Pina Bausch
café Muller, le sacre
L’enfance dans un bistrot, parmi des gens en front de guerre, des chaises et des personnes qui trébuchent, aveugles à leur parcours, impuissantes à leurs amours, la danse vient à travers la poétique de l’existence depuis le corps qui travaille l’impossible du geste qui toujours retombe ou se brise, la technique doit rendre possible le rendu de l’être au plus proche de son déhanché, la question roule sans cesse pour arracher le contenu à ce qui n’est que foutaise autrement et la grande Dame survit en principe à travers ses créations, ce qui n’est pas sûr du tout d’ailleurs, une pièce qui sent son Béjart mais c’est une pièce quasi incontournable, le sacre. Tandis que se démonte les verticales du café, un immense tapis envahit la scène , étrange chorégraphie en demie volonté des techniciens qui tendent, clouent, déversent la terre et l’étalent, et dans la séquence ces corps qui invitent non à écrire mais à dessiner, les multiples enchaînements admirables qui filent à perte de mémoire, peut être qu’alors nous savons la parfaite solitude qui se déploie sans artifice, il n’y a pas de rapport sexuel. Rien ne vient combler le vide que ce soit la multiplicité des gestes ritualisés , que ce soit la commotion des corps accumulés, les mouvements sublimes des bras brassent de fait le réel de l’absence
Frühlinsopfer est créé le 3 décembre 75 et Café Müller le 20 mai 78, et pourtant cet intervalle court de temps semble infini tellement il se s’agit plus d’un propos illustratif de la musique, tellement le corps est venu en rupture du son et de lui même, heurte des murs et des chaises sans fin, aucun chemin n’est sûr malgré une aide extérieure ni pour se déplacer, ni pour saisir une femme