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Conversation

Conversation

 

converser implique fréquenter, c’est ce que dit blochwartburg, il dit conversari, bouffartiguedelrieu déplace un peu la question, ce qui place la référence de Lacan un peu sur le bord, il dit convers convert, changer, il dit conversion, conversio, action de tourner, de changer, convertir, convertibilis, qui peut être changé, convertere, convertir, tourner complètement, retourner

L’art de la conversation prend donc appui sur cette étymologie qui joue de la fréquentation pour en venir à une opération d’allure topologique où l’aspect manipulatoire est sans doute patent

La question plonge dans le XVII ème-XVIIIème, passe par Kierkegaard après tout, rebondit sur un art du bien dire à quoi est peut être lié l’e($)thétique de la psychanalyse.

Vient donc le sujet $ de la conversation. Quel sujet est embarqué dans la conversation? Qu’est ce qui pourrait s’opérer d’un retournement, d’une conversion? 

Un art perdu sans doute depuis la Révolution française qui introduit l’efficace dans le quotidien. Le monde bourgeois se saisit du discours de la science pour en faire un discours de la guerre, de la technique. Notre temps obscur après l’obscur XIXème et l’horrible XXème est sans doute dans le paradoxe d’une fin apocalyptique du capitalisme, convulsions où se mèlent une vision instrumentale, perverse des personnes, un usage écolothanatique du monde, une substitution du discours critique par le discours religieux, notre temps donc porte sans doute les germes d’une conversation nouvelle dont la psychanalyse est l’indice, malgré le millerisme de l’affaire. Ce serait aussi à reprendre du point de vue du situationnisme.

 

Partons donc d’un tableau

 

Thomas GAINSBOROUGH, Conversation dans un parc

au fond des ruines au bord d’une petite étendue d’eau, arbres arrondies, feuillage genre tapisserie, la femme est un peu figée tandis que l’homme argumente ou du moins est dans l’attitude d’exposition, la lumière de l’attente est très belle. Nous sommes dans l’espace de Marivaux. Le sérieux des Liaisons. La conversation dans le boudoir tremblera bientôt lorsque Kant poussera la porte du bordel, Genet craintif. Le balcon ouvre sur les boucheries sociales. 

 

Le Livre du courtisan de Baldassarre Castiglione (1528.) est une bon exemple du souci qui anticipe le siècle des Lumières. 

 

L’histoire de cet auteur est superbe, son expérience clinique remarquable. Fils d’un noble mantouan, apparenté aux Gonzague, Castiglione a d’abord conduit lui-même une vie de courtisan auprès des cours septentrionales italiennes des Sforza, à Milan, des Gonzague, à Mantoue, ou des Montefeltro, à Urbin, avant d’embrasser une carrière ecclésiastique et de passer au service de la curie pontificale de Clément VII, qui l’envoie en 1524 comme nonce auprès de l’empereur Charles Quint, à Madrid, dans la plus brillante et la plus importante des cours de ce temps, où il finit sa vie.

 

Tout se passe donc sur fond de perspective urbinal. La duchesse en l’absence du duc malade anime une conversation destinée à la formation idéale du courtisan. Il est donc question de  l’exercice des armes, de la langue,de l’éducation aux arts et belles-lettres , des rapports avec le prince et avec ses pairs, des facéties et autres bons mots , de la place de la femme dans la cour et ses relations avec le courtisan . Ce corpus extensif est ce à partir de quoi peut se former l’intension du discours, former le courtisan à une sagesse de l’adresse à l’autre, prince au besoin, adresse fondée sur la vérité, qui est une véritable traversée du fantasme qui est expérience de l’amour.

 

Le paradoxe est de fonder en raison un exercice qui trempe ordinairement dans la mondanité futile, la corruption et la servitude, selon l’emboîtement des maîtres locaux.  La guerre est aux portes de la ville, porteuse de mort, ce qui donne un côté évidemment Anéantis à l’amour.

 

Il s’agit d’être sujet de ses passions, selon une mise à distance , un détachement (sprezzatura) qui fonde le réel sur une conscience ordinaire du semblant. La parole la plus superficielle y fonde de facto un arrière décor visible dans cette parole même. Un art de la dissimulation visible à qui sait entendre fait l’objet d’une ironie face au murmure du monde. 

“ qu’il veille à n’être jamais discordant avec lui-même “

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