Kant avec Sade et Rousseau
Emmanuel Kant né le 22 avril 1724 à Königsberg, il y est mort le 12 fevrier 1804
Donatien Alphonse François de Sade, né le 2 juin 1740 et mort le 2 decembre 1814
Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève et mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville
lorsqu’ils se rencontrent Rousseau a 60 ans, Kant 50 et Sade 30, vers 1770, Rousseau vient de terminer les Confessions , son oeuvre est achevée, il a même publier son dictionnaire de musique, il est plus ou moins en fuite, officiellement vers Genève
Kant va publier sous dix ans la critique de la raison pure, il vient d’être nommé professeur titulaire après sa dissertation « de la forme des principes du monde sensible et du monde intelligible»
Sade est en voyage pour un texte érotique et va essayer de faire du théatre à Lacoste avant l’affaire de Marseille
c’est Sade qui a pris l’initiative de la rencontre, il propose de pousser son voyage en Hollande jusqu’à Berlin, Rousseau traverse l’Allemagne et Kant la Pologne, l’invite est de discuter du Mal. Les éléments de la correspondance qui précèdent la rencontre ont disparus. Sans doute pour soutenir la fixation de l’un à Königsberg et l’attente de l’autre aux portes de la France. Il est vrai que le marquis a sans doute joint le matériel clinique de son texte pour affoler la fantasmagorie des deux hommes. Kant certes, hors ce voyage étrange à Berlin, n’était pas homme à sombrer dans la turpitude, la bestialité, le désir errant, vagabond, et plutôt homme à défendre une sexualité sous mariage selon la raison bien sûre pure en l’occasion, espace très strict menacé de toutes parts par la fornication, la zoophilie, l’homosexualité et l’onanisme. Bref accepter de rencontrer Sade était rencontrer cette abomination faite homme. Rousseau qui part d’une abstinence bien moins stricte n’est cependant pas très éloigné de la morale kantienne puisqu’il convient, pour lui aussi, de domestiquer le désir à travers une idéalisation de la femme qui permettra une socialisation rationnelle. Lui aussi arrive à Berlin avec une fièvre cette fois éducatrice.
Sont-ils seuls dans cette auberge? Il est à peu près certain que Sade ne se présente pas seul, qu’il a trouvé soit localement soit lors de son voyage, soit depuis la France plus d’une dame intéressée par cette rencontre érudite. Immanuel est déséquilibré par les angoisses du voyage, Jean Jacques aussitôt troublé par le for décolleté des femmes alors présentes. Sade propose d’introduire la discussion par la lecture d’un échange de lettres qu’il a eu avec une noble parisienne et dont semble-t-il , là aussi les textes manquent (mais plus directement puisque le dossier contenant ces lettres a été retrouvé vide) bref des lettres qui ne sont sans doute pas perdues pour tout le monde puisque Catherine C en a eu connaissance en provenant d’un ami artiste berlinois depuis le fond d’où était sorti pour Heine le manuscrit des 120 journées.
Viens la question d'une clinique psychanalytique qui n'a jamais pu véritablement s'établir dans sa dimension nosologique et qui serait bien nécessaire dans la dérive actuelle.
Il y a notamment le problème de la relation structurelle qui peut exister entre fantasme et symptôme.
A ce propos le cas Rousseau parait exemplaire puisque s'il est difficile de faire mieux comme Saint Homme et Pervertueux, le Bon Homme qui nous expose avec précision et perspicacité la genèse et les conséquences d'un fantasme masochiste qui en définitive prend un tour bien pépère "être aux genoux d'une maîtresse impérieuse" va développer un délire de persécution paranoiaque des plus redoutables.
Etonnement d’ailleurs que Lacan fasse aussi peu de référence à Rousseau même s'il reprend mot pour mot une de ses célèbres formules fort paradoxale au siècle des Lumières" Il n'y a pas de progrès, ce que l'on gagne d'un côté on le perd de l'autre.»
L’index affirme que Lacan cause de Rousseau les 15/6/60,16/11/61 et 2/12/71 et Melman dans son premier séminaire, le livre compagnon d'RSI, remplit les trous en particulier cliniques de son maître
il n'y a pas de raison pour que le paranoïaque ne fantasme pas comme un bon névrosé dès lors qu'il nous cause dans le fil de notre comprenote, versus compulsif plutôt certes, d'ailleurs le schéma dit de Schreber ménage une zone centrale fort névrotique même si elle a tendance à être poreuse sur les bords, c'est à dire du côté de la dislocation du langage, mais ça la théorie vraie n’en parle guère, mais la clinique nouvelle a changé tout ça, encore que ce qui se raconte est toujours dans la zone ISR, autour du phallus mais l'ouvert IR demeure en friches