Étant donné l’objet a
Il serait sans doute utile d’introduire ces propos d’une considération relative au dernier objet plastique, s’entend celui de Duchamp que nous allons opposer aux derniers tableaux qui précédent les suicides de Stael (le concert) et de Rothko (la chapelle). Comme quoi le rapport au réel de l’objet esthétique ne passe plus par l’effacement du peintre dès lors que la peinture cesse d’être, en cessant de référer à la figure. Pourtant l’installation complexe de Duchamp ne fut visible qu’après sa mort à la différence de Rochko qui se présenta au centre de son installation avant son suicide. La peinture cesse d’être pilotée par le fantasme pour demeurer dans le pur semblant comme élément finalement accessoire d’un discours de propositions. Le texte de Benjamin articule le moment critique du reproductible qui évacue le vécu du sensible au profit d’un zapping frénétique d’images deréélisées. Une science de la représentation vient forclore le réel au terme de l’imaginaire puisque cette science est sans savoir. Cette tendance lourde, si elle est homogène à l’universalisation du discours du capitalisme, est tout autant sensible à étendre son concept à tous les champs de l’expérience et la dérive neuro comportementale n’est pas un phénomène transitoire propre à un champ thérapeutique mais bien la matrice même dans laquelle la société se love, aussi bien la régulation de la consommation que le rapport du travail aux variables du discours de la guerre, que ce qu’il reste de psychanalyse confondu au fond obscur dont Freud l’avait extrait.
L’installation de Duchamp est au Philadelphia Museum of Art . Elle y fut construite selon des règles écrites précises qui supposent que le spectateur puisse voir à travers une porte de Cadaquès les restes d’un corps féminin sans doute assassinée dans quelque lieu vague sur le modèle du Dahlia noir et pourtant maintenant la flamme allumée du gaz d’éclairage justement. Le fait divers fait ici office de sens en soi comme univers de signes, de fait hors langage. Le réel ici ne tremble plus dans la convergence dissociative du fantasme.
le montage de Duchamp vaut largement d’être confronté à l’affaire des Ménines rituellement reprise du commentaire de Lacan, tout autant qu’à Dürer, heureux temps d’une érudition ludique
16 mars 1955 Stael
2 octobre 1968 Duchamp
25 février 1970 Rothko
L’objet de la psychanalyse est à la fois ce qui en spécifie la scienticité et ce qui demeure de l’ordre d’un réel singulier, de sorte que tout universel qu’elle articule est disjoint par le singulier du fantasme . Toute cure, en son principe, subvertit la doctrine qui en rend compte. Si cet objet n’est représentable que par le biais topologique, cette topologie elle même ouvre le concept au dogme qui efface ce qu’il articule cependant. L’exposition topologique est ainsi un ouvert fermé qui dit le mi dire qu’il fracture. A vouloir ainsi expliciter l’implicite freudien on s’expose à l’hermétique d’un mystère révélé .
Penser la coupure ne se résout dans sa présentation. Puisque la lecture de la présentation demeure prise dans le fantasme qui en borne la lecture. L’appareil du langage, son organisation signifiante, implique le non identique à soi, le jeu des différences qui se déjoue de l’imaginaire qui ne s’y retrouve. La désignation de l’objet dans le langage le fait disparaître . La pulvérisation des singuliers dissout le concept. La demande rencontre ce vide qui réélise ainsi l’objet. Mais la perte demeure imperceptible puisqu’elle désigne une excentricité de la structure. L’inadéquation demeure cependant sensible malgré la foi qui fait l’amour. Mieux que la peinture des raisins de Zeuxis qui leurre l’oiseau, le chiffon peint par Parrhasius leurre le regard du peintre qui croit qu’il y a quelque chose au delà de ce chiffon. L’attente demeure dans cet au delà qui renvoie la série des suppositions d’autre chose alors qu’il n'y a justement rien d’autre que l’emboîtement de ces suppositions. Mais comme l’organisation de l’imaginaire est avant tout sphérique, la surface projective de l’attente sera toujours circulaire et loupera à coup sûr le caractère bouclé sur une surface continue. Qu’un signifiant puisse être différent de lui même demeure hors saisie sensible puisque c’est quand même une pipe.
La lisibilité du cross cap dans la mesure où il se constitue de la couture/coupure d’un disque avec le bord d’une bande Moebius livre et voile tout autant le secret du fantasme S barre poinçon de petit a. Le sujet ainsi tordu en tout point se conjoint à un réel qui est effet de bord , un envers qui demeure en continuité , ce qui pose au cœur de toute proposition un effet d’opacité ou de tremblement dont l’interprétation ne peut que suivre la portance équivoque, sans effectuer ce qui serait l’effet d’une interprétation juste, de fait sans équivoque. Convoquer le sujet au droit fil d’un dévoilement où le sujet se dissout livrant le Moi à la présence dénudée du réel. Une névrose qui viendrait par passer par une honte sans recours, une implosion somatique, dès lors un point de mort du sujet, à l’orée d’un sens cette fois ordonné par une métaphore délirante univoque. Cela suppose alors un analyste ombré dans son savoir, qui ne coïncide jamais avec ce qu’il aurait voulu dire. Le passage à l’université du discours analytique est quand même ce qui, s’il ne fonctionne au bord de l’ordinaire connerie, pose les bases d’une coagulation du discours bien plus grave, et pas uniquement parce que le discours psychanalytique deviendrait homogène au discours du capitaliste.
L’astructure du desêtre trouve son aversion dans l’arrière fond ontique qui alimente une neo métaphysique propre à engendrer un jeu de sourates sidérantes qui viennent augmenter d’océanique les habituelles litanies de phraséologies hors contextes, comme si les nuances du texte pouvaient s’éclaircir d’un découpage ponctué. La sorcière demande d’autres délicatesses que celles des alchimistes du pouvoir institué. Sur les fonds baptismaux du lacanisme, la pensée Heidegger demande quelque attention. Il s’agit là aussi de sortir de la fascination, y compris du versant obscur pour noter que les Holzwege cherchent malgré tout, dans le forêt obscure dantesque, un chemin qui ne soit pas religieux. Il s’agit de Destruktion de ce qui fait l’histoire ici de l’ontologie, là de la psychanalyse . Cette Destruktion est un refus d’un cache cache entre ce qui se soutient du semblant d’une vérité pour l’insécurité nécessaire . Ce qui ne suppose pas pour autant de lâcher la contrainte freudienne pour une poétique originelle autoproclamé. Comment sortir de ce qui s’entend ici aussi fort bien du roman psychanalytique? Ne pas raconter des histoires et pourtant il n’y a que des histoires à raconter. Pas d’autre voie que la remise en cause du fondamental dans chaque cas singulier. Le τον εικοτα μÏθων demeure cette finesse clinique qui ne fait jamais série. Un μÏθων qui soit justement l’à peine entendu, le vaguement retenu, d’une verfügbar, d’une disponibilité à ne pas comprendre tout à fait. L’objet totalement insaisissable rejoint ici son caractère de pas tout à fait inconnu. Car il s’agit tout autant de penser avec Celan la défaite ordinaire du symbolique.
TODTNAUBERG
Arnika , Augentrost( l’euphraise, réjouissant comme euphrantos, mais aussi trost, la consolation, consolation de l’oeil), der
Trunk aus dem Brunnen mit dem
Sternwürfel ( cube d’étoile, Die Würfel sind gefallen, les dés sont jetés) drauf,
in der
Hütte,
die in das Buch ( le livre des noms des morts qui attendent Wort im Herzen)
— wessen Namen nahms auf
vor dem meinem ? —,
die in das Buch
geschriebene Zeile von
einer Hoffnung, heute,
auf eines Denkenden
kommendes (un-
gesäumt kommendes)
Wort
im Herzen,
Arnica, luminet, cette
gorgée du puits au
cube étoilé plus haut du dé,
dans la
hutte,
là, dans un livre
— les noms, de qui, relevés
avant le mien ? —
là, dans un livre,
lignes qui inscrivent
une attente, aujourd'hui,
de qui méditera (à
venir, in-
cessamment venir)
un mot
du coeur,