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éloge du neuro-cognitivisme

éloge du neuro-cognitivisme

 

Le temps actuel assure enfin un triomphe de la raison sur l’obscurantisme religieux.  La formule demande révision parce qu’après tout la science peut être chrétienne. En tout cas, il y a une histoire de l’automate qui court depuis l’antiquité, via surtout Descartes puis le XVIIIème, l’idée d’une mécanique qui réduirait le vivant voire l’humain à une physiologie parfaitement rationnelle. Certes le modèle mécanique a fonctionné longtemps comme l’automate de Fritz Lang, un semblant qui échappe à toute réalité du détail tissulaire,

 zone frontière explorée par Cronenberg.

 Tout va changer dès lors que la biologie fait des progrès , de l’homme se clone et ne parle plus qu’en signes, et que donc tout le psychisme peut rejoindre un cerveau où les spéculations freudiennes n’ont plus de sens.

Descartes disait ainsi “Je suppose que le corps n’est autre chose qu’une statue ou machine de terre, que Dieu forme tout exprès, pour la rendre la plus semblable à nous qu’il est possible: en sorte que, non seulement il lui donne au dehors la couleur et la figure de tous nos membres, mais aussi qu’il met au dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu’elle marche, qu’elle mange, qu’elle respire, et enfin qu’elle imite toutes celles de nos fonctions qui peuvent être imaginées procéder de la matière, et ne dépendre que de la disposition des organes. “

ce truc ne décrit pas grand chose autrement que comme affirmation indicative d’une recréation du glebeux, se faire Dieu, la terre d’Adam, du Golem 

sa version muette ou une variante virtuelle, golem sexuel, la combinatoire infinie qui dissoudrait le manque

 

L’idée est déjà chez La Mettrie, d’un primat du soma qui crée l’esprit. Bien sûr il y a le traité de l’âme d’Aristote qui va quand même un peu plus loin dans la ligne moebienne puisqu’il songe au parlêtre. Ici la matière électrise quelque chose de soi qu’elle différencie en pensée, sans différ@nce. La physiologie est protégé de sa réduction totalitaire par l’automaton du semblant, ce qui laisse la polysémie potentielle au principe réel du Un. Mais l’automaton tend à produire un univers clos où le cyborg est le référentiel unique sans avoir besoin de quelque singerie biologique. Le semblable devient la chose même dès lors qu’à la répétition courte du programme semble se substituer une variable de situation, réduisant le parlêtre à une parenthèse plus ou moins stupide entre un être présapiens sans langage et un être moderne signifié. L’idée de reproduire le vivant à partir de la matière élimine aussi bien Dieu que sa créature du processus. L’étape intermédiaire romantique est celle de la créature de Frankenstein qui est d’ailleurs plus une réanimation dans la séquence du mort vivant

 

 

L’automate pouvant reproduire la semblance du vivant permet de se passer du principe qui anime au point de changer le paradigme du côté non plus alors de la création biblique par la parole mais comme raison ultime en soi de l’automate, ainsi du langage du computer qui défait toute la science de la logique d’Aristote jusqu’à Gödel. La technique prend le pas sur la science jusqu’à produire effectivement une logique économique de la reproduction indifférente aux besoins strictement humains dont l’expression ne peut entrer alors que dans la série des pathologies. Le DSM applique alors son empire sur le monde psychique, posant l’impératif de sa paralogique au nom d’un idéal moyen cybernétique.

une main d’Orozco va servir de terme d’opposition

 

Nous suivons pour ce faire l’idée esthétique de Nancy

au départ , déjà arrivé après un tel chemin, la trace qui cherche une forme mais qui est déjà une forme en elle même dès qu’elle trace puisqu’elle suppose une parole à l’origine de son mouvement même, l’audace de son repli, elle ligne un espace temps topologique, un différentiel depuis l’indistinct de la masse opaque

Un dessin de Marden

 

 

 

puis une forme semble se stabiliser, offrant un visible potentiel tout au plus, localisant le regard qui se trouve ainsi soulagé de la coupure du trait, quitte à sentir la présence du réel un instant contenu, apaisé

cette fois Faccini

 

mais ce stable est menacé de l’informe, de ce jeu des pierres de rêve dessinant la croyance au paysage, la rêverie d’enfant face au mur de pierre où se découpent le fantastique de personnages pétrifiés, l’effet en retour d’une réalité du monde dans les choses

Magnelli dessine des pierres

 

le monde est tactile dès l’origine, s’imposant comme médiation du monde, voir avec les yeux, ressentir un dessin du bout des doigts

 

le Brun

pour autant demeurer dans l’inachevé, l’inachevable d’une présentation conséquente au réel, jusque et surtout la représentation de la main même qui dessine, une figure qui chute au terme en attente , suspendu, emportant dans la mort le secret qui ose déchirer le continu d’un trait

 

Trockel

l’essence du trait demeure l’esquisse de son possible, comme un tremblement rendant la perception fugace , le réel photographique se dissout d’un simple trait

 

Daumier

et donc un retour fait rebond sur le corps lui même, ouvert, disséqué, visible jusqu’au coeur des formes, dessiner le corps comme traversé du réel qui est le sexuel, voir ce sexuel d’où le rapport paradoxal pornographique du dessin

 

Bandinelli

ne point pouvoir pénétrer dans l’épaisseur des chairs qui ne laissent que le visible de la silhouette

 

 

et de là ce pouvoir de désigner la jouissance, se refusant au tableau qui ne peut que saisir la forme figée d’un plaisir, le dessin est pornographique parce qu’il dévoile la brutalité de la chose mais il ne vise aucune illusion d’en représenter l’acmé, ni même la scénographie du fantasme

 

Rodin

Que peut ici le mécanicien de la semblance sinon offrir le décomposable d’une infâme mécanique en guise de lumière.? Tout le XVIIIème va rêver, depuis une industrie fort rudimentaire, d’un monde industrieux et machinique, source possible d’un bonheur, leurre d’une fascination pour le reflet plutôt que l’idée. On connaît la suite, d’abord défaire le lien symbolique pour livrer le monde aux marchands, puis réduire peu à peu tout ce qui existe à la catégorie univoque de la marchandise.

Il n’est pas sans conséquences alors que Diderot puisse se réclamer d’une sorte de matérialité de la pensée, non sans une idée spéculaire qui place la machine comme capable de distanciation réelle, mise en abîme du miroir au coeur d’une pensée scientifique imaginaire. D’aileurs Diderot songe à animer la pierre puisqu’après tout elle contient le mystère du passage du non vivant au vivant. La base plastique est embarquée dans l’affaire et c’est au statuaire que revient le mérite de l’animation. Avec une légère accélération certes, Diderot alchimise le semblable automatisé. Mieux un trouve raison sensible à l’animation par le biais du clavecin, le semblable harmonisé par les cordes. C’est cette même corde qui fait nef dans le rêve de d’Alembert, ouvrant à un système arachnoïde ou cybernétique si on veut forcer l’image."il y a un moment de délire où le clavecin sensible a pensé qu’il était le seul clavecin qu’il y eût au monde, et que toute l’harmonie de l’univers se passait en lui" Le délire ne s’arrête peut là puisqu’il imagine d’opérer de manière chimérique dans le réel. L’innocence d’une bergerie eugénique n’en contient pas moins son destin inhumain. D’ailleurs c’est bien d’une tératologie générale dont il s’agit portant aussi bien sur sur une fabrique monstrueuse  "une chambre chaude, tapissée de petits cornets, et sur chacun de ces cornets une étiquette: guerriers, magistrats, philosophes, poètes, cornet de courtisans, cornet de catins, cornet de rois" 

.

 

Comment ne pas en finir par une mise en cyborg obligatoire et pacifiée? Bodypolitix pose à Rotterdam un module de déplacement établissant un lien solide entre pornographie et art, au titre qu’il y a deux versants à l’affaire. Le porno est signe moebien ou non selon le type de discours qui le travaille. En tout cas la frontière proposée est bien moebienne.

Love de Robert Indiana est Aids de General Idea est Porn de Guillaume Bijl

In front of the green door de Johannes Wohnseifer 

est Possessions d’Andrew Blake, 

est le travail de Dorit Margreiter

L’atelier Van lieshout est Fingered de Richard Kern avec Lydia Lunch

Les films de Jones ou Fernando Arias sont Lack of Information de Henrik Olesen

La stimulation sexuelle est elle possible sans objectivation?

La pornographie peut elle générer de la poésie?

nous sommes dans le problème XXX d’Aristote

Café Flesh de Rinse Dream

the naked feminist de Louisa Achille avec Annie Sprinkle, ,Marylin Chambers

 

le fabuleux destin d’Amélie Putain de Panik Qulture

autant de propositions plastiques qui vont sans doute à l’encontre de l’idéologie générale de fin du monde

 

Stanley Kubrick, Korova Milkbar, 

Edward & Nancy Kienholz, The Bronze Pinball Machine With Woman Affixed AlsoWillem van Batenburg, Pruimenbloesem

Seven Figures (1984), Bruce Nauman

 

DSCF1477.JPG

 

Diderot aurait-il pu établir quelques connections utiles en discuter avec Marivaux, c’est possible, mais le concept souvent se noie dans le semblant imaginaire

Nous avons conservé un certain nombre de ces êtres de raison et d’horlogerie

 

 

 

"Le clown à la lune" (Roullet-Decamps)

Jacques de Vaucanson qui s’efforce de reproduire la physiologie

 

 

"L'Académie ayant entendu la lecture d'un Mémoire de Monsieur Vaucanson contenant la description d'une statue de bois, copiée sur le faune en marbre de Coysevox, qui joue de la flûte traversière, sur laquelle elle exécute douze airs différents avec une précision qui a mérité l'attention du public, et dont une grande partie de l'Académie a été le témoin, elle a jugé que cette machine était extrêmement ingénieuse, que l'auteur avait dû employer des moyens simples et nouveaux, tant pour donner aux doigts de cette figure les mouvements nécessaires que pour modifier le vent qui entre dans la flûte, en augmentant ou diminuant la vitesse suivant les différents tons, en variant la disposition des lèvres et faisant mouvoir une soupape qui fait les fonctions de la langue; enfin, en imitant par art tout ce que l'homme est obligé de faire, et qu'en outre cela, le Mémoire de Monsieur de Vaucanson avait toute la clarté et la précision dont cette machine est susceptible, ce qui prouve l'intelligence de l'auteur et ses grandes connaissances dans les différentes parties de la mécanique."

 

 

Le joueur de flûte traversière

Le mécanisme du joueur de flûte de Vaucanson

 

 

Détail du mécanisme du "flûteur"

 

Un  deuxième automate relance l’intérêt du public qui se presse pour voir la dite machine clavecinée donc  "homme de grandeur naturelle habillé en berger provençal qui joue 20 airs différents sur le flûtet de Provence (appelé aussi galoubet) d'une main et du tambourin de l'autre avec toute la précision et perfection de même qu'un habile joueur".

 

 

Le joueur de galoubet et de tambourin de Vaucanson

Le troisième automate a gardé une certaine célébrité, c’est le fameux canard " en cuivre doré qui boit, mange, cancane, barbotte dans l'eau et fait la digestion comme un canard vivant".

 

 

Il semble que l’inventeur est réussi une reconversion par la suite cette fois au service  des Manufactures de soie, non sans imaginer un robot supérieur qui imiterait jusqu’à la circulation du sang 

 

d’autres machines surgissent comme celle de Friedrich von Knauss , un écrivain capable d'écrire un long texte. 

L'écrivain de Friedrich Von Knauss

 

qu'il quitta l'année suivante pour aller, en qualité de mécanicien de la cour, chez l'Empereur François 1er d'Allemagne."

L'écrivain sous son aspect complet

 

"Après avoir tracé quelques caractères, l'écrivain trempe automatiquement sa plume dans l'encrier qui se trouve devant lui. Un mécanisme spécial situé derrière, déplace la tablette vers la gauche après chaque lettre; lorsqu'une ligne est achevée, la tablette est poussée à la fois dans le sens horizontal et vertical. Si le cylindre est retiré du mécanisme, on peut actionner à la main le registre à leviers, "dictant" ainsi à l'écrivain ce qu'on désire lui faire écrire". 

Souvent ces machines sont aussi des artifices qui leurrent le spectateur comme le célèbre jouer d’échecs qui joua donc contre Catherine non sans qu’il fut rapportée peut être quelque tricherie de la souveraine et un abandon diplomatique de la machine

 

 

et bien naturellement la machine se mit à parler "... la machine répondait déjà clairement à plusieurs questions : la voix en était agréable et douce; il n'y avait que les r qu'elle prononçait en grasseyant et avec un certain ronflement pénible. Lorsqu'on n'avait pas bien compris sa réponse,elle la répéta à nouveau, mais avec le ton d'une humeur et d'une impatience enfantine ..."

 

 Une des machines parlantes du baron Von Kempelen

 

 

 

 Pierre Jaquet-Droz réalisa un premier automate : un bambin d'environ trois ans capable  d'écrire un petit texte à l'aide d'une plume d'oie.

 

"La seconde figure représente un (autre) enfant de deux à trois ans, assis sur un tabouret, et dessinant sur un pupitre placé devant lui, différents petits sujets.”

 

 

 "Le papillon conduit par l'amour", "Mon toutou", "Le profil de Louis XV" et "Le Profil de Louis XVI et de Marie-Antoinette".

 

 

 

 

Le troisième androïde est une musicienne qui " exécute elle-même sur un orgue indépendant, 5 morceaux de musique avec beaucoup de précision ."

 

 

 l'Abbé Mical confectionna deux têtes parlantes capables de prononcer un certain nombre de phrases.Placées sur un socle à l'intérieur d'un petit théâtre, un dialogue pouvait être engagé entre les deux têtes :

 

"Elles sont de grandeur naturelle, très bien faites; elles sont dorées, ce qui est de mauvais goût. On les voit à côté l'une de l'autre sur une espèce de petit théâtre, à la base duquel est visible l'ensemble des mécanismes. Dans les quatre phrases qu'elles articulent successivement, et en imitant à l'extérieur le mouvement des lèvres, il est des mots qu'elles mangent en entier, leur son de voix est rauque, leur articulation lente; et malgré tous ces défauts, elles en disent assez pour qu'on ne puisse se refuser à leur accorder le don de la parole..."

 

 

 

La joueuse de tympanon est un  androïde réalisé par l'horloger Pierre Kintzing et l'ébéniste de la Reine Marie Antoinette David Roentgen 

 

"La Reine a depuis peu de temps fait l'acquisition d'une petite figure de femme automate de dix-huit ou vingt pouces de hauteur, qui joue et exécute très bien différents airs de musique sur une espèce de tympanon en forme de petit clavecin. Cette figure dont les traits, les proportions et les ajustements sont forts élégants, frappe en mesure les différentes cordes de l'instrument avec deux petits marteaux de métal qu'elle tient dans ses mains, qui se meuvent avec beaucoup de justesse et de précision.” 

 

avec Jean Eugène Robert-Houdin, horloger-mécanicien, prestidigitateur et inventeur, c’est tout un mélange d’illusion et de prouesse qui préside à la mise en place des machines , un peu comme si brusquement le rapport de l’imaginaire et de la science oeuvrait sourdement à des voeux de mort 

 

 

Automate truqué au Théâtre Robert-Houdin : "Enigma le Buste chantant" 

 

 

 

 

 L'écrivain-dessinateur de Robert-Houdin 

 

 

 

 

 

Le Garde française de Robert-Houdin

 

 

 

 

Le pâtissier du Palais Royal de Robert-Houdin

 

 

 

 

 

L'oranger fantastique de Robert-Houdin

 

 

 

 

 

Antonio Diavolo de Robert-houdin

 

 

 

Une leçon de chant de Robert-Houdin

 

Les machines continuent leur course poétiques loin des industries qui puisent à de tous autres buts

 

"L'escamoteur" de Stèvenard

 

 

 

à encore ours sera du côté de la peinture, dès l’origine occidentale, Masaccio donc comme icône irréductible alors du non représentable indiqué cependant, 

marcher dans la couleur, selon la lumière du non rapport

Nous aurions pu ici reprendre aussi quelques anciennes considérations sur Julien Offray de La Mettrie et  L'Homme Machine... désirante dit-il , ce qui n’est pas tout à fait l’usage matérialiste que l’on fait de lui

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