«désir de douleur, douleur du désir»
L’évocation du mot “douleur” ne saurait en raison venir servir de projection toujours plus ou moins hypomane dès lors qu’il s’agit d’en évacuer le sens. Il est nécessaire de recentrer l’affaire autour de deux points, d’une part le sujet pris à la douleur et qui attend au moins une réponse médicale, d’autre part le sujet scientifique. Sans ces deux piliers qui doivent être déployés, il n’y a pas moyen de traiter du réel en jeu donc de se retrouver au carrefour de “douleur, souffrance et jouissance”. La science a des choses rigoureuses à dire sur la neurophysiologie de la douleur et donc sur la médication rationnelle qu’elle peut proposer en fonction de ses connaissances, ce qui ouvre aussitôt une autre question, pourquoi la résistance de et à la douleur autorise t elle un tel sadisme dans le traitement? La médecine décrit depuis toujours une riche sémiologie de la douleur physique ( douleur exquise, de miserere..) La psychiatrie (du moins celle qui relevait d’une clinique et non de la volonté de faire coïncider pharmacologie et neuro-cognitivisme) a fait de même et permis à la psychanalyse d’établir les concepts opératoires propres à ce champ. L’expérience montre que les symptômes subjectifs impliquent aussitôt la relation médecin-malade comme un espace opératoire où l’axe de la parole recouvre la dynamique proprement organique des faits. Ce dialogue met en jeu un savoir qui, prenant appui du côté du thérapeute, de savoirs constitués, n’en demeure pas moins singulier. Ici s’interroge les dimensions de l’intégration de la douleur dans un corps, son incarnation. C’est là aussi qu’il convient d’être vigilant car aussitôt l’oreille religieuse va se faire attentive, propre à refouler son côté opium du peuple ou illusion (pour citer Marx et Freud). La religion n’a rien à faire du fond, ce qui lui importe c’est le commerce qu’elle peut en tirer, entre l’identification au corps christique et la sublime cessation de toute douleur bouddhique.
La psychiatrie, qui d'ailleurs est redevenue un appendice médical, n'a rien à dire de plus que la science sauf à noter par exemple que l'anafranil est un antalgique puissant, ce qui revient à dire qu'elle s'en remet à la psychanalyse pour avancer un peu sur ces questions,. Il existe une science de la douleur dont l'exposition rationnelle est nécessaire et qui met en jeu deux types de pratiques, d'une part un discours qui, lorsqu'il vire au scientisme conditionne et l'hypochondrie et le recours à un champ qui va du para-médical aux diverses magies (ce pour quoi il serait nécessaire qu'un sociologue et un ethnologue viennent discourir), d'autre part une pharmacopée dont l'inverse manifeste est aussitôt la toxicomanie. Il conviendrait donc d'interroger ces discours croisés du point de vue de la psychanalyse, c'est à dire une pratique de parole, mais aussi de bavardage singulier, à savoir ce qui travaille et mine le concept du flux incessant des termes inadéquats, comme le proposait Barthes dans son cours sur le neutre (bienveillance, fatigue, silence, délicatesse....)
Toute formulation d' intervention à propos de la douleur entraîne une foule d'intérêts divers. Il sera question du signe et du sens. Le signe sera celui visant une cause et en quelque sorte un traitement. La médecine y lira un signe pathologique auquel devrait répondre toute une série d'interventions, drogues ou chirurgies. Mais ce signe peut figurer trop peu ou trop tard ou sembler répondre à quelque chose de non physiologique. Alors vont proposer leurs services toute une série de pratiques plus ou moins magiques , para médicales c est à dire calquées sur le médical même s’il s’agit d'une interprétation plus ou moins farfelue de donnés scientifiques. Un pas de plus et nous aurons affaire à des fonds théoriques délirants plus ou moins axés cette fois sur des visions mystico-scientistes du monde. La frontière est toujours celle du signe au sens, c’est à dire toujours du rapport du sujet à l’Autre. La question du sujet implique un cheminement logique qui avait été abordé par les théologies négatives, à savoir l’inexistence de l’Autre, mais bien sûr posée comme intrinsèque à la démonstration non comme effet de la démonstration (en dépit de la mélancolie patente finale de l’auteur de la Somme Théologique). Dans ce contexte la douleur est prise soit du côté du signe ce qui implique diverses manipulations, soit du côté du sens ce qui suppose celui de la dite douleur comme identification à un dieu sacrificiel ou à un dieu néantisé. Le lieu du corps du sujet s’y dissout. La formule (certes formule!) “il n’y a pas d’Autre de l’Autre” évite ce genre d’impasse logique
Le terme de médecine naturelle est à prendre comme un paradoxe puisqu'il n'y a pas de nature mais un rapport complexe entre l'homme et la dite nature, dont son corps est un lieu pris dans cette tension qui peut se dire douleur, la médecine échoue à traiter de la douleur, abandonnant ce changement au miracle du pharmacon, et donc à tous ceux qui peuvent tirer profit de cette plainte, d'où d'une part une science stupide et une foule de pratiques plus ou moins magiques qui traitent du mal heur du parlêtre, la psychanalyse demeure en ce lieu d'inconfort où son abord du sujet ne peut satisfaire ni l'un ni l'autre, la souffrance de l'Autre qu'elle indique n'est pas religieuse, ni jungienne, d'ailleurs l'Autre n'existe, ce qui pose une jouissance au principe de l'ex-istence, donc il peut s'agir d'évoquer ces questions entre cliniciens en un lieu où justement l'efficace cette fois vraiment efficace serait un fol pari, pour une parole Autre, il n'y a de traitement de la douleur que celle du désir
Posons donc la question d’un fantasme désir<>douleur dont l’impératif d’écriture logique sera rapporté à un troisième terme le neutre, à la fois comme élément d’une triangulation et comme intersecteur à une logique fantasmatique qui n’y verrait aucune réponse, autrement dit à l’invite d’un désir de douleur et en inverse d’une douleur du désir viendra un neutre, au symptôme douloureux viendrait se substituer l’enjeu d’un transfert de désir qui est d’ailleurs impasse sauf au titre d’un neutre.
La douleur comme symptôme s’adresse à un lieu Autre dont la consistance se décline entre un Dieu, un guérisseur, un médecin, un psy, à chaque type d’articulation un type de développement du discours et donc un certain nombre de conséquences. Nous reconnaissons ici les quatre discours classiques, celui du maître, celui de l’hystérique, celui de l’université, celui de la psychanalyse, et à chaque fois une articulation du fantasme différente, ce n’est pas la même chose d’offrir sa souffrance à Dieu, à un agent de forces indéterminées, à un opérateur biologique ou à un tenant lieu de l’objet d’un désir.
L’icone de Sebastien fonctionne dans ce commerce de jouissance avec l’Autre, de jouissance de l’Autre. La science et le guérisseur sont faibles sur ce point. Bricolage! L’Autre ne se mesure qu’à l’objet qui le nie et l’efface. Demeure cette jouissance qui signe un fantasme signifié au Kant avec Sade. Demeure l’objet dont le neutre sera l’indice en répond.
Les concepts qui animent cette Université de Médecine Naturelle où pourrait se dire une vérité de la douleur, demeurent étrangement flous. Peut être est ce cela le style de cette Université, surtout ne pas se confronter au concept autrement que de manière incertaine, aléatoire. Il y a peut être une philosophie à dégager de cela. Ainsi medecine-naturelle est-elle un peu étrange puisqu’elle suppose une nature sans doute de facto bonne, et aussitôt la question nature-culture et son actuel l’écologie idéologique (à rapprocher de l’eugénisme normatif relooké, renommé (comme le veut la néolangue) mais qui n’est pas plus sympathique que celui de ses ancêtres américains puis nazis). Bien sûr un ami théologien saurait retourner ces propositions et transformer la scène de Masaccio en promenade hygiénique.
Et dès lors une interprétation conforme négligera le supplice de Bataille comme elle laissera de côté le texte de Sade ou de Klossowski. Utilité-de-la-douleur, voilà une formule qui touche au fondamental tout en cherchant à l’esquiver, car n’est il pas question justement de priver le sujet même de sa douleur. Reprenons une petite scène “docteur j’ai mal”, ce à quoi le praticien va répondre de sa drogue (drogue qui est celle du laboratoire que l’on ne peut soupçonner d’aucune empathie autre que marchande, certes il y a les autres les psychodysleptiques, mais ceux là sont interdits, uniquement des sédatifs ou alors des plantes, des arômes, autre marchandisation qui ne cache pas sa sympathie pour les tours de passe passe plus ou moins mystico-delirants) de son écoute (heureusement que le praticien écoute mais qu’est ce qu’il écoute s’il ne prend pas la mesure de l’inconscient?), mais la tonalité interroge une place plus singulière parce que justement cette douleur qui résiste au pharmacon semble soluble dans l’amour de transfert. L’adresse loin de réclamer un savoir externe met en jeu dans le transfert un savoir insu qui va impliquer le thérapeute dans son fantasme. Point de sortie dès lors que d’avoir reconnu les acteurs réels de la scène. C’est bien sûr en ce point que la secte intervient qui suppose une doctrine réglée sur une clinique et une pratique (un siècle de psychiatrie puis un siècle de psychanalyse ne se réduisent à une recette de magazine féminin. Ici nul intuitionnisme, nul happy end mais l’inscription d’un sujet dans le langage. La psychiatrie n’a existé que du temps d’un Clerembault qui établissait les éléments de la clinique (par exemple l’automatisme mental que la psychose décrit y montrant l’automaton général du sujet), que du temps d’un Tosquelles qui posait le politique au cœur de la question de la santé mentale (il faut dire qu’il avait passé par la Catalogue anarchiste et poussé par les hordes franquistes, il s’était retrouvé au Lozère et cherchait à préserver de l’extermination les patients de Saint Alban). Oui la douleur-au-travail est politique et il ne s’agit pas de chercher à réguler les conditions de ce travail mais bien de poser nettement les conditions de cette aliénation d’un monde qui ne rêve que d’agents normés aux alinéas de calculs financiers. En ce sens le modèle des interviews proposé par Bourdieu “La misère du monde” est tout à fait complémentaire des entretiens réglés du psychanalyste. Il est fort probable que le public (j’ai même entendu familial) va être sensible à des formes de pragmatique qui effleurent le sujet sans le poser au cœur de sa douleur d’existence, mais ce n’est pas sûr, c’est ce que la pratique quotidienne de ces quelques cliniciens apprend, mais ils finiront par cesser leur pratique et avec elle le monde objectif du sujet statistique, médiatique et silencieux pourra s’étendre sans limites. Dès lors la secte, Freud disait la peste, pourrait être au principe d’un savoir nouveau, fondé ni sur une techno-science, ni sur un retour parallèle au sentiment océanique.
Les cieux sont vides et on peut rien contre la douleur. Parlons d’autre chose. Nous verrons bien. Dites ce qui vous passe par la tête. Soyez un peu attentif, attentive à votre automatisme mental. Le médecin dès qu’il la/le voit dans la salle d’attente anticipe déjà l’échec de cette consultation, cette douleur résiste à tout, au pharmacon surtout, même la mort fine n’y fait rien, alors il l’adresse au psy et en ce sens point de différence entre la douleur psychique et la douleur somatique, toujours cette plainte en souffrance qui ne trouve à se localiser en quelque douleur exquise justement, ce point G de l’affaire, cette affaire comme l’autre dans le fond.
docteur je souffre
oui
merci
L’adresse se localise, elle cherche son objet perdu, constitutif cependant de la structure entre l’anesthésie hystérique et la souffrance du ne pas mourir de l’entre deux morts. Le divan du transfert cherche l’objet perdu. Cet autre quasi muet doit bien en savoir quelque chose du secret de cet Autre qui se refuse à m’entendre. Point d’Autre justement avec qui dialoguer entre l’identification à une douleur infinie et la tentative de se désincarner. La scène est dès lors prise à la fantaisie peut être d’un autre qui pourrait jouir de cette souffrance. Proposition de la scène de torture dont on connaît l’incise
fais moi mal
non
mais de manière moins brutale
“je voudrais tant vibrer sans souffrir, est-ce possible? croyez vous”
Bref l’affaire est mal partie d’autant que le psy qui a lu Freud, et Charcot, et Lacan, qui a passé (il vaut mieux) par ce Divan le terrible a dans ses cartons le concept bien ennuyeux du masochisme premier celui qui raconte l’érotisme et la mort et les portes de la dissociation psychique. Il sait que l’hypochondrie n’est pas hystérique, que le pharmacon psychodysleptique est interdit. Ce dernier point d’ailleurs structure le monde moderne puisqu’au discours de lutte contre la drogue répond l’objet électif drogue dans l’économie capitaliste.
La douleur/souffrance est un discours pluriel dont il convient de déployer l’errance dans le détail et sa structure. A l’instant justement cette idée de la place de l’objet dans le discours du capitaliste, un discours sans coupure c’est à dire sans fantasme et donc sans sujet. Il faut peut être convoquer matériellement les figures. Aussi bien celle de Saint Sebastien que celle du supplice des cent morceaux, cette nuit de feu de Georges Bataille.
celui là est parfait protecteur extatique aux portes de la ville, mais nous sommes encore dans l’ordre du discours théologique, de celui du maître. Il va falloir attendre encore un peu, passer par Loudun
non pas le diable mais l’arrivée du psychiatre sur la scène , en même temps (et ce n’est pas hasard) que Descartes met l’Autre entre parenthèses. On en vint aux Lumières mais elle ne durèrent pas. Kant avec Sade en témoigne.
l’horrible dix neuvième siècle finit heureusement avec la scène de la Salpétrière et Freud
mais la coupure épistémologique du capital est plus rapide, à l’exemple le supplice chinois, Verdun et la Shoah, ah oui c’est vrai il ne faut pas désespérer Billancourt
Il fait très chaud, le train venant d' Avignon est coincé en gare, la climatisation est morte, une porte est bloquée semble-t-il, on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements de wagons, il y a à côté un vieil homme qui me semble prêt à mourir d’un instant à l’autre, les deux femmes qui l’accompagnent semblent indifférentes, habituées, il boit de petites gorgées en s’étranglant à moitié, peut-on parler de souffrance en son bord limite d'agacement, c’est possible, ce n’est pas certain. Après une semaine de théâtre, il y a là une séquence de réalisme stupide qui renvoie à ce jeu entre réel et réalité dont la scène pousse parfois les portes froides, je lis Molloy en essayant de rire
j’ai trouve à la galerie Lambert un ouvrage “l’art médecine”, illustré d'un morceau de corps de Tapies, je l’ai lu à cause d'un ouvrage de Dominique Raymond, auteur ancien, 1816 “traité des maladies qu’il est dangereux de guérir”, y vient le problème xxx d Aristote qui suppose au génie celui d'être incurable, divine mélancolie; l’ouvrage est un peu confus et les auteurs plasticiens plus modernes assez hermétiques, j’ai effectué une lecture sans notes, ce que je fais depuis quelques mois puisque j’ai mis un terme aux œuvres complètes! l’iconologie religieux est thérapeutique, exposant les divers blessures médicales
Poussin la peste d' Asdod
Courbet Caravage Gericault exposent les figures malades, on retiendra
Alfred Bruyas malade de Courbet
La colonne brisée de Frida Kahlo
Le goût bien sûr pour l’exhibition chirurgicale
Leçon d' anatomie du docteur Deyman de Rembrandt
Un couple s’affiche médecin malade peintre modèle
Goya et Arrieta
Figure problématique du chaman, celui qui sait d' avoir fréquenté la mort dans le fil de l’ouvrage d'Étienne Binet “remèdes souverains contre la peste et la mort soudaine” rien ne vaut la peste pour stimuler les esprits et donc Artaud
Mais avant il sera question du pigment pharmacon à la fois vu et donc lu, bu et donc incorporé
Sans doute aussitôt une théorie des corps politiques, Mondrian qui veut harmoniser le sujet depuis le regard
New York city
L’idée se retrouve chez Malevitch et dans les esthétiques totalitaires, rien d' étonnant à ce qu’en retour l’art brut puisse venir faire leçon
Viennent ensuite les détails
Matisse à l hôtel Regina aux tableaux thérapeutes inscrits au fauteuil érotique et apaisé
Fauteuil rocaille
Sam Francis accidenté et tuberculeux pris au blanc
Blue balls
Tapies tout aussi tuberculeux avec un petit goût christique
Fauteuil
Croix rouge
On finira ce parcours de biais par Beuys qui évoquera les autoportraits christiques désignatifs d'une localisation en homme de douleur, Dürer
Nous limiterons l’affaire à Auschwitz, démonstration
la question de la représentation du mal ou son interdit, vaste dossier
Régine Azema propose de prendre son pied, son fade, sa part de jouissance, en écho paradoxal d’une revendication de femme pirate qui veut sa part dans un commerce livré à l’utilitarisme objectal, et qui parle de jouissance féminine livre un discours où l’Autre se remet à n’être qu’au prix d’une parole. Livrons à notre méditation ces objets de scandale, modeste dans une série dont nous ne saurions cacher l’excellence complice
opus doloris
Après ce que viennent de nous avancer Pierre Etchart et Michel Abrial, je crois que je n’ai plus grand chose à dire, ce rien à dire qui est au principe de la douleur, n’en dire que le rien, soit le réel. Je suis en train de me dire, heureusement qu’ils ne sont que deux, parce qu’ils me laissent quand même quelques bribes d’imaginaire et de symbolique, je tremble à l’idée qu’Alain Laporte, Michel Monlun et Jacques Benazet auraient pu aussi venir ici donner de la voix, je songe aussi à cette formule “ protégez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge”. Mais j’éviterai de me lancer à mon tour à commenter la formule d’Aristote “oh mes amis, il n’est point d’ami”, car il faudrait reprendre la leçon de Derrida sur ce point et parler tout autant de l’amitié dans l’espace psychanalytique, l’amitié en jeu dans la séance et dans la réunion de travail, sur le modèle invoqué par Sade des amis du crime, pour nous les amitiés du réel, les amis de l’objet petit a, soit de l’objet cause du désir du sujet.
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Engager les choses ainsi au plus près de la clinique admirable que développe Marguerite Duras met la barre à la fois très haut au niveau de l’exigence du concept et en même temps au plus près du miroitement tremblant de l’écriture. C’est reprendre à juste titre l’appel de Freud aux poètes qui sont les horribles travailleurs de Rimbaud
Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.
Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.
Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !
mais ne nous éloignons pas trop du chemin ou du moins posons quelques cailloux pour faire piste même s’il s’agit toujours d’un chemin qui ne mène nulle part, il n’y a pas d’Autre de l’Autre, ce qui n’est pas une formule de la métaphysique mais bien la conséquence logique de l’inscription du sujet dans le langage
reprenons, nous sommes à essayer d’articuler trois termes, douleur, souffrance, jouissance, je traduis un peu vite, imaginaire, symbolique, réel, de l’absence de parole à l’énonciation d’un fantasme, fantasme qui pointe un réel
nous ne pouvons négliger le champ historique et esthétique que la douleur appelle, c’est à dire le contexte de cette affaire. Nous avons tous en tête une iconographie luxuriante mettant en scène les fantasmagories religieuses jusqu’à leur exposition ordinaire au journal télévisé. Nous ne pouvons nier la fascination brute qu’exercent sur nous les scènes de la passion du Christ, les visages extatiques de Saint Sébastien, les images d’une jouissance qui ne dit pas son nom. Mais ceci ne peut faire support de pensée pour notre temps. Un jeu d’érudition tout au plus. En ce point nuancer d’une remarque de Freud qui va tout à fait dans le sens de cette remarque de Pierre Etchart qui porte sur la suspension de pensée chez Marguerite Duras, ce ne pas penser propre à la douleur pourrait faire signe d’un arrêt d’articulation, le même que celui qui est en jeu dans la fascination de l’image. Freud cherche un nom et constate que l’icone du nom brille de sa présence jusqu’à ce que la chaîne associative en libère le signifiant, auquel cas elle s’efface ou du moins retrouve sa teinte neutre, il y aurait la même chose à noter à propos du rêve, dont l’image porte l’éclat muet du signifiant.
Je fus en mesure de me représenter les tableaux de façon plus concrète et plus vive que je n’en suis ordinairement capable; et devant mes yeux, il y avait là, particulièrement distinct , l’autoportrait du peintre
et plus loin
le souvenir, d’une extrême netteté, que j’avais des traits du visage du maître ne tarda pas à pâmir ensuite
L’efficace du religieux s’achéve autour du moment cartésien qui signe la coupure épistémologique du discours de la science.
1637 discours de la méthode
1634 possession de Loudun qui met un terme à la sorcellerie pour ouvrir à la question hystérique puisque l’inquisiteur donne place au psychiatre
1656 création des hôpitaux généraux , ce que Michel Foucault désigne du terme de “grand renfermement”
désormais c’est au médecin que s’adressera la douleur, que s’ouvre l’âge du pharmacon scientifique.
1789 verra la prise de la Bastille et la libération du marquis de Sade qui s’y trouve alors et qui y rédige le premier texte de systématique clinique des fantasmes “les 120 journées de Sodome”. On sait que ce texte aura son achèvement descriptif dans la Psychopathia sexualis de Krafft Ebing, puis qu’il trouvera chez Freud une articulation structurelle à travers les diverses éditions des “essais sur la théorie du sexuel”.
Nous allons vite bien sûr, mais un hasard de l’histoire me fait commencer mes études de médecine en 1968 qui est aussi la date de la séparation de la psychiatrie et de la neurologie. La psychiatrie trouva, dans ses quelques années qui nous séparent du moment actuel, un appui salutaire en la conceptualisation psychanalytique qui reprenait, à travers l’enseignement de Lacan, à la fois l’enseignement de Freud mais ce que la clinique classique avait pu produire de meilleur au cours du XIXème et XXème siècle. Comme quoi ces deux siècles n’ont pas produit uniquement des chants de morts, posant l’horizon logique d’Auschwitz comme terme à l’expansion du système marchand. Nous savons aussi que la psychiatrie est à nouveau en phase de résorption dans un mélange de nosographie statistique et de neuro-comportementalisme. Exit l’épisode psychanalytique et retour à la norme.
Ce lieu après tout porte un sens historique certain puisqu’il affiche et une position naturelle et une position marchande, et un fantasme naturaliste entre le texte de Rousseau et des composantes écologiques, et un signe parmi d’autres de l’effacement progressif des ordonnances de 45, dans l’esprit du Conseil de la Résistance. Il serait donc intéressant en ce point de reprendre Levi Strauss ( et ce qu’il convient de dire à propos de culture et nature) et l’histoire de l’écologie dont les fondements ne sont pas toujours très sympathiques. Quant aux ordonnances de 45 qui instituent un type de contrat social fondé sur l’expérience des dérives totalitaires, chacun peut en mesurer ou non l’intérêt.
Ceci dit, comme on le rapporte de Galilée et dans d’autres circonstances, la négation, dénégation du réel ne l’empéche pas d’exister. d’ex-ister, comme la psychanalyse, ce qui est quand même plus dans sa nature que l’institution, sa position ex-centrique, si l’on veut dans l’actuel de résistance. Une question d’ailleurs pourrait ici se formuler. Comment se fait-il qu’une psychanalyse puisse produire du psychanalyste? Quel rapport singulier au triplet douleur-souffrance-jouissance vient-il ici maintenir un ouvert? Nuançons encore en situant la douleur du côté de la psychose et la souffrance du côté de l’hystérie. Cela a certainement à voir avec ce qu’indique Marie Darrieussecq, refuser de faire son travail de deuil, maintenir un ouvert, ce qui est sans doute aussi du côté du refus de l’interprétation , maintenir un ouvert, celui du réel
j’ai essayé les thérapies, les groupes de parole, et Tom ne m’a pas été rendu. Même ça: refuser de faire le deuil, ça fait partie du travail, c’est codifié par des graphiques. Quand on est en deuil, on a du travail, même si on ne veut pas du tout le faire.... Le deuil qu’ils décrivent est un processus naturel qui me dégoûte. Une digestion. On entre dedans et on avance, qu’on le veuille ou non, comme à travers une série de boyaux. La mort de Tom passe à travers nos corps. On n’a pas fini, je ne dis pas qu’il faut dix ans. Je ne dis rien
Nous en revenons alors à Marguerite Duras qui a oeuvré pour produire le texte de son sinthome, ce qui est une position éthique. Bien sûr il y a les textes sur la douleur, mais aussi le ravissement de Lol V stein, qui est le grand texte sur la psychose blanche, celle dont on voit les prémisses dans le descriptif froid des corps du texte sur la douleur (celui de Duras, de L, du colabo, du milicien, mais aussi la maladie de la mort, qui lui est un texte sur le pharmacon et ses impasses. C’est le sort des grands textes littéraires que d’inscrire le jeu même de la structure. Comme l’Ulysse de Joyce, ou Au dessous du volcan de Malcom Lowry. Marguerite Duras a pu ainsi faire plus que témoigner, elle a rendu possible l’articulation clinique de délicates questions structurelles. Avant même le texte sur la douleur proprement dit, il y a la mort d’enfant auquel le texte de Marie Darrieussecq est venu faire écho. Il suffirait peut être de s’arrêter longtemps à cette douleur là avant d’oser quelque obscène pharmacon. Et puis aussi la douleur n’évite rien, le fantasme de la mort annoncée, nécessaire, la présence fantomatique de celui qui n’aurait pu dû revenir de ça, et puis la vengeance obscène des justes, la torture et les paradoxes du désir
On m’a dit :”votre enfant est mort” C’était une heure après l’accouchement. La soeur supérieure est allée tirer les rideaux, le jour de mai est entré dans la chambre.... “ je voudrais le voir et le toucher. Dix minutes... La peau de mon ventre me collait au dos tellement j’étais vide. L’enfant était sorti, nous n’étions plus ensemble. Il était mort d’une mort séparée.... Mon ventre était retombé lourdement sur lui même, un chiffon usé, une loque, un drap mortuaire, une dalle, une porte, un néant que ce ventre
Reprenons. D’un point de vue moins théorique nous pourrions situer la question autour d’une double proposition, la douleur est sans parole, sans sujet, c’est ce en quoi elle participe du psycho-somatique en tant que S@, holophrasisation d’un sujet compact et d’un objet (on sait qu’en ce domaine il n’est possible d’envisager quelque chose qu’au prix de l’articulation d’un fantasme $<>@, dans son écriture formelle qui inscrit la séparation d’avec l’objet, ce qui est établi de manière forcée par le guérisseur/ religieux qui pose une cause à l’affaire, c’est à dire qu’il impose le prêt à porter d’une formule comme cause, Dieu, la Nature, les forces magnétiques...),
et d’autre part, la psychanalyse n’a rien à dire de la douleur, ni à la douleur.
Il est sans doute possible d’aborder la question douleur comme lettre anonyme c’est à dire comme une question hors sujet, c’est d’ailleurs pour cela que nous rangeons cette question du côté des phénomènes psycho-somatiques vis à vis desquels se pose comme pour l’autisme la nécessité d’une forme de neutralité active qui permette de construire un discours pour un sujet, ce qui revient à rendre possible l’écriture d’un fantasme.
La formule qui structure le rapport du sujet au langage comme clivage signifié/signifiant non au sens saussurien qui s’efforce d’objectiver la langue, mais bien comme l’échec existentiel de cette objectivité, la formule dit “le signifiant est ce qui représente un sujet pour un autre signifiant” et peut s’écrire S1-$<>@-S2, soit qu’il n’y a de sujet $ qu’au titre d’un entre deux signifiants, le sujet et non le moi comme excroissance de la dite conscience qui fait la matière imaginaire du rapport au monde. Ceci va structurer la plainte et ordonner les places selon la ritournelle des discours que ces quatre places impliquent, ce qui ouvre à quatre types de discours douloureux
celui du maître, qui est guérisseur au lieu de l’implication d’un savoir inspiré, ce qui s’illustre depuis Messmer jusqu’à Charcot
celui de l’université qui s’épuise à vouloir construire quelque effet depuis un savoir absolu, c’est le discours médical (même paramédical qui n’existe que comme para)
celui de l’hystérique qui viendra s’appuyer du maître pour un complémentaire infini et vient chez Charcot culminer en une danse cette fois photographiée et commencée à Loudun
celui de l’analyste qui se déplace d’un quart de tour depuis un réel insu qu’aucun savoir n’accroche, ce qui pourrait être enfin un support utile puisque l’objet qui a parcouru le cycle symbolique, l’objet dans sa présence imaginaire aveugle, l’objet dans son relativisme distancié “scientifique”, l’objet réel excentrique à quoi rien ne répond d’un savoir Autrifié.
Deux remarques latérales, d’une part la perversion actuelle du discours comme mise en continuité du discours, l’effacement de toute coupure, ce qui se dit discours du capitaliste, d’autre part ce point de l’actuel du discours de la science qui est quantique, deux remarques à l’évidence contradictoires.
Pour être un peu plus précis, il faudrait traiter du statut du fantasme dans chaque cas, remarquer par exemple que dans le DA, le fantasme est l’enjeu alors que dans le DM il est forclos.
En annexe il faudrait reprendre ce que nous avons avancé sur la question des discours et celle de la psychosomatique
Autre conséquence de la mutation des discours en discours du capitaliste, la continuité des quatre termes, c’est à dire la présence de l’objet comme réalité absolue, le discours douloureux y trouve la triomphe ordinaire du pharmacon et l’accélération du processus hors sujet, la médecine y est bien sûr hors discours d’un sujet quelconque. d’où la nécessité d’une position parallèle c’est à dire neutre absolument, c’est à ce triangle neutre, structure et discours du capitaliste qu’il faudrait pouvoir se confronter.
Le discours du capitaliste introduit une disjonction radicale dans les discours, transformant en semblant la logique opératoire des autres discours, la dialectique de l’Autre et des Autres sur laquelle se fondent discours théologique puis discours de la science dans son rapport conflictuel de l’Un et du Multiple, autorise la confrontation du Dogme et des Fragments, Dieu et les Saints, les guérisseurs derrière les prêtres et les médecins. En régime totalisé, le Monde est objectivé dans ses détails et le voyageur ethnologique par nature n’effectue sa quête qu’au titre de l’arrière fond uniforme hôtelier, il n’y a plus que des localisations exotiques. Le symptôme livre la carne à un ouvert sans limites, jouissance à mort dont le réel aveugle est la garantie absolue. Le parlêtre n’ex-iste qu’au prix de sa douleur qui signe sa localisation dans un discours thanatique généralisé.
Mais bien sûr le réel dévoilé demeure couvert de l’illusion des images volatiles qui constitue la réalité des êtres, le leurre d’une communication sans parole puisque séparée du signifiant. Le scandale qui décile l’évidence ne va pas porter sur l’ordinaire de la monstration de l’horreur mais sur ce qui viendra délocaliser un moment le flux convenu des représentations. C’est à ce titre qu’il peut y avoir parfois de l’art moderne, et de l’acte psychanalytique.
La scène étant celle de l’ hypochondrie (question clinique difficile qui ne participe pas de l’hysterie mais de la psychose pour laquelle le délire articule un sujet au processus forclusif, convient-il de parler de forclusion du corps? L’hystérie qui souffre dans le symbole du corps ne trompe pas, ce n’est pas la même chose un corps plus ou moins disjoint de son image spéculaire et qui n’en perçoit l’incise qu’au titre du cri qui en mesure l’horrible inscription, la position de Schreber est ici exemplaire une fois de plus, tout comme la délicatesse de Joyce le nez dans le caniveaux éthyle. ) En retour et dans la pratique la plus ordinaire, l’impossible de l’écoute de l’hypochondrie renvoie aussi à interroger la notion de “neutralité bienveillante” à laquelle on attribuerait facilement des vertus de sagesse indéterminée. De quel neutre s’agit il? Le cours de Barthes peut ici servir de support même s’il faut l’injecter depuis son énonciation égotiste vers la scène du banquet où Lacan lit la figure socratique de l’analyste. Croiser ainsi le séminaire sur le transfert de celui sur le neutre serait des plus intéressants, d’autant plus que la position fragmentaire qu’adopte Barthes est bien celle de la finesse du signifiant et non pas du dogmatisme auquel est convié toute interprétation en regard des marchands de la guérison.
Étrangement le paradigme curatif est un impératif qui vient construire un binarisme auquel répond l’hors sujet douloureux au point de trouver dans ce terme singulier l’expression même d’un disjonction radicale d’avec l’interprétance dogmatique. Il s’agit d’éviter une saturation localisée du sens pour un polymorphisme qui est après tout le caractère non localisé, quantique, du signifiant. Il y a une violence de l’interprétation, il y a une intensité brûlante du refus de l’interprétation. C’est une question après tout éthique que cette position de non-choix, de variation continue qui ne retient que les déplacements, les rapports relatifs face aux cristallisations localisées. Il ne peut s’agir alors que de l’exposition d’une série de figures qui déjoue la maîtrise au profit d’une éloge de la nuance, une volonté de non savoir erratique et sans repos. Il s’agit de reprendre à notre compte la formule de Pasolini “une vitalité désespérée”. Nous l’avons déjà dit il faudrait croiser un certain nombre de travaux, mais la première figure relevée par Barthes est justement la bienveillance qui éclaire la violence du neutre de deux tonalités humide selon un émoi attendri à priori des nerfs, sèche comme indifférence à l’autre, pas un sans l’autre justement. Il s’agit de toute façon de supporter la fatigue de la conversation, se préserver de l’énergie de la parlote de toute la puissance d’un esprit flottant.
Se tenir donc à cette position de travail comme fatigue soit la mesure de l’infini de la tache, ce à quoi pourvoit l’impossible d’une formulation, celle qui pousse à la réponse d’un dogme.
Autre figure qui recoupe celle de l’analyste, le silence, non comme à priori dormitif mais bien au sens de silere, ce qui advient avant et après la constitution de la parole comme telle, là encore notre affaire sollicite un creusement logique dans la constitution du silence même, se taire, ne pas écouter, se refuser au concept, c’est à dire se tenir au silence de la pensée, la pensée comme silence. Mais bien sûr le neutre vire souvent au silence dans cette volonté de la parlote de faire consistance. Alors une parole sans langage qui peut prendre l’apparence de la parlote la plus ordinaire.
tout ceci suppose un exercice délicat, minutieux, à la limite d’un rituel construit sur une multiplicité de riens.
Bon, on nous a dit de demeurer léger, de ne pas trop croiser le fer avec les croyances et les images, refuser dans le fond aussi bien l’esthétique que l’éthique, promouvoir l’anesthésie? ce serait après tout l’universel du pharmacon délivré dans les officines adéquates. Le psychotique nous apprend l’expérience de la mort du sujet, envisagée comme singularité tragique, le monde moderne cherche à inventer l’universel de cette position. Ce à quoi résiste sans doute toujours une femme, cet ouvert irréductible, qu’il s’agit de saturer toujours et pas seulement en Iran ou en Afghanistan.
Jean Luc Godard qui était loin d'ignorer le cinéma puisqu'avec ses copains de la future nouvelle vague il avait passé de longues années à regarder tout ce que Langlois avait pu dénicher, il imaginait un plan et demandait à son opérateur qui avait en tête aussi bien Ford qu'Eisenstein, que Welles ou Lang, et une fois que tout était bien cadré, Godard déplaçait et l'axe et la focale , etc... voilà le mot porte sens, la douleur est sans doute avant tout ce qui ne cadre pas , ainsi dit-on de l'art moderne qui ne cadre pas avec un style supposé consensuel, comme à Versailles pour Murakami, ou Régine Azema qui est privée de nous montrer comment prendre son pied en croix, à y réfléchir la douleur échappe à cette localisation ponctuelle et fragmentée, il aurait fallu prendre son temps pour éviter la pulvérisation spécialisée au milieu d'une foire de parapharmacon
Toujours Duras
La douleur, chez les hommes, jusque là, à travers le temps, l’histoire, elle a toujours trouvé son exutoire, sa solution. Elle s’est muée en colère, en faits extérieurs, comme la guerre, les crimes, le renvoi des femmes , dans les pays musulmans, en Chine, l’enterrement des femmes adultères avec leurs amants, vivantes, vivants, ou leur défiguration. J’avais cinq ans, au Yunnan, on enterrait encore les amants vivants, face contre face dans le cercueil... on ne peut pas comparer l’expérience de la douleur de la femme avec celle de l’homme. L’homme ne supporte pas la douleur, il la fourgue, il faut qu’il s’en éloigne, il la rejette hors de lui dans des manifestations ancestrales, consacrées at qui sont ses reports reconnus, la bataille, les cris, le déploiement de discours , la cruauté.
Nous sommes dans une forme de saturation imaginaire que ce soit dans l’image spectaculaire qui déploie la pose d’un fantasme que ce soit la haute parole qui intimide d’y voir de trop près. Et pourtant Marguerite Duras nous livre des éléments hétérogènes dans son ouvrage puisqu’à côté de la douleur de l’attente qui livre cependant le fantasme de l’agonie du mari d’autres personnages vont surgir, d’abord le redoublement de cette figure agonique en un être qui aurait du mourir, plus un beau milicien, plus un type pressant de la Gestapo, plus surtout la scène de torture à laquelle Margot participe activement. Bref tout sauf une absence de parole, ce qui rejoint les autres figures entrevues dont nous prélèverons deux aspects, d’une part la photo offerte par son psychanalyste à Georges Bataille, d’autre part une statue du Bernin
Le monde lié à l'image ouverte du supplicié photographié, dans le temps du supplice, à plusieurs reprises, à Pékin, est, à ma connaissance, le plus angoissant de ceux qui nous sont accessibles par des images que fixa la lumière. Le supplice figuré est celui des Cent Morceaux, réservé aux crimes les plus lourds. Un de ces clichés fut reproduit, en 1923 dans le Traité de psychologie de Georges Dumas. Mais l'auteur bien à tort, l'attribue à une date antérieure et en parle pour donner l'exemple de l'horripilation: les cheveux dressés sur la tête! Je me suis faire dire que pour prolonger le supplice, le condamné recevait une dose d'opium. Dumas insiste sur l'apparence extatique des traits de la victime. Il est bien entendu, je l'ajoute, qu'une indéniable apparence, sans doute, en partie du moins, liée à l'opium, ajoute à ce qu'a d'angoissant l'image photographique. Je possède depuis 1925 un de ces clichés ( photographie ci-contre ). Il m'a été donné par le Docteur Borel, l'un des premiers psychanalystes français. Ce cliché eut un rôle décisif dans ma vie. Je n'ai pas cessé d'être obsédé par cette image de la douleur, à la fois extatique (?) et intolérable. J'imagine le parti que, sans assister au supplice réel, dont il rêva, mais qui lui fut inaccessible, le marquis de Sade aurait tiré de son image: cette image, d'une manière ou de l'autre, il l'eût incessamment devant les yeux. Mais Sade aurait voulu le voir dans la solitude, au moins dans la solitude relative, sans laquelle l'issue extatique et voluptueuse est inconcevable.
et nous préférerons bien sûr Ludovica Albertoni à Sainte Thérèse, terrassée par la fièvre qui devait l'emporter en 1533, Ludovica trouva réconfort dans l'Eucharistie, en attendant impatiemment la mort pour s'unir au Christ
Lorsque freud se rend aux Etats Unis, il dit leur apporter la peste, postulant que le sujet du désir est à même de mettre à mal l’utilitarisme ambiant. En attendant il perd connaissance sur le bateau entre Jung et Ferenczi, proche alors des manifestations qui court ainsi de Mère Jeanne des Anges jusqu’à Sainte Thérèse d’Avila, ces femmes incadrables , aliénées de leur désir, qu’on ne peut modérer. Il faut sortir Thérèse de l’eglise lorsqu’elle est tranverbérée par le beau jeune homme tellement ses cris sont insupportables. Freud ne sait pas que cette figure involontaire du Nosferatu porte aussi son visage de mort, d’entre deux morts. Il ne sait pas que ses soeurs font finir au four, comme les livres, comme les oeuvres d’art dégénéré . Et quand lacan viendra à son tour en Amérique, ce sera sur le terrain de l’ego psychology adaptative de son propre analyste Loewenstein, et son noeud boroméen se rangera parmi les exotismes de la French Theory.
David Nebreda est psychotique et artiste. Il n’a pas pris la voie la plus facile, celle en tout cas de l’écriture qui a permis à Joyce de faire sinthome, comme Pessoa ou Celine, pour d’autres raisons. Il ne peut que produire des autoportraits
ici il ne reste rien
la curiosité du soupçon a besoin d’un contraire, ce qui n’est pas le cas de la connaissance
plus on est curieux de la douleur, plus parfaits sont ses restes et aussi ceux de soi même
décrire sensation coupures
douleur
nécessité
tension
tremblement
alcool pulvérisé blessures
nécessité
photo nécessaire
blessure fraîche et sèche
décrire branches principales et latérales
une semaine plus tard, il rouvre quelques unes des blessures et les brûle avec de l’alcool
après, il les recouvre avec du sel
il faudrait en ce point commenter longuement le texte intitulé “sur la schizophrénie, le masochisme et la photographie”
la douleur, dans chacune de ses intensités ou de ses nuances, les excréments, le double de référence n’ont jamais réussi à devenir une norme morale
ponctuons du journal de l’analyse de l’homme aux rats, nous sommes le 3 octobre 1907
le capitaine raconte qu’il a lu quelque chose sur un châtiment particulièrement terrible, employé en Orient
ici il s’interrompt, se lève et me prie de lui faire grâce de la description des détails. Je l’assure que, quant à moi, je n’ai aucun penchant pour la cruauté et n’ai certainement pas envie de le tourmenter, mais que, bien entendu, je ne peux le dispenser d’une chose sur laquelle je n’ai pas de pouvoir. .. veut-il, par hasard, parler de l’empalement? non, pas de cela. Mais le condamné est attaché, il s’exprime ddede façon si indistincte que je ne comprends pas tout de suite dans quelle position, et sur son derrière on fixe un pot renversé, dans lequel on fait entrer des rats et alors... il se lève de nouveau et donne tous les signes de l’horreur et de la résistance, ceux ci pénètrent en vrille... dans l’anus, me suis je permis de compléter...
a tous les moments du récit qui ont une certaine importance, on remarque chez lui une expression étrange, que je ne peux interpréter que comme l’horreur d’une volupté qu’il ignore lui même
En ce point nous pouvons essayer de rassembler un peu divers éléments, ce qui ouvrirait sur un séminaire possible sur la douleur
-) les cliniques de Marguerite Duras
il s’agit donc de la douleur qui articule une singularité dans un contexte qui est après tout celui d’Hiroshima mon amour, mais on ne peut séparer vraiment ceci de deux autres textes, le ravissement de Lol V stein qui pose la question des psychoses blanches, et enfin la maladie de la mort qui est la question du pharmacon
de là vient nécessairement la problématique de la sublimation telle qu’on peut l’entendre à propos de Joyce, et on voit bien alors qu’il s’agit d’un opérateur logique; on peut alors développer à propos d’autres cas, Celine, Pessoa... et de manière plus générale des questions d’esthétique qui appellent un iconographie particulière
-) l’articulation des discours
il y a un historique de la douleur, qui pose une problématique non pas historicienne mais en tant que développement d’une articulation de places du discours à travers quoi s’exprime un sujet, ce qui parle de coupures épistémologiques, d’invention de l’hystérie, de discours de la science et amène à l’actuel qui est un jeu entre un discours dominant capitaliste et des formes archaïques (discours religieux) et des formes non déployées (systémie complexe, chaotique, quantique)
-) les singularités du transfert qui permet de reprendre alors un examen plus positionner d’un dire douloureux comme articulé à un transfert potentiel donc à un fantasme, à la condition de l’ouvert d’un silence, d’un neutre
Le mouvement de la parole cesse avec l’exercice de la parole, le risque de l’invention se referme sur lui même, retour au silence auquel prétait ce risque inutile de fait