Don Quichotte au cinema
le film dit inachevé d’Orson Welles pose l’étrange question justement de cet achèvement entre une production linéaire où il s’agit essentiellement du délire mélancolique dans un désert et cette rencontre improbable du héros errant depuis toujours à travers unes Espagne franquiste qui s’ouvre à la modernité. Certes l’image est souvent peu nette et les raccords de plans assez pauvres, mais il s’agit d’un tremblement propre à l’orée du cinéma où le miracle est encore possible.et donc Welles se filme filmant Don Quichotte. De toutes façons ce film possible n’est pas le film de Welles, c’est un montage tardif d’un autre à partir de fragments divers tournés au fil des années à Paris, au Mexique, en Italie, en Espagne, fragments protégés par des droits d’héritage, d’ailleurs il n’y a aucune trace de script, aucune indication sur les fragments, pas de son, il a fallu même doublé Welles, l’acteur du début a changé c’est sans doute aussi pourquoi il ne peut être question de voir la séquence de lutte contre le bulldozer, le torero dans l’arêne, l’écran de cinéma, ni l’interview du journaliste de Mars, ce film qui n’est donc pas perdu mais non monté demeure le secret , l’oeuvre inachevée du maître, celle par laquelle il laisse le cinéma comme un ouvert, Quichotte face au monde futur, et les biographies croisées, celle de Cervantès, blessé à Lépante, prisonnier des Maures, miséreux inventeur d’une langue et réduit par la traduction à un texte illisible et prétentieux, mais c’est aussi la biographie de Welles qui se balade de film en film, de pays en pays, cherchant toujours de l’argent pour son travail, et faisant du Quichotte un compagnon parallèle, ainsi va t il tourner en Italie en même temps qu’un David et Goliath.
La tentation est grande de s’interroger alors sur la fortune de cette affaire impossible, porter le roman de Cervantes à l’écran
Plusieurs films sont basés sur l’histoire de Don Quichotte,:
Don Quichotte (1933), dirigé par Georg Wilhelm Pabst
Don Quichotte (1957), dirigé par Grigori Kozintsev, film oh combien conventionnel qui laisse supposer un espace uniquement de comédie dès lors que le fond existentiel se perd au profit d’une lecture somme toute sociale de l’affaire. Dans ce cinéma il n’y a pas de voyants. Il y a par contre beaucoup de choses à examiner du point de vue de la production artistique en URSS, en particulier tout ce qui concerne Chostakovitch qui semble intervenir au moins dans la musique du Roi Lear. C’est un chapitre très important du cinéma que celui qui examine les conditions de production, et donc il y a toute une lecture du cinéma soviétique qui peut passer par là, mais c’est vrai aussi du travail de Welles. Donc tout autant la musique de cinéma, chapitre essentiel puisqu’il est antérieur à la parole justement. L’exemple de la survie de Chostakovitch est très étonnante puisqu’il résiste deux fois à Staline, ce qui est sans doute un exemple unique, une fois en 1936 pour Lady Macbeth (« Le chaos remplace la musique... tintamarre, grincements, glapissements ...formalisme petit-bourgeois ... hermétisme ...naturalisme grossier... personnages bestiaux , vulgaires », une fois en 1947 où sa symphonie 9 apparaît pour tout autre chose qu’une apothéose du maître et ce malgré l’incroyable 7 jouée pendant le siège de Léningrad.
L'Homme de la Mancha, adaptation francophone de la précédente, texte traduit et adapté par Jacques Brel qui l'interpréta sur scène à Bruxelles et à Paris en 1968.
L'Homme de la Mancha, adaptation cinématographique de la comédie musicale par Arthur Hiller en 1972
Lost in La Mancha (2002) reportage sur l'impossibilité de tourner un film, d'après la tentative avortée de Terry Gilliam, qui avec Rochefort et Depp forment un trio crépusculaire. Il y a là une rencontre improbable, sans doute impossible entre Monty Python,Brazil, Münchhausen, Quichotte, Eward, Dead Man, Pirate des Caraïbes... Il faut imaginer ce fond terrible, stupide, envoûtant, le tout étalé sur un désert espagnol pris dans l’orage.
ce film n’en est pas un ou alors c’est une sorte de huit et demi non filmé d’ailleurs, le metteur en scène n’ayant plus la maîtrise de son affaire, il s’agit de nous conter comment ce film rêvé par plus d’un, un long temps, n’arrive pas à prendre forme, le temps, les finances, la maladie se mettent en boucle et le truc lentement s’enlise
Don Quichotte inspira un grand nombre d’illustrateurs et de peintres dont Gustave Doré,
Honoré Daumier,
Pablo Picasso,
Albert Dubout,
Salvador Dali,
Gérard Garouste.
reprenons le Quichotte comme défi au cinema, le leurre étant la prolifération du récit comme une sorte d’histoire, celle d’un homme pris dans sa folie, hors il s’agit avant tout de l’apparition d’un sujet parfaitement littéraire dans un ouvrage sans bornes qui se cite lui même et qui jubile avant tout dans sa langue, ce héros impossible est ainsi au service de la langue avant d’être au service de l’image, qui est le Quichotte? un tremblement du sujet avant tout, et l’entreprise de Pabst ou de Kozintsev voudra mettre l’accent sur un regard politique de l’innocent , la cramation des livres par les nazis, la corruption soviétique, etc... vouloir bâtir un récit échappe nécessairement au texte d’où la tendance purement filmique d’un Serra, honor de cavalleria, mais le projet est aussi tout autre, c’est celui de Terry Gilliam qui se lance dans une entreprise désespérée, sans acteurs, avec des repérages, des décors, des scènes dessinées, et puis il y a la nature qui ravage, et lui il rit jusqu’au bout du désastre, mais c’est après tout le projet de Welles qui pense Quichotte en faisant autre chose , qui donc est Quichotte lui aussi, ce regard actuel à travers l’historique, ce mélange du temps et de l’espace, cet autre absolu qui regard le monde dans un désespoir amusé, poussé par la puissance sans faille du rêve qui porte loin le corps usé par la temporailté