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Ecrire jusqu à l effacement

Ecrire jusqu’à l’effacement

 

Pourquoi n’arrête-t-il pas d’écrire? après tout ce temps consacré à ciseler la lettre, une lettre encore poussée jusqu’au pont Mirabeau où coule la Seine, faut-il qu’il m’en souvienne? Toujours Celan au point ultime , dans la longue lignée des paroles nues. La course d’un Kiefer après ce charnier, le corps est allongé ni vif ni mort, sans doute s’est-il endormi pour éviter la douleur de mémoire

 

les livres déposés, aux pages massives, illisibles, lisibles dans la transparence des miroirs brisés

Vila Matas 

se souvient de Duchamp, de Walser,

 de Bartelby

, et là surgissent aussi bien Melville et Deleuze

disparaître au lieu de ce silence absolu

je préfère de pas

Beckett à ce terme, non sans rire

commencer par ne pas

cette contrainte du moins à la limite du respire

donc nous voici sur les pas de Pessoa, à Lisbonne, regarder Monteiro jusqu’au bout, et Oliveira, la foule des identiques, différenciés du même cependant

Paris peut être mais la cité demande quelques révisions

 

lorsque la lettre est parcourue, au second tour, il faut s’enfoncer au delà du semblant narratif

 

dans la matière libérée

 

Barcelone au matin, aussi loin qu’il est possible, le franchissement du seuil naturel pour une étrange frayeur, un goût de cendres, sur les pas de Duras qui me regarde toujours avec cet air de distance folle, devenir Hemingway sans doute, la moindre des choses, devenir torero, il faut pouvoir mettre tout ça cependant dans le même sac, la douleur de Paris, les paupières décousues, comment écrire, comment oser dans les pas du père silencieux, en revenir nécessairement à l’effacement de ses propres pas, J would prefer not to do it, 

 

survivre un temps d’un métier et puis pouvoir à nouveau écrire et peindre, ou alors laisser se former les textes et les peintures dans l’esprit et les regarder lentement s’effacer, malgré soi un ouvrage se lit, fuir à nouveau dans le minuscule,« Une fois de plus, je n'ai fait là qu'esquisser ; en réalité, je devrais me sentir tenu d'en faire davantage. » ne pas céder à cette tentation là, jamais, J would prefer not to do it, Herisau, le non monde, 

 

ce goût pour la promenade en hiver, Holderlin toujours, 

C’est précisément dans cette position que je me tenais assis quand je le convoquai, signalant rapidement ce que je voulais qu’il fît - à savoir examiner avec moi un court document. Imaginez ma surprise, ou plutôt ma consternation, quand, sans quitter son intimité, Bartleby, d’une voix singulièrement douce et ferme, répliqua : « J’aimerais mieux pas. »

 

Je restai assis un moment, parfaitement silencieux, m’efforçant de recouvrer mes esprits. Je crus d’abord que mes oreilles m’avaient trompé ou que Bartleby n’avait absolument pas compris le sens de mes mots. Je répétai ma requête du ton le plus clair dont j’étais capable. Mais d’un ton tout aussi clair vint la réponse précédente : «J’aimerais mieux pas. »

 

« Aimerais mieux pas », répétai-je en écho, me levant, en proie à une grande agitation, et traversant la pièce d’une enjambée. « Que voulez-vous dire ? Vous avez perdu la tête? Je veux que vous m’aidiez à corriger ce feuillet - prenez-le », et je le lui tendis brusquement.

 

« J’aimerais mieux pas », dit-il. Je le regardai avec fermeté. Son visage était émacié ; son regard gris, pâle et paisible. Pas une ride d’agitation ne le froissait. S’il y avait eu la moindre gêne, colère, impatience ou impertinence dans son attitude, en d’autres termes, s’il y avait eu en lui quoi que ce fût d’ordinairement humain, je l’aurais sans aucun doute violemment congédié de ces lieux. Mais dans ces conditions, j’aurais aussi bien fait de mettre à la porte mon pâle buste en plâtre de Cicéron. Je restai là, un moment, à le considérer, alors qu’il poursuivait ses écritures, puis je me rassis à mon bureau. C’est bien étrange, pensai-je. Quel parti prendre ? 

 

se décider sans doute à ne pas pouvoir décider, demeurer dans cette attente nullement compulsive du signifiant, rien de particulier que ce silence là, 

« Un jour où j'avais finalement renoncé — c'était le 8 mars 1914 — je m'approchai d'une haute commode et, prenant une feuille de papier, je me mis à écrire, debout, comme je le fais chaque fois que je peux. Et j'ai écrit trente et quelques poèmes d'affilée, dans une sorte d'extase dont je ne saurai saisir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie et je ne pourrai en connaître d'autres comme celui-là. Je débutai par un titre : O Guardador de Rebanhos (Le Gardeur de troupeaux). Et ce qui suivit fut l'apparition en moi de quelqu'un, à qui j'ai tout de suite donné le nom d'Alberto Caeiro. Excusez l'absurdité de la phrase : mon maître avait surgi en moi »

renoncer plus avant et donc pouvoir risquer une première phrase, jamais deux fois la même pensée, le glissement d’un temps l’autre, aucune différence dans le temps, intranquillité

 

« Je suis parvenu subitement aujourd'hui, à une impression absurde et juste. Je me suis rendu compte, en un éclair, que je ne suis personne... Je suis les faubourgs d'une ville qui n'existe pas, le commentaire prolixe d'un livre que nul n'a jamais écrit. Je ne suis personne, personne. Je suis le personnage d'un roman qui reste à écrire, et je flotte, aérien (...) ». 

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