La femme échoue sur rive et ce corps si pâle semble vide de tout son sang par la plaie immense entre ses seins
Elle ne semble pas dévorée comme les chapelets d’enfants livides fragmentés des bêtes inouïes des fonds
Les yeux ouverts sont tournés vers cette île minuscule dont elle crut sans doute pouvoir fouler le sol
Le soldat regarde la nudité
Il est chargé d’éviter les décompositions au soleil vertical et stocker les viandes consommables
Il place les corps ou ce qu’il en reste dans des sacs plastic
Au passage il récupère les maigres bijoux des poignets
Les ordres ont changé
Plus personne ne doit débarquer vivant car le risque d’accueillir un terroriste dissimulé migrant est trop grand
D’autant que les variables d’ajustement locales ont intégré la nécessité de réduire le chômage par un mélange d’euthanasie et d’auto-immunité économique
Les camions Monsanto sont là pour charger les précieuses masses protéiniques qui dérivent ainsi d’Afrique
On raconte que parfois les gisants se redressent et dévorent les soldats mais c’est une légende