l’instant de ma mort
Maurice Blanchot racontait donc le moment où il échappe à sa mort par un fait contingent imprévisible l’instant d’avant, au point qu’il put alors se retrouver dans la position du condamné qui assiste en direct au spectacle de son exécution, du moins avant le temps de la sobriété punitive comme dit Foucault. Le savoir obscur de devoir une mort n’a rien à voir avec ça, puisqu’il ne s’agit plus alors de ce pôle imaginaire qui recouvre l’obscur de la mécanique fantasmatique et symptomatique. La question classique depuis Platon qui tourmentait Rousseau est bien sûr déplacée par la banalisation du mal, du meurtre d’Etat. Elle demeure en contre point de la scène d’écriture, Socrate condamné à mort pour impiété et célébration du daimon, de l’esprit des morts, selon les Lois dont Platon voudrait doter sa cité, car à l’interdit du meurtre répond l’impératif de tuer celui qui se fait ennemi de la cité (c’est Rousseau qui trouve l’astuce faisant du meurtrier un ennemi). Celui qui ne reconnaît pas le dieu et persiste dans sa faute sera traité au delà de sa mise à mort thérapeutique puisque son cadavre n’aura point de sépulture. Dans ce système théocentré, la guerre est exclue de l’idée de meurtre. La violence d‘état est légitimée par un réseau symbolique, et l’hérésie si elle participe de subtilité théologique ne va pas au delà du cercle magique des contraintes de pensée. Il n’y a dans l’hérésie aucune singularité hors système. Lorsque l’Autre va se trouver en arrière fond de la représentation, le discours politique va séculariser la violence d’état et construire le mythe d’un contre pouvoir qui peut questionner la légitimité du meurtre de justice ou de guerre, même si ce contre pouvoir légitime en même temps une violence révolutionnaire, ce qui revient à la distinction classique du meurtre légal. L’idéalisme construit l’hypothèse d’un monde où l’interdit du meurtre serait absolu. Etrangement un monde où l’expérience subjectif de sa mort, c’est à dire de son inscription dans le réel de la langue serait interdit. La guerre dite contre le terrorisme est certes un amalgame entre lutte contre un banditisme phraséologique et le risque d’une pensée critique indifférente au pouvoir d’état. Mais là encore nous sommes sortis du discours du droit pour celui du règlement, et le frémissement sur la face quand passe la Parole a disparu. Nous nous retrouvons paradoxalement à un carrefour de l’éthique où Hallâj doit crier qu’il est la vérité comme Weidmann peut monter au supplice , mais ceci selon la sentence d’un Thomas qui condamne les faux monnayeurs de la foi. La question ne peut s’articuler qu’au lieu de l’impardonnable, de l’irréversible, de l’irréparable, selon le théatre de la mise à mort.