d’un trait
le retard définitif de son geste Zao Wou Ki
la peinture témoigne de l’impasse du regard, mieux de l’impasse de la parole dans le regard, voix et regard pris dans la commotion d’un même réel, à moins qu’elle ne témoigne de l’hors concept du toucher et du sentir, l’évolution du pot de tempera est organique, une moisissure pousse sur cette odeur qui vient donc marquer le noir des traits verticaux, peindre ainsi à même l’organique, substance nullement sublime la litanie des noms reprend Gasiorowski
là le factice de l’image a disparu, le côté séducteur des formes pour un aplat sans miroitementcomme dans ce roman de Drago Jancar, le personnage ne peut plus quitter un lieu où il a atterri un peu par hasard, lieu qui a toutes les caractéristiques de la petite ville fasciste du corbeau de Clouzot, à moins de faire comme Barthes, deux ans avant sa mort et s’interroger sur le milieu de sa vie, quand le deuil vient signer à la fois la répétition monotone du même, la faillite du nouveau, de l’aventure, l’évidence de sa mort, et donc la décision ultime, fut-elle brève d’advenir à un choix conséquent, nel mezzo del cammin du nostra vita, donc vita nuova à l’encontre de l’ensablement, refuser cette répétition, il faut un événement, rencontre, deuil, la même chose peut être, la préparation du tableau dans le deuil de la psychanalyse après la mort du père, l’inverse de Freud, le chemin de Proust et la question de Barthes
identification superbe, sublime, stupide au texte de l’autre, identification de fait en défaut d’un extrême, nul n’improvise le réel du deuil d’Armand Jean le Bouthillier de Rancé pour la duchesse de Montbazon
chacun dispose d’un lieu, d’un temps , peut-on construire quelque chose de cette image ci
bien sûr l’espace est peuplé de fragments de sensations qui répugnent au langage ou au contraire le creusent, faut-il encore en prendre le risque d’expression, l’expansion des couleurs, des sons à travers la convention formelle, subversion de l’illusion intime
6
the white one
le cadre nu cligne un oeil vers support surface, il attend d’être recouvert, par dessus l’hypothétique Christ mort
la toile n’est blanche mais recouverte d’une écriture pâle, illisible, je sais qu’il sera question de barbelés, visages, dentelles, papier, ou rien, juste cette surface en attente au dessus du christ mort
comment poser ce corps mort sans suite dans la surface du tableau, trop grand pour la largeur depuis la face, un fragment ou deux sans doute, ce bras, cette main verte, le regard enfui, et donc la voie qui converge vers le grand silence hurlant, neige et dentelles, les barbelés toujours, sur la feuille dessiné rapide le corps meurtri de la fraction,
s’enfoncer dans la terre meuble, parmi les os innombrables qui remontent malgré les bombes d’annulation des faits
assembler les fragments comme archives en vue toujours d’un sens très faiblement potentiel, en tout cas essayer de faire socle, ces innombrables vies perdues qui font barrage à la notation du présent, l’actuel déchiré, les marches du temps, presque à l’arraché, les contours du bras et de la face
quelque chose résiste à la complaisance morbide, et ce après un premier état des deux puis trois fragments, impossible d’y inclure le fichier de police, est-ce la bonhommie érudite d’Eco? en tout cas en cherchant c’est d’un autre dessin du même Dufour dont la main se saisit, imposant le croisement érotique de la mort et de la vie, puiser dans le souffle des morts innombrables assassinés celui de vivre
le moment serait d’une interrogation sur la polysémie de l’image façon GDH et sur le minimal Haïku , c’est à dire entre la fonction mémoire et la fonction présent, découpe de la présence tout autant dans le fil de la permanence du vide
le rassemblement des éléments demeure disjoint comme si ce tout hypothétique demeurait effectivement hors champ
ce qui va manquer demande le souffle
une couleur bronze qui pourrait solutionner, un temps, l’étape
7
la saturation scopique
« Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés
Soir d'automne. »
dans le nouage, l’imaginaire comme le symbolique tiennent au point réel qui les excluent, en fondant tout autant le légitime, ce qui réduit la fondation spéculaire comme perspectiviste ou la fondation lettrique comme métaphorique à des fonctions partielles localisées et de fait en défaut de structure, c’est ce à quoi invite le nouage au réel qui pose l’excentricité interne du nombre, le chiffrage de la structure nie la dominance du symbolique pour rendre compte du nouage, sans doute qu’il convient de repartir de la dispersion depuis Benjamin de la légitimité visible de l’image pour le glissement décentré de la surface pigmentée, tout autant convient-il de lire un tableau de Renoir comme un haïku c’est à dire la logique du temps qui fait venant se substituer au temps chronologique ou logique, le présent de l’expérience dans une singularité unique sans arrière fond moral narratif, ainsi devrait se dire le possible de la peinture
« Paix du vieil étang.
Une grenouille plonge.
Bruit de l'eau. »
futilité des choses, cette toile trop chargée qui flotte sans cadre dans l’accumulation poussiéreuse d’un garage
de sorte qu’il n’y a pas d’urgence , si jamais il y en eut, serait-ce certes utile de faire contraste sur le thème du yami, l’éclipse de la présence fugitive des morts sur la scène des vivants, variante de l’utsuroi , le passage d’un instant l’autre, l’instant de l’être
le tout pris dans une certitude, le non être à quoi se résume l’ex-istence qui ne peut certes se poser comme de niveau quant à une position souveraine, mais même et surtout si cette incapacité à saisir le fantasme dans des micro-fictions locales atteste du semblant de surface, cela supposerait un autre type de montage avec des lettres et des images, voire des sons, la tableau sonore, mais toujours fragmentaire puisqu’ouvert dans une polysémie nécessaire, il est question de lâcheté tout autant d’ainsi se dérober à ce qui vient ou aurait pu venir, céder la chose au prix d’un faux confort ennuyeux et mortel
fatigue du poème , tel est le terme qui surgit en réponse à la chute de l’éveil, épuisé, harassé, exténué mais aussi tourmenté, persécuté, inquiété, obsédé, accablé, il y a d’abord le satori refusé et donc son indexation plastique , son kireji, impuissance de la conjonction d’avec le satori, imposture d’y avoir même songé, depuis toujours la place usurpée, il n’est de fils de que l’ennui d’un manque à être, le singulier d’un pathos n’illusionne guère sur la durée et le pinceau sèche comme la peinture dans ses tubes écrasés
dans le seul de l’espace indistinct, se croisent bien sûr des ombres et tout autant l’énigme de l’inachevé
l’encombrement du tableau répond de la fatigue de poésie, la solution partielle est un retournement de surface et l’idée d’un mille bouddha
l’ordonnance objective de l’être vacille comme une idéologie de surface qui assure tout au plus la semblance du moi, quelque chose d’élémentaire, presque d’asubjectif , l’instantané de l’élémentaire du poème, et chaque fois la forme se coagule pour rien
l’image pose l’instant si elle n’est décorative ou politique, elle nous regarde sans montage, le tableau ne peut donc être que surface colorée de variantes, toute écriture la renvoie à une fonction de signe, un malheur, l’enjeu est nécessaire, il va au delà de la tendance rugueuse, j’ai oublié le nom du peintre, cette femme là, ce que je sais, peut être, serait à la base d’un jeu d’ombres, de souvenirs perdus sans lien de propre, indistinct, l’errance d’un nom, je vois donc à la fois l’image du camp, celle de Bonnard et celle de cet autre vue dans le bloc de ciment, partir de là sans doute pour aller vers la surface sans bord, je ne crois pas au jeu des bandes de Rouan cependant, le seul Rothko
le nom revient Micky Mallet
il faudrait évoquer sinon invoquer les arts de mémoire, le rapport de l’image à la mémoire, le réel de ce semblant, est ce cela aussi le pouvoir des fantômes qui encombrent le narratif au détriment de l’élémentaire qui échappe au sens imposé
il est sans doute toujours difficile d’échapper à la quête du sens, c’est à dire à ce qui viendrait achever le signifiant comme local, le satori du signifiant ne demande aucune interprétation, aucun commentaire, il impose sa présence totale et ouverte à l’indistinct du réel qui surgit, aucun effet de métaphore ici, le signifiant est à la mesure d’un parlêtre à la fois silencieux et animé par la portance du signifiant, sans aucune ouverture vers une totalité, la position phobique lorsqu’elle vient à se localiser dans son essence même qui est le langage va à la fois traquer le satori mais en même temps le repousser, tout signifiant est phobique, et on comprend mieux que la phallicisation freudienne soit une père-version, c’est à dire le forçage symbolique par institution du fétiche qui, lui, peut se localiser , sans doute qu’alors effectivement l’@criture de Soulages est moins adéquate que le croisement des bandes de deux signifiants en sexuation
l’objet se construit dans ses rites sans inspiration, lentement, la vague idée des barbelés
voilà
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la toile perdue
une toile est perdue dans l’espace temps qui vient se heurter violemment avec un Soulage, un Tapîes comme autant de strates de l’impouvoir
issu du septième qui attend de filer à la caisse de l’oubli, le huit prend forme comme juxtaposition d’une surface rouge où subsistent quelques figures, peut être un bout de dentelle et une autre surface une surface noire travaillée à la brosse encadrée d’un platre brique comme un trou ouvert sur le fini esthétisant, quelques barbelés rouillés devraient nouer l’ensemble
le temps du tableau, le temps de peindre, ou du peindre, le temps où quelque chose advient depuis l’annotation dégagée de l’effet théorique, narratif, poétique, notations de sensations, d’images, de photos, séparation dans le flux continu de détails signifiants, organisés déjà en points possibles, l’ordre ne s’installe que dans l’urgence en fait du pas de temps, du temps pris par autre chose, le temps perdu à éviter à la fois annotation et transfert peint
le détail signifiant inscrit un point d’éveil plat qui doit rester tel quel, ce serait l’objet élémentaire du carnet de croquis dessiné ou photographié, cette base constitue un ensemble non convergeant au titre du sens, une polysémie de présents, et non de présence, à partir duquel le tableau désormais improbable puisque supposé achevé, pris dans une série, pris dans un effet de discours critique, ce tableau serait un montage tout au plus équivoque, tout tableau peint est une erreur, ou le passage par l’échec nécessaire pour se distancier de cet effet de comblement du vide
épuiser au fur et à mesure les effets de mise en ensemble même pseudo-cohérent
sans doute qu’il y a de l’inadéquat , de l’hétérogène entre le la lettre et l’image, ou le même silence coagulé sur l’affect, les effets de tempête qui sont des effets de bord, le refus de la nuit qui monte avec les formes ensablées
le précipité dans la forme pleine est une tentative de poser le pas de sens comme lisible, laissant les fragments au hasard de lecture, est ce cela le détail de Arasse qui est plutôt point de totalité insu, plutôt les marbres de l’Angelico
que lit GDH
la peinture demeure sans doute noyée dans son socle théologique, interdit ou d’essence divine, elle vise alors une totalité de la présence de l’Autre, mais Dieu malgré la Kabbale s’efface dans la volute d’un cigare, pur local érotique de la divinité mais tout autant énigmatique
à moins de conférer une fonction synthétique au dispositif classique du peintre et son modèle, effet de seuil sans doute mais dépassé au moins depuis Picasso ou De Kooning, la dentelle comme dernière concession à cet imaginaire redondant , qui recouvre le texte du leurre d’une fantaisie, il en serait de même de la présence d’un mort, même si son caractère innombrable fait horizon à toute toile de Renoir
la toile est vide, sans intention, l’évacuation progressive de l’expression, du lyrisme, donc du narratif et de son cadre le jeu sensoriel et affectif, demeure l’instant possible, l’utsuroi de la peinture
un écriture rouge rejoint la fibre imprimée, sorte d’enregistrement cérébral qui s’efface dans la coulée d’eau, jeu de rouge qui glisse
la peinture n’existe sans doute que comme mensonge puisque soit narrative émotionnelle, soit collage forcé de fragments de vérité, et le minimalisme abstrait est ennuyeux
le désir du tableau s’oppose à la construction, il se situe entre volupia et pothos entre le désir comblé du regard et le tourment du manque, il préside à une forme complexe qui réalise le regard comme fantôme de présence, très exactement étrangeté, c’est sans doute la question Manet que rencontrent in fine Foucault, Bourdieu, Sollers, donc la structure d’écriture reprend sur l’autre moitié de la toile, avec ajout de fragments de carrelages, toile de support et surtout un papier lao rouge qui attend au moins un souvenir figuratif, donc le souvenir de Bacon chez Oda Jaune,
il y a un récit lu sans doute quelque part qui cherche à retenir une femme comme le rêve familier de Verlaine, dédoublée d’ailleurs entre un corps lascif d’esclave et une voix qui constate , esclave attachée par une chaîne soudée à un anneau accrochée à sa peau, là se nouent de grandes toiles inconnues, terreuses , posées sur un mur et glissant sur le sol, débordement des formes
le deuil sonne à la porte et vient questionner la légitimité d’un report du dessin de Bonnard sur le tissu rouge, cet orgueil de s’inscrire dans la lignée
l’épuisement à chercher alors un dessin ancien renvoie à l’impératif de quelque chose de neuf, plus comme une aquarelle de Rodin
alors que vient faire ici un Canaletto, sinon le souvenir du paysage autour de Rome entre Corot et Gilbert et Georges, l’histoire croisée du landscape depuis Poussin
la question du tableau associé comme paysage, le travail très tendance de Bernini vient quand même apporter sa part de solution
quelque chose résiste alors, sans doute la complexité des associations de ce que nous appellerons depuis peu le poethique, l’idée bien sûr convergente entre haïku et poésie concrète, de sorte que l’agitation lyrique ne trouve plus ses marques
la série s’achève donc sur un échec formel, la masse extravagante d’une accumulation bien distante de tout projet et ne trouvant aucunement sa voie, puisque presque d’origine le minimalisme formel d’un vocabulaire de base se trouve impossible à mener bien loin, sans doute aussi que penser le tableau l’épuise
revenir en douceur au silence de l’image, un dessin
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à Daniel, toujours
ne pas désespérer de la peinture, ne pas croire à l’oisiveté possible, l’inscription est féroce, on ne peut rien conclure d’un visage
donc Bergotte et la vue de Delf une dernière fois
mort à jamais?
le petit pan de mur jaune
à jamais dirait la rumeur
l’amitié de Daniel était immédiate, totale, sans ombre, et lorsque l’homme au bord du trou de cendres, sous la fine brume, raconte la métaphore du jardin japonais, merveille cachée hors les murs, cela ne fonctionne qu’à moitié puisqu’il était justement sans mur, à moins de supposer que l’espace civil est un mur, comme si la politesse japonaise faisait un quelconque obstacle à l’être, la justesse d’Ozu, Daniel engageait d’emblée à une responsabilité totale, ce que l’on ne savait souvent pas parce qu’on regarde toujours ailleurs, c’est un peu comme s’il nous fallait alors être face à la responsabilité totale du parler
c’est étrange , nous sommes comme la duchesse de Guermantes qui ne veut pas voir Bergotte la saluant, tout cela pour, si j’ai mémoire, le semblant d’une bottine non assortie
Enfin il fut devant le VerMeer qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune.
Il se répétait: “Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune.”
Cependant il s’abattit sur un canapé circulaire; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l’optimisme, se dit: “C’est une simple indigestion que m’ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n’est rien.” Un nouveau coup l’abattit, il roula du canapé par terre où accoururent tous les visiteurs et gardiens.
Il était mort.
et chaque jour nous voyons passer la scène, maintenant nous participons tous de cette dimension du non regard
il faut sans doute déchirer le visage qui centre la toile et se tenir à ce que la poussière nous impose, une pluie fine sur des visages assemblés, le mur de bronze des tableaux accrochés là face au bassin qui pleure sa lumière d’aurore
il faut refuser cette sécularisation de la langue en nous qui nous fait refuser cette lumière «quant à nous, nous vivons à l’intérieur de notre langue, pareils, pour la plupart d’entre nous, à des aveugles qui marchent au dessus de l’abîme» écrit Scholem à Rosenzweig en 1926
encore faut-il faire face à l’abîme que contient toute langue, ce point réel qu’elle indique, et chacun oeuvrer à ce que ce réel impose, maintenant le brouillon de la dernière toile est évident, cette acceptation de la tendance, l’erreur étant aussi de croire qu’un Soulage pourrait surgir dans l’effraction d’un Tapiès et oser là placer quelque figure qui ne tient pas, instable de nature, un grotesque, non, terre, bronze, cuivre, fer, rouge, il faut se débrouiller avec ça, ce que la peinture exige, à la hauteur d’un corps de femme qui ne peut être qu’esquisse, un tremblé
Ils mangeaient parmi les mimosas et les arbousiers sur une petite terrasse de bois construite au flanc de la dune de la Pointe des Chevaux. Huîtres, gravette certes plate à la chair délicatement iodée et non pas l’invasive portugaise si vulgaire, champagne, côte de boeuf, cèpes, Saint Emilion 1982. Repas classique en cette saison. Il faisait très beau, même chaud. Esprit s’était chargé lui même de la cuisson des viandes. Comme d’habitude, la cigarette au coin des lèvres qui lui brûlait les yeux, il était aux petits soins de chacun, faisant de sa réduction mutique tout un art. Insensiblement l’actuel glissait lentement dans la faille temporelle. disait le roman. la langue sait toujours au delà de nous même, et nous serions vraiment coupables de faire comme si nous n’avions jamais rien su de cela
mensonge de l’image, cet impossible à franchir un seuil un peu moins falace, le pari de la dorure dans le trou ouvert de la déchirure de la face, mais effectivement il n’y a rien au delà de ce que l’avion découvre en silence donc des cendres dorées
l’oisiveté qui serait la suspension du faire dans la présence de l’être est désormais impossible, demeure le battement des choses sans nom
le visage déchiré livre le semblant d’or comme perspective de plus en plus problématique et close sur elle même