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comme UNE ôte erre

comme UNE ôte erre

 

Il pourrait s’agir de repartir du travail de Jean Luc Nancy “la pensée dérobée” pour construire les élémentaires d’une construction subjective qui tienne compte à la fois du discours du capitaliste et de la traversée du fantasme. C’est une opération délicate qui passe nécessairement par une réévaluation de l’éthique de Heidegger

De là il faudra reprendre le texte de Blanchot “la communauté inavouable” qui glisse du texte de Nancy à la représentation des choses selon Bataille, ce qui est une bonne méthode pour pouvoir aborder alors le continent queer, avec Teresa de Laurentis, sur la technologie et dont l’essentiel, pour nous , va porter sur le film de Cronenberg, M.Butterfly, excellente occasion de poursuivre avec ce cinéaste

le dernier point serait d’essayer de rendre compte de la notion de communauté ouverte à partir de l’expérience des groupes de jazz

Sur un plan plus socio-politique nous ne sommes pas sans réévaluer la notion de soviet comme le propose Chomsky, d’autant qu’il y a une certaine urgence , avant la fin du monde programmée par les maîtres du monde qui ne font que jouer avec l’information pour pouvoir poursuivre dans le sens d’une digestion accélérée du monde, que ce soit en faisant disparaître la biodiversité que ce soit en polluant chaque jour plus vite, etc, etc...

 

La pensée est avant tout désir, dérobée, réduite à sa nudité fondamentale, dans l’éclat souverain du désir qui vient d’un réel et non de ce qui en découle, les tissus de l’imaginaire déposés en surface, mais Actéon désire le corps nu de la déesse, ne sachant ce qu’elle va lui révéler, ce désir d’être ainsi dévoré par ses chiens à ses yeux. Nulle pensée qui ne soit sexuelle puisque c’est le sexuel qui nous rend possible la perception à venir du réel. Au temps suspendu de la structure qui veille. Recouverte sans doute du miroitement infini des formes possibles qui vacillent loin de toute rencontre formatrice de forme. L’illustration vient à dominer le monde phénoménal, ne laissant guère de place à ce qui pourrait surgir d’une figure trouée. 

Tout récit se heurte à ce qu’il vient clore, lourdement, conclure justement dans la durée. Là se tient la lieu de fracture qui ne peut qu’être alors fracture même de la pensée qui pourrait oser venir s’en servir. Car là aussi surgit le non pensé, ce qui est en attente de la vérité non close sur elle même qui est lettre vivante sur l’immobilité relative des choses. A l’extrème vient advenir une pensée qui n’ex-iste, la forme même logique de son exposition qui est la base de toute pensée possible à venir. Pensée qui, de fait, va venir trancher sur la finitude de toute finalité puisqu’elle repose avant tout sur un nihilisme fondamental, n’être là pour rien, sans Autre absolument, demeurer donc à ce lieu si l’on veut nocturne de l’être qui n’est que parlêtre, sa langue comme ce qui atteste justement d’un dasein sans autre rapport qu’un mitdasein, le lieu de l’autre comme réglé au même rien. Le dasein comme nulle lumière sur l’Etre est avant tout mitdasein, soit l’ouvert d’un désir de l’autre à travers quoi peut se jouer fondamentalement cette pensée du rien. Comme fondement éthique. Car il s’agit bien d’en venir à parler d’éthique sans recours à la religion, la science, la philosophie. 

La pensée vise un sens, soit local, soit surtout plus général, fondamental, un sens Un donc , auquel vise une pensée du retrait, de l’originaire, de l’inarticulé, donc de l’illumination.  Sauf à préserver la pensée elle même de cette pente jungienne, en posant le principe de l’inarticulé comme justement générique à la pensée. De sorte que loin de promouvoir une pensée abstraite c’est bien d’une pensée hautement subjective dont il va être question, un lieu autobiographique paradoxal où ce qui s’articule de non savoir dans le savoir provient justement de l’articulation insu du désir et du réel. Aucun réel singulier ne signe un réel du réel transcendant, aucun Autre fondant le Sens. Le nom du sujet apparaît ainsi comme le pas de sens même du réel qui l’anime, et tout réel “objectif” n’est alors que le voile imaginaire d’un semblant commun qui ombre la polysémie irréductible des parlêtres. Ce qui anime les glissements incessants de sens dont la bruyance assemblée est ce réel inlocalisable que suppose le signifiant. La déclinaison du nom rend la langue à l’ouvert, à travers une sorte d’hypersubjectivité qui se noie dans sa propre affirmation. Apprendre à nager dans cet ouvert des signes tel semble être la première balise du mitdasein. Etre dans la familiarité de l’effacement même de son nom qui est folie au sens clinique du rêve, cette quotidienne plongée dans l’@sens d’où ne proviennent que le fil des énigmes dont Freud produit l’herméneutique ordonnée du Phallus. Comment en venir à se passer du nom? sinon en poussant la déconstruction des choses langagées aux extrêmes du non sens au creux des choses dites. Entre la phrase de Joyce sinthomatique et le nihilisme classique se propose un type de pensée derridienne dont Nancy indique le possible “ La pensée de Derrida est un réalisme absolu du réel pur, c’est à dire du réel surgissant derrière tout: réalisant tout, n’étant donc rien de réalisé, étant le rien, la res de la réalisation même. Non seulement ce réalisme affirme le réel, mais il y touche. Y toucher, ce n’est pas s’y fondre: c’est venir au contact, éprouver la poussée de l’impénétrable, la chose ou l’être comme coup dur qui retentit”. 

Le plaisir de penser vient comme pensée du plaisir, sans contradiction avec la question du désir , même au sens où celui ci implique la solution des contradictoires, des impossibles comme savoir actuel de sa liberté. Loin alors d’un endlust conclusif mais bien de la relève d’un vorlust qui est le plaisir, la jouissance de la différ@nce même, la coupure même d’entre deux signifiants et dont du signifiant avec lui même. 

Parler d’un éthique du réel comme ce qui relève du mitdasein implique de tenir compte de toute opinion de l’autre au titre que cette opinion demeure dans l’actif de la décontruction commune de son exposition. Sur cette base l’affaire Heidegger implique d’assumer cette contradiction nazi au même titre de la communauté des meurtriers , cette fois dans le mouvement même de la pensée. Car on ne peut désarticuler la pensée de l’être ici invoquée sans risquer d’induire justement une morale de façade propre à légitimer ce qui ne cesse ne recommencer dans l’histoire. Heidegger nous présentant en effet l’étant comme ce par quoi l’être ex-iste absolument c’est à dire sans aucune place pour un être hors de l’étant. C’est cette exercice même de discernement qui constitue le basal de la pensée qui est aussi acte, agir. Il s’agit qu’advenir non un objet du désir mais le mouvement même de recouvrement de ce désir, soit le sujet lui même. Ainsi loin d’appeler aux dieux barbares le sein lassen, le laisser être demeure le noyau incontournable de notre affaire. Aucune entéléchie essentielle mais le pur réel de l’ex-istence du parlêtre. Dès lors aucun repos dans un sens établi mais bien l’actuel de la présence à l’être comme étant, éthique de la présence au réel. C’est cette actuation de l’être qui fait sens uniquement pour peu que le parlêtre soit advenu à cette coupure qu’est l’effacement de tout recours à un Autre constitué. C’est de ce point zéro de la subjectivité que peut advenir la logique éthique nécessaire. Il y a une origine dans l’actuel de l’acte qui n’appelle à aucune origine . Une éthique du dasein n’implique aucun sens du Sein. Au contraire. Mais l’ouvert au sens alors en jeu demeure strictement insupportable . Il conduit au sacrifice de l’hérétique, RSIque. Lui donner un nom. La question Heidegger est bien de pouvoir refonder l’éthique kantienne au delà de son subjectivisme. Préserver ainsi ce qui serait l’éthos fondamental et non pas originaire, le lieu de l’être comme langage. L’ouverture au sens ouvre également à la question du mal radical d’où le refus d’Heidegger de séparer la question éthique de la question nazi qui est la conséquence de la détresse technique, l’horizon indépassé sinon indépassable de notre temps. Et ceci totalement. 

Sur cette base le commun n’offre pour l’instant que l’horizon du massacre universel, c’est à dire aussi la question de l’errance de la notion de communisme. Nulle relève que la pratique apocalyptique du monde industriel. Le sujet dit moderne ne peut relever d’un Autre totalitaire que s’il pense le rapport à l’autre pris lui même dans la coupure de sa propre subjectivité. Coupure qui renvoie l’ouvert de sens de chaque parlêtre à ce qu’il peut en être de l’ouvert de tout autre, ce qui suppose tout autant active la polysémie identitaire. C’est l’être en commun qui seul peut lutter contre les forces totalitaires “naturelles” (puisqu’il convient d’ajouter à cette notion spontanée la théorisation smithienne du capitalisme sans entrave). Il s’agit bien de s’extraire de l’équivalence généralisée dont la logique unitaire tend à produire un monde d’objets uniques sous un ciel de cataclysme. Dans le monde des marchandises, l’art demeure un indice paradoxal puisque hors valeur, le lieu sans doute où trouve refuge l’ouvert de l’être. Même si l’histoire de l’art tend à contenir l’objet grâce à la muséographie. L’art tend à maintenir l’@bjet comme preuve réelle de l’ex-istence du parlêtre malgré les voeux communicationnel du spectacle généralisé. Il n’y a anéantissement final que dans le libéralisme économique. A quoi s’oppose le rien d’une attente sans messianisme et là bien sûr s’inscrit la parole de Nietzsche au fronton des communs de @ “ nous autres qui sommes nouveaux, sans nom, difficiles à comprendre, nous autres prémices d’un avenir encore incertain”

écrire à l’autre pour ouvrir au sens, sur le modèle du sinthome joycien, le système ouvert d’Ulysse à interprétation infinie comme un morceau de jazz

 

 

 

Si nous trouvons chez Nancy une méditation utile après Lacan et après Derrida, il demeure que le champ éthique ainsi déconstruit demeure pratiquement difficile et aride et dans le fond recouvre la question soulevée déjà par Bataille que cite Blanchot “ la communauté de ceux qui n’ont pas de communauté”. Comment faire communauté sans bornes et alors comment ne pas faire communauté bornée? Dès qu’il y a du deux, il y a du doute quant à la nature de chacun. Le dépassement d’un ravissement commun pose l’hétérogène de la jouissance dans la non coïncidence logique des objets. Ceci rejoint cette extrême de la mort de l’autre qui extériorise tout parlêtre à son essence, hors sans doute la série qui renforce le sentiment paranoïaque d’unicité. Ce trait commun de la mort. se tenir donc à hauteur de mort. Pratiquement Bataille essaie Acéphale comme communauté im-possible puisque chacun est le lieu de tous et que le sacrifice fondateur ne peut que parodier le mythe freudien de symbolisation du Phallus intersubjectif. Un don absolu inavouable à quoi la parodie totémique ne peut apporter que le ricanement sans fondement des dieux sanglants. Il s’agit de pouvoir partager avec l’autre l’extrème de ce déchirement du mit et du da. Ce qui se nomme écriture comme ce qui peut faire trace de ce qui n’a pas de nom et porter le semblant d’un nom “la communauté dont je parle est celle qui exista virtuellement du fait de l’existence de Nietzsche (qui en est l’exigence) et que chacun des lecteurs de Nietzsche défait en se dérobant, c’est à dire en ne résolvant pas l’énigme posée (en ne la lisant même pas)”. 

A quoi répond aussi le mythe utopique du nom de Mai 68 selon lequel il serait possible de faire commun avec justement le premier venu, le familier-inconnu. Mais ceci qui pourrait fonder une communauté paradoxale et ouverte des amants butte sur le réel mis en jeu par le montage durassien, à savoir la présence de la mort dans le mit. Ce à quoi s’opposerait le lieu d’amour qui ne serait montage qu’insu. On voit que la différence est ici faible et qu’après tout c’est bien du jeu de la mort dans le deux que se fonde l’érotisme. Proust comme Kawabata la regarde dormir après en cette pure illusion de l’après coup qui n’est que variante imaginaire que l’amour recouvre dans le non rapport . Ainsi la pure mécanique de l’amant quiconque pourrait être plus porteur de ce non savoir dans le savoir sexuel qui fonde la communauté potentielle du @. Il y a mise en cause phallique au nom de l’ouvert qu’est une femme qui n’a pas besoin de la totalité pour être. Seul le contrat permet de questionner la question de l’amour prise entre les fers de la passion sans limites. Ce à quoi une femme pourrait faire advenir le lieu borné du champ symbolique, une pure ruine, un ouvert sans identité. Blanchot parle alors d’Edwarda pure offrande abandonnée au jeu ponctuel d’une machine de désastre. 

 

Il serait sans doute nécessaire de poursuivre quelque chose ouvert par La Part Maudite, la question du don au coeur de l’économie, ce à quoi s’attache aussi Derrida. Mais l’économisme philosophique doit tenir compte à la fois de la clinique du sujet en ce qu’elle se développe comme logique du signifiant dans l’espace impérialiste moderne. Lorsque Bataille écrit il ne peut le faire que dans l’horizon de l’après guerre et il ne peut avoir à l’esprit la phase financière du capitalisme telle que la théorie monétaire de Friedman l’autorise, à l’encontre de ce que Keynes pouvait imaginer, même si ce dernier oubliait que la richesse est essentiellement pompée par le centre depuis le reste du monde.

 

Sur cette base qui va nécessiter quelques développements, il convient d’être attentif à toute une série de phénomènes locaux qui sont après tout des réflexions sur le concept depuis des champs divers, esthétiques entre autres. 

Le dernier film d’Assayas, Boarding Gate, est un bon exemple de l’évolution de la notion de couple puisque ce qui nous est donné à voir est la contradiction entre le sentiment amoureux et le désir, le tout ramené au stade de la marchandise généralisée dont celle des corps, finalement le sado masochisme comme fantasme basal qui questionne la place de l’objet @ dans le non rapport peut se trouver au service de la combinatoire marchande qui cherche à liquider les acteurs qui ne sont plus opérants. Asia va donc éliminer son amant au cours d’une scène où les tensions mêlées de son point de vue se retrouve asservies in fine à une logique commune où le réel subjectif dans le fond transcende l’asubjectif dogmatique du système. C’est d’ailleurs une porte ouverte à une sorte de reconquête du sujet puisqu’Asia perdue dans le monde chinois, réduite à survivre physiquement dans un espace linguistique incompréhensible, devient à la fois l’animal basal capable de parfaitement trouver sa voie et le visage de l’enfance qui a survécu à la ruine générale non de l’être qui n’a jamais beaucoup existé mais de de l’étant même comme actuel du réel.”sans maquillage, sobrement vêtue, elle gagne en humanité ce qu’elle perd en artifice” dit Aurélien Ferenczi.  Le film d’Assayas travaille par ailleurs dans la texture filmique, son écriture puisqu’il tente de se défaire de la notion de plan comme ordonné par la ligne de fuite perspectiviste. Question annexe , que peut devenir la peinture dans cette ligne? tout comme la photographie? L’instabilité du plan dépasse l’usage “facile” de la caméra à l’épaule “rien n’y est jamais stable, ni les personnages, ni les rapports entre eux, ni le cadre, ni la collure entre les plans, ni les relations au temps, à l’espace, au réel, à la fiction” dit Jean Michel Frodon. La fluidité ainsi impose au spectateur de se repositionner de manière instable dans sa propre subjectivité. 

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