l’@politique
(à propos de Lynch-Tarkovski)
L’existence du discours psychanalytique devrait tirer à quelques conséquences dont quelques propositions relatives aux mécanismes du pouvoir , mais tout autant sur la question de l’opinion du psychanalyste lui même puisqu’après tout l’affaire du Bien va rapidement advenir. La distinction entre l’opinion ordinaire du psychanalyste en matière de politique et son avis sur la dynamique des groupes plus ou moins restreints demeure un distinguo qui demande à être contextualisé. Le modèle de l’erreur d’Heidegger est sans doute à rapporter à son opinion lors de la dernière prestation de Celan devant lui. Après tout lorsqu’Anselm Kiefer travaille la matérialité de son héritage, il indique la place nullement excentrique d’une relecture de l’institution qui le lie.
Il n’y a pas tellement de textes politiques , le Politique d’Aristote, le Coriolan de Shakespeare, la Mort de Danton de Bruckner, d’un Autre à l’autre de Lacan, le Malaise de Freud... bibliographie minimale à joindre sans doute à la lecture “fondatrice” d’Adam Smith ( plus ou moins le livre premier du Capîtal, annoté par Debord et Bourdieu)
Ce détour textuel est sans doute l’imperatif du concept. Il demeure qu’un espace de purs signes réduit le rapport au monde comme présentation réelle de glissements continus. Alors il est enfin possible de réaliser le monde selon le langage d’une supposée science à laquelle il manquait une psychologie . Il y a donc tout à attendre des savants fous à la Tardi dès lors qu’ils seront équipés de machines qui “voient” la réalité du cerveau en “action”. Ainsi “l'autre grande originalité de NeuroSpin est que des spécialistes de l'imagerie des neurosciences se sont associés à des physiciens et des ingénieurs de très haut niveau au sein d'un même organisme, explique Denis Le Bihan. Notre éventail, dit-il, va des sciences dures à la médecine, du psychiatre au mathématicien, en passant par la physique, la chimie et la biologie. " Ce qui suppose un travail considérable pour parvenir à parler la même langue.
Enfin , au delà de spéculations qui pouvaient poser la question originaire du langage du côté de constructions mythiques puis topologiques, et qui donc établissent la réalité d’un monde babélien différencié, peut advenir la néolangue, celle que parle le peuple qui, lui, sait que le besoin prime sur tout désir, et qui est un pur effet de retour d’un ordre anonyme, ce qui lui convient en matière de marchandises. Satisfaction donc du citoyen consommateur. Il convient comme toujours de définir la superstructure idéologique la plus à même d’homogénéiser les échanges. Après des essais infructueux le neuro-cognitivisme peut enfin devenir la base “conceptuelle” d’un monde harmonisé.
La question demeure de la place du politique dans la psychanalyse. Car la voie du freudo-marxisme demeure un montage monstrueux qui cherche à tirer le freudisme vers le juridisme contractuel sur lequel repose la phase actuelle du capitalisme. Hobbes poursuit en Schmitt sa logique thanatique. Spinoza pose, à l’opposé, un possible, celui de la composition des forces qui réalise le démocratique, hors des variantes de l’Autre, toujours dans une visée utopique pour une réalité à l’horizon cloturé du camp. L’astuce est que le camp est mondialisé. Le travail de Negri, écrit en prison, ne peut qu’être utile en ce sens, ce redoublement du carcéral au lieu du concept forclos. En ce temps de fermeture de l’inconscient, il est sans doute interessant d’interroger les modalités de résistance à l’évidence du signe tel que l’expose le discours du capitaliste.
L’objectif de Spinoza demeure problèmatique de par sa relecture par Leibniz et le fait sensible que la société des amis de l’objet @ n’a guère fonctionné. Sans doute que la relecture de Spinoza d’un point de vue freudien demeure un pas important. La modane ne peut sortir de son autisme naturel qu’au prix d’un franchissement du point de perspective fantasmatique, ce qui passe par des singularités dont l’errance de Benjamin serait paradigmatique pour peu que les espaces lynchiens soient à l’horizon.
Posons donc en parallèle et quelque chose qui serait un Spinoza renversant sa soupe dans son lit d’agonie, et un Benjamin produisant un texte illisible d’être radicalement nouveau et un Lynch parcourant un monde phénoménal où la plurarité des identités se projette conjointement sur une surface
Nous ne sommes guère ennuyés par l’objection ce qui laisse largement la fantaisie conceptuelle se promener dans l’hétérogène des propos. Identification facile non pas à la folie conceptuelle qui suppose la secte pour se développer mais au promeneur. Benjamin donc auquel Arendt accole le terme d’Hofmansthal “ schlechtin unvergleichlich”, absolument incomparable. De toute façon la mort tranche, ce qui laisse dès lors indifférent, tout comme la relève d’une toile abandonnée après la direction du regard, avant d’être recouverte de brume, ce à quoi la mélancolie suspend. N’être spécialiste de rien en tout cas, poète de fait, ce qui ne veut pas dire grand chose, sauf le risque de la métaphore qui n’est la plupart du temps d’allégorie poussiéreuse. En tout cas inutile, “être un homme utile m’a paru toujours quelque chose de bien hideux” aurait dit Baudelaire, il n’est de question originale que dans la douleur du sujet. Etre sans chance absolument, le sentiment parfait de l’effondrement du projet, la marque poubelle de sa production, l’idée de construire une oeuvre de fragments capturés dans la vaste référence, l’incapacité de pouvoir changer quoi que ce soit de la réalité, être seul, soumis au danger le plus immédiat et constant, et pourtant et parce que l’un va avec l’autre soutenir la présence des choses dans leur naissance fragile.
L’Ethique dans la poche , au fil des routes , longeant les fleuves, jusqu’au coeur de l’homme perdu dans la langue, cherchant le mot exact qui vient à l’avant, loin de l’intérieur lumineux où le cristal de l’être s’est déposé, un temps, laissant le possible d’un ouvert, mais le temps s’est refermé et il ne reste que l’éclat fugitif de l’être pulvérisé au hasard des choses multiples. Aucune totalité, aucun projet qui s’y inscrive autrement que comme leurre.
Il y a en même temps comme un renoncement à ce qui pourrait être une pensée rationnelle du politique. L’inspiration est la même que celle de Spinoza, à savoir refuser que le phénomène ne soit nullement émanation de surface d’un Autre divin ou inconscient, mais bien l’ex-istence même de la substance comme surface. La différence est que chez Spinoza il n’y a pas de réel extrinséque à la surface, de sorte que la surface est géométriquement perceptible, ce qui sauve une rationalité intégrative. Il est possible à partir d’un différentiel d’intégrer la surface. On est dans une logique sans Dieu certes mais pas sans Autre, ce qui sauve un plan de rationalité des géodésiques de surface, au titre dans le fond d’une Surface comme-Une certes fondée sur une sympathie rude vis à vis d’un réel homogène, c’est dans le fond un espace classique sans religion tel qu’on peut se surprendre à le lire dans l’après coup du moment de Périclès, de Laurent de Médicis, d’Octobre, de 68, etc...Il est supposé que le conatus individuel est par nature collectif, ce que récuse la psychanalyse lacanienne (non pas la freudienne qui n’est que pessimiste). Spinoza c’est l’anomalie soutient Negri. , ce qu’il l’amène à opposer une démocratie spinoziste fondée sur la multitude productive à une démocratie religieuse dondée sur l’ignorance. Certes on ne peut le reduire à l’opinion de son temps “chaos impénétrable”, “un monstre de confusion et de ténèbres”, mais peut-on suivre vraiment autrement que dans un mouvement béat ce qu’avance alors Negri” entraîner vers une pensée de la surface, pleinement immanente, ...aplatir sur un horizon ferme et constructif l’univers entier de la connaissance.La pensée de la profondeur s’approfondit à un point tel qu’elle se retrouve paradoxalement renversée en pensée de l’étendue, développée sur un terrain plat et constructif”
Le désuet culturel qui se souvient d’une éducation toujours perdue fonde une perception du phénomène comme ombré de réel, flâner donc à la recherche de la fulgurance d’un chez soi, la pensée suit alors la piste classique de l’homme de lettres qui rassemble des textes sans rapport avec aucun savoir constitué, aucun but de l’ordre d’une marchandisation possible du texte qui ne cesse de ne pas s’écrire, écrire avec distance, voire dédain de toute profession, de toute cristallisation en intellectuel revolutionnaire ou de culture, accepter l’insécurité réelle de la pensée, “être un littérateur, c’est vivre sous le signe du seul intellect, tout comme la prostitution consiste à vivre sous le signe du seul sexe” écrit Benjamin. Ecrire les décombres comme élémentaires du monde qui vient.
A suivre Hannah Arendt, il s’agit donc de faire avec les débris du père, à suivre la leçon de la tempête “full fathom five thy father lies, of his bones are coral made:those are pearls that were his eyes. Nothing of him that doth fade, but doth suffer a sea-change into something rich and strange”, pas seulement un autre version de la fin du Satiricon puisque ceci embarque les deux corps du Roy. Il s’agit plutôt de ce qui reste du signifiant, une fois que justement l’appareil symbolique se trouve en défaut de consistance imaginaire, c’est à dire que le feu du poème bouscule de fragments, et Benjamin vient rejoindre par la lettre, le travail de Warburg sur l’image. Arracher le fragment au passé, l’extraire de sa forme achevée pour le pousser sur le bord des choses abandonnées, conserver et détruire, juxtaposer loin de la bêtise surréaliste le fragment au fragment, l’image à la lettre, faire de citations, devenir le lieu même de sa propre citation , à l’exemple juxtaposer une image de première neige à la nouvelle de l’été 39 à Vienne portant sur la necessité de suspendre la distribution du gaz aux juifs “ La consommation en gaz de la population juive entraînait des pertes pour la compagnie du gaz, parce que c’était les plus grands consommateurs qui ne réglaient pas leurs factures. Les juifs utilisaient le gaz de préférence à des fins de suicide”
Libérer le fragment de son contexte pour l’ouvrir à sa polysémie potentielle. Le risque absolu de l’erre signifiante.
Au début ce sera bien sûr très douloureux, cet attachement aux formes, il faudra passer par des brouillons obscurs, des traces indistinctes, parfois des lettres comme lorsque l’enfant ébauche son rapport premier à la lettre, cela vient de toute façon avec le temps, le regard tiède face à la mort qui vient, ce n’est pas triste, necessaire même avant, l’objectif de la béatitude doit être revu avec la montée du nouveau paradigme, un oeil seul et mort, des dessins comme ceux de Fred parfois, pour commenter les variantes de la faucheuse, il y aura des visages sans regard qui vomissent par dessus les couleurs uniformes, et donc l’intérieur des corps qui se déversent, il est toujours possible de mobiliser des graphes comme chez Alechinsky, quitte à jaunir de manière sale le support, petits carrés très reglementaires et des ébauches d’histoires reprises aux journaux de gare et qui sont restés sans lecteur aucun, il peut y avoir aussi des intérieurs aux meubles très laids, inhabitables et pourtant familiers, la lumière drue sur le sol gris, la lampe qui se souvient du premier jour d’ennui qui sentait déjà bon sa métaphysique négative
Il est impossible d’ordonner quelque chose de nouveau, il suffit de laisser tout ceci se mettre en place, lentement, il faudra bien un corps de femme nue, déposé sans grâce sur le canapet de la pièce, à moins que quelques traits suffisent, ou alors des couleurs sales, au mur des grandes feuilles et des dessins indistincts eux aussi mais aux détails très précis, le fond noir des choses remonte et parcourt avec des stries plus sombres la surface , ce qui laisse place à un corps allongé, immobile dans des draps blancs de deuil, qui portent souvenir d’un corps mécanisé et burlesque
A partir de quoi nous sommes autorisés à supposer des fragments organiques animés, mais le choc est déjà très violent , l’intolérance digestive à nouveau répend un flux de bile sur la nappe parmi les convives indifférents
L’officier a juste replié sa jambe gainée de soie verte et son air de poisson mort suffit à contenir la lacération involontaire des affiches , il lui sourit enfin mais ne peut plus la voir, oeil creuvé d’avoir justement vu la chose en face, elle l’embrasse du bout des lèvres et se recule pour le laisser hurler, la mère est satisfaite de tout ce bruit qui suppose qu’elle contrôle encore très bien la situation
Bleu presque de mort pour la course des rats, il faut sans doute un peu plus de rigueur, un peu de géométrie spectrale et des enfants fantomatriques dans le jardin desséché, et des collections invraissemblables de morceaux de choses, surtout d’insectes animés par la nomination, nous retournons à l’appartement à fin d’interroger un peu le témoin , mais il est devenu mutique et regarde par la vitre défaite le noir imbécile
Les savants demeurent perplexes devant ce nouveau phénomène catatonique et pose des questions, au besoin en s’aidant de minuscules appareils électriques que l’on glisse sous la peau. Quelques aquarelles plus loin, quelques espoirs renaissent puisqu’il y a des cartes et des indications précises sur des localisations, la bestiole a été repéré et même elle semble accessible, disposée non à parler mais à s’offrir au nouveau discours
C’est entendu, ce sera un monstre et tout rentre dans l’ordre, un instant troublé par l’absence de nom, de sorte que le regard sans paupière demeure extérieur au champ, que les écritures sanglantes se perdent dans les ordures de la ville, d’autant que les politiques ont retrouvé un brin d’orgeuil puisque le savoir est à nouveau maîtrisé
Il est possible d’envoyer divers espions vers les zones périphériques qui demeurent hors de la consommation, et les corps des femmes redeviennent splendides et bronzés , malgré quelques faces fort problèmatiques qui accompagnent les habituelles enquêtes de police relatives toujours à des meurtres très immotivés
Un point lumineux dans l’espace nocturne se consacre à produire un bout de sens et la maison pourrait presque échapper à l’usine universelle, des êtres aux jambes immenses se déposent sur l’ocre des façades, comme des bestioles oubliées par Kiefer dans son descriptif, et elles hurlent à leur tour, il faut interroger un autre type de savant qui, lui, n’hésite jamais à dire ou du moins à désigner
Les gens continuent à parler entre eux, dans de petits bars de campagne où l’on peut encore fumer des havanes, loin de l’accumulation des machines abandonnées des sous sols, ces endroits sont déserts et les rares véhicules qui s’y risquent se retrouvent éventrés, les occupants disparus, l’enquètre déjà close
On se retrouve toujours dans la même chambre de motel abandonné, la femme le regarde depuis le miroir sans bords, il reprend sa voiture et file plus avant dans la forêt
Il traverse des villages sans âme, les rideaux de magasins tirés, de vieux appareils électriques livrent vaguement la date de construction et d’occupation, la Big Apple est derrière des barbelés depuis la Bombe et les quelques survivants ont vu leurs corps évoluer de manière diaphane puis ils leur permettent diverses performances inouies
Pour le coup dans cette topologie d’après il y a du rapport sexuel
Les seuls êtres un peu conséquents récitent les vieux textes en ces temps où plus personne ne lit , il y a encore une infinité de récits possibles