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BONTE TROISIEME

BONTE TROISIEME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

fragments à vous lire,  Michel, Léna

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    L’acte d’écrire a pour fin, à ce que j’imagine, de produire de la nostalgie

 

     Je me laisse guider par la bonté seconde , c’est un risque. J’entends l’intitulé presque ironique en son retour étrange, ayant franchi l’horizon du beau pour revenir à ce bon presque indiscible, surtout qu’étrange lien, y vient alors ce coup de dés dont j’avançais justement qu’il brouillait les pistes du réel d’en produire un  ordre littéral.

     La question demeure, pourquoi des poètes? pourquoi pousser la parole ainsi en cette prétention de supposer la lettre toujours plus à même de dire le réel que tout autre artifice hors sujet? pourquoi prétendre à l’universel d’un singulier dont il est manifeste, par ailleurs, qu’il s’inscrit dans le champ prévisible d’une psychopathologie achevée?

      J’entends cette nostalgie de la chose à venir, fondée du desarroi d’une larme hystérisée. Loin de la Salpétrière qui enferme cette nostalgie en clin d’oeil à Charcot, loin du cabinet de Freud qui égraine la parole dorée au fil du signifiant refoulé, demeure l’appel dyonisien , le cri de l’être que l’on enferme dans le repli , le refusé. Insuffisant à ce qui est, voilà que se retourne le lecteur sur son devoir, explorer son champ armé d’un concept vacillant. Quelle science nouvelle pourrait ainsi se rire avec légèreté du concept , de sorte que le concept y garderait sa vertu necessaire, interpréter le signe d’un trait de feu.

     Commentaire infini de la phrase “ la conceptualité n’est jamais que ce qui reste quand on a purifié critiquement les signes poètiques de leur profusion dionysiaque”, mais plus encore la mort du poème qui est indiqué par cette “direction du représentable” . Sur cette question du signifiant maître qui vectorise le poème, avons nous avancé depuis Hegel lecteur d’Holderlin jusqu’à Derrida lecteur de Celan?

   Quant à “la généalogie des éblouissements”, elle impose d’énoncer l’inconforme de l’oeuvre au champ du concept psychanalytique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Une pensée sans désarroi devant l’être serait une pensée d’illusion

 

     Aucune pitié dès lors à attendre , hors de l’incise ouverte de la lettre . Lacan essaie sans doute d’inscrire la logique de la stylistique de la lettre, volée dit-il , errante et porteuse d’un sens qui n’est que le produit de son circuit, non de ce qu’elle risquerait comme oeuvre, une lettre de pure supposition, mécanisée du non sens qu’implique son roulement dans le monde. Demeure le regard ultime de Picasso face au réel qui vient, non parce que la mort arrive, mais parce qu’il ne peut plus baisser les yeux ou s’phère à la rhéorique de quelque esthètique fusse-t-elle celle qu’il est en train d’inventer. Freud note quant à lui son inconséquence clinique à la mesure de son cancer qui lui ronge la face “ils se détachaient après coup comme des fils qui restent après une opération ou comme de petits fragments d’os nécrosés”. 

     L’oeuvre résiste alors à sa mise en forme, ne pouvant que s’avancer, ouverte, hésitante, inachevée, confuse et (quitte à ironiser du viatique ordinaire) multimédiatisée. Lacan, in fine, embrouillé dans ses ficelles, aphasique, sauve de ce silence acquis l’imperium du mathème qu’il a forgé. Pas de progrès, pas de consolation... même de la philosophie , disait Boèce , depuis un autre temps barbare. Rien que l’exercice patient qui ne peut se boucler sur une seconde fois qui viendrait risquer la conciliation d’une loi. 

   “Tout continue” disait donc Hegel à la fin. Il venait pourtant de clouer sévérement le cercueil de l’espèce comme avait pu le faire Saint Thomas en son temps. 

     Pourtant cette nouvelle demeure, qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre, et donc aucune réconnaissance d’un Père, aucune nomination qui tienne à autre chose qu’à l’écriture de l’oeuvre nostalgique qui travaille “ la catastrophe transcendante qu’est le réel au plus près de soi”

     La clinique de la parole n’est pas contextualisée, malgré la pente singulière qui la pousse à localiser son exercice du point de vue d’une personne ou mieux de l’imperatif d’une lecture du présent qui cherche à généraliser  l’actuel comme universel . C’est sans doute cela que l’on peut nommer la fin de l’Histoire, l’éternel présent de l’apparence. La question est celle de savoir si le structuralisme n’a pas finalement conduit en regard à l’impasse d’un néo-platonisme idéalisé, contribuant dialectiquement à alimenter l’adogmatisme rituel qui fonde la modernité. L’invention d’un autre paradigme apparait alors d’autant plus necessaire et sans doute doit chercher  auprès d’exercices non achevés une source d’inspiration. Adorno à Benjamin “ Pour nous le concept d’époque historique est tout simplement inexistant” ou encore “ Nous serons d’autant plus dans le réel que nous resterons profondément et conséquemment fidèles aux sources esthètiques” . Mais pratiquement le référenciel esthètique saute, surtout pour Benjamin, dont on pourrait alors utilement suivre la trâce errante et méticuleuse des Passages à la frontière espagnole en une logique dont aucun terme n’a perdu le mordant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Pour être véritablement connue, une vérité doit être connue deux fois

 

    L’écriture vient dans l’effacement de la lettre à elle même quand l’impulsion qui poussait la trâce du don sur la feuille trouve un nouveau départ  qui se reprend à espérer . Doit-on se fier à ce calme nouveau, cette distance qui découpe la lettre de son égarement premier? car il s’opère alors une distinction entre ce qui va demeurer et ce qui va disparaître comme si la lettre demeurait alors comme diamant dégagé . Quelque chose se sauve mais quoi? le Nom de Mallarmé espace cet amour au poème confié , le rend à son suspens proustien. Pourtant Rauschenberg inaugure de l’effacement d’un dessin de De Kooning, pourtant la parole ne se suffit d’un tour rebouclé, ce point où se mesure l’imaginaire déployé, ce point qui demanderait plus d’un tour , plus d’une fois pour qu’advienne un premier retournement où s’impose le matériel rejeté, puis encore d’autres pour que vienne à l’évidence l’obscur sans Nom cette fois , non pas quelque dégagement de l’Etre mais la trâce logiquement antérieure de son in-existence (et non pas quelque arché où se conjoignent et le rectorat de 33 d’Heidegger et la patience de Jung), non simplement la vertu dérisoire d’une épiphanie joycienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       Le conflit de la règle et du chant (du sec et de l’humide)

 

      Qu’est ce qu’un signe? Un signe juste qui tienne. Juste un signe. Aucune montée cependant, aucun Esprit qui promette que ce signe puisse advenir au prix de quelque exercice de rigueur, de quelque soumission aux deux temps du poème, aimer et puis écrire cet amour . Un amour mis à sécher, desséché. Sauvé dès lors de tout pathos contingent, enfoui et pourtant présent. Mainte foi le mot cherche sa coupure d’origine et glisse au recueil achevé. Ou alors s’épuise au pathos chaotique de son orée, illisible, sans éclat autre qu’une impression psychopathique . Le poème est donc en attente de sa forme qui s’oublie et retient. La femme de Vermeer demeure dans la transparence attendue.

       Le temps second de l’écriture reprend le phrasé de la perte et lui confère un signe interprétable. En ce lieu de haute mémoire, Heidegger lit Héraclite. Et le poète est pris à la puissance de l’expression, cette fois sans reste, loin de tout effacement. encore un temps il lui faidrait effacer cette écriture pour que se forge enfin le dire secret sur la chose et sans doute le concept secret, instable et nouveau , qui ravine la pente construite pour des lendemains inconnus. Le poète alors silencieux annonce l’orée d’un rire averti et du réel et de l’absence de l’être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     La vis sans fin (essai d’une forme)

 

     Comment écrire alors? Comment oser? dès lors que la bonne forme porte en elle même et l’arrêt du style et la perte de fragments divers, toujours l’opposition entre le haut style et cette errance improbable des débrits qui vascille au bord de constructions improbables, volatiles. Nous savons l’importance de l’esquisse, de l’inachevé, du suspendu, parfait culminant dans l’ivresse mal dissimulée d’une forme en soi, repoussant plus avant alors ce réel qu’elle dissimule à son tour. Vient alors quelque chose d’un poème en chantier dont chaque lecture est unique. Reste à en trouver le support, électronique sans doute, bien que nous soyions réservé sur la réduction de la lettre à quelque séquence de zéro et de un.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       On écrit à la pulsion, on coupe à l’oreille

 

    Pourquoi garder ainsi ce qui chute? ces brouillons, ces déchirures, ces effondrements de la langue dans l’effusion de l’instant... alors que, des hautes rives, s’impose la coupure qui rend justice à l’exactitude, loin de cette contingence bafouillante , ennuyeuse, d’une singularité localisée sinistre... pourtant nous avons appris la leçon analytique, l’éthique de la ponctuation qui souligne la permanence de la structure derrière l’errance imaginaire. Et la forme enfin se fait poème et le lecteur potentiel en ressent la vertu. D’ailleurs la lettre n’est plus que machine, d’une perfection toujours renouvellée à chaque lecture, oublieuse des trâces définivement enfouies. Pourtant un drôle de jeu se met en place , dans cette mémoire infinie de la lettre , au creux du machiné. Copier, coller, sauvegarder, renommer, envoyer, faxer... tout un jeu de déplacement qui rend au manuscrit sa forme réelle... psychotique. Ne rien oublier, la lettre exacte, ce jour là, à l’intonation près. La coupure qui modèle la forme revient dans sa structure même comme insomniable soutenue. Ether d’elle repondit à un bien banal éternel. Je tiens la leçon pour dite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le langage est ce bûcher, allumé sur l’autre rive

 

      Elle appelait au veilleur insomniaque, à la parole dorée qui soulève la masse obscure et rendrait au politique le cristal de ce que l’on pourrait attribuer soit à l’enfance effarée du monde phénoménal, soit à quelque secret d’origine reconnu puis perdu dès le premier mot où l’espèce s’enfonce dans la contenance larmoyante de sa jouissance mesurée. Et pourtant la lalangue est à la portée de chacun, elle brûle du moindre mot, cette présence de l’être à l’épiphanie joycienne. Aucun effort justement autre que de demeurer là où s’incise le non sens, la défaillance du mot qui creuse le réel. Comment fonder une politique sur ce fragment du rêve dans l’actuel du quotidien. Non pas deux rives à la parole mais une seule , une qui dise justement que les deux rives se touchent à l’infini, c’est à dire ici, là, sur ta lèvre qui n’ose lire ce qu’elle voit. Etrange détour qui croit que l’expérience va démasquer enfin ce qui est devenu obscur avec le temps, avec le découverte de la mort d’un proche, ou pire avec son effacement radical dans la contrainte du maintenant. Non pas le soutien des morts qui accompagnent la course, mais ce poids des morts vivants qui engluent le réel de leur mondanité. Le royaume des ombres comme ordinaire du bruit du monde, non pas seulement la sauvagerie barbare, le vulgaire mensonger, mais bien ce silence redoutable du signe qui réduit le phénomène à son pur reflet. Même et surtout le saint que le poète suppose se doit de déchariter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Le rêve d’un livre peint

 

     Retrancher, suspendre, étaler sur une surface, donner tout son poids à l’écart d’entre les fibres, respirer la parole, la rendre enfin lisible, et de là cette folie nouvelle de ne garder au fil d’une réécriture incessante que l’extrème d’un effacement du mot devant la chose qui pourrait alors se manifester elle même de sa présence retrouvée. Et pourtant quelque obscur demeure au principe du chemin. Certes cette image seconde pousse à l’icône de l’être dans l’évidence de la joie retrouvée, et pourtant cette ascèse de la lettre suppose une entente à deux pentes entre la lettre arrachée à l’indiscible et l’image de cette même lettre comme cristal imprononçable. L’Autre y demeure obscur bien que révélé. Alors reprendre la tâche, effacer même ce roulement du symbole vers l’autisme de sa tenue. Il faut tenir d’une même main, maintenant que nous savons Mallarmé, et le sinthomadaquin de Joyce, et les craquements ponctués de Céline, et les locuteurs multiples de Pessoa. Le roulement d’élangues à travers la lalangue pure. Nous sommes de ce temps obscur au lyrisme second. Aussi bien le regard ultime de Picasso que l’infini collage de Rauschenberg après justement l’effacement inaugural de geste de De Kooning.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Le désespoir du Livre, un jour, ouvre devant nos pas des gouffres

 

      Il y a un mathème de la poèsie qui sans doute tient à quelque combinatoire minimale et singulière qui pousse le poète justement à l’épuisant combat de la lettre à venir. Mais c’est au lieu de cette clarté justement dégagée de l’obscur des confusions de verbe, cet Arlequin de tout amour , que commence le vrai travail qui est retour sur la masse ainsi élaguée. L’évidence gagnée peut alors produire le profond labour de la lalangue jusqu’au terme ironique de l’oubli achevé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Qui aime bien, châtie bien

 

       S’phère un Nom. L’encaisser tout autant. S’y faire justement. Joyce inconnu ne répond que du sinthome de son Nom. Le moment est venu où le Nom advient, dégagé du pseudonyme. Le sujet se découvre d’origine père verti. Il admet cette évidence première d’une carnation insue d’où son jeune amour lyrique voulait l’extraire. Il a usé suffisamment le médiocre de ce dire pour respirer enfin au lieu d’un Autre dont la bienveillance ne tient désormais qu’au renoncement qu’il veut bien faire de l’absence de toute garentie d’un Nom . Plutôt enjoué il demeure de savoir où poser ses pas. Il connait le chemin secret qui conduit avec certitude à la tombe du Père. Il peut s’y recueillir enfin renommé . Il crut sans doute à la langue déchaînée, à la forêt barbare , loin des murs de la Cîté. Mais le Monde était balisé jusqu’au terme. La correspondance des choses aux signes s’effectuent . Parfois, quelques uns hésitent à l’installé, fut-il si peu tranquille d’un sinthome noué autrement . Le réel ne s’y loge pas très bien. Le style sans cesse y pousse son filet . L’oeuvre est déjà tellement singulière que bien peu vont pousser encore une fois , plus avant. Prendre enfin le risque de la parole sans Autre absolument. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Giacometti métaphore

 

     Le parti pris des choses se soutient d’une étrange bravoure, il s’agit d’accepter cette sorte d’obscure présence qui refuse le dégagé. Point de haute cime mais la matière dans sa globalité seconde. Je dis Leroi, il faudrait vérifier l’errance de la mémoire. D’abord dans la surcharge de la toile, l’épaisseur, on ne voit rien. Après sans doute quelque chose, peut être une forme, une face, ou rien encore. La forme a été reprise dans le contenu. Elle est saisie non dans la perfection de quelque jaillissement mais au moment de sa sourde retombée, après qu’elle ait sû l’inutile de son élan. Il faudrait en ce lieu appeler cet Eros pornographe qui per-forme sans aucune trâce accomplie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Credo

 

   Demeurer . Aucune vertu. Le regard se promène de la toile à l’atelier. Les masses déformées, torturées, viandeuses des corps sur fond vif, presque criard, détachées. Et parfois le cri ombré de couleur blanche comme si Bacon ne voulait pas, n’osait pas livrer la totalité de ce qu’il a vu et ramassé. Et à nouveau le regard descend sur l’incroyable désordre, le défit à toute forme, l’accumulation stratigraphique des déchets picturaux. Il est debout au milieu. Il indique. Gilbert et Georges, scatologues vieillissants poussent eux au dérisoir sublime les excréments de leur lit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Et s’il ne s’agissait que d’avoir douté de notre pouvoir?

 

    Uccello avait mal dormi cette nuit. Ce n’était que batailles, lances, chevaux renversés, il lui faudra peindre tout cela. Son épouse aussi suigissait sauvage dans tout ce tumulte, elle tenait en riant les ouvrages déchirés de la perspective. Les barbares dévastaient maintenant la cîté harmonieuse, ils élevaient son souvenir à celui de la ruine où le perfection d’un éclat n’était plus visible qu’au prix d’une longue patience, celle qui peut encore pour certains conduire à imager sur place Achille et Hector au pied de Troie resplandissante au soleil couchant de l’Asie. Au nord de l’Europe, la barre dévastée des vacanciers du troisième règne de terreur, celui qui fonde le monde moderne sur la logique du camp. Encore des poètes après Treblinka? Non pas Auschwitz, mais le camp effacé, ramené à la morne étendue herbeuse. Il y eut une telle accumulation de haine, de meurtre, d’apocalypse, de lendemains enchantés pour petit père des peuples. Petiot élu démocratiquement. L’architecture moderne est à la mesure de la ruine laissée en place à Hiroshima et cette brève convulsion des Twin Towers sculptées à l’avion suicide . Sortir du deuil. On ne peut plus dire que l’on n’aura pas vu le fond des choses, le secret des reins. Salo de Pasolini encombre la représentation. Encore des poètes pour les enfants décharnés du lac Malawi? Il se fait tard monsieur. Commençons par une esquisse de la perspective urbinale. Puis effaçons là. Gardons les trâces de gomme et sur ce fond imperceptible, encore visible, commençons à dessiner un corps de femme...

   “Sans vergogne:1-sans pudeur 2-sans scrupule...je connais les limites de mon savoir...malhabile et ignorant “(Dufour)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Bonté seconde

 

      Lorsqu’on enleva le masque au poète sariné, il souriait encore . On eut dit que ses lèvres si pâles allaient encore proposer la douce chanson seconde, celle qui vient de là bas, de l’autre rive du styx où il serait allé dit-on pour porter au lieu d’ombre une bonne chanson. Le frais cresson bleu. Encore. Il a froid. Toujours. Il a deux trous rouges au côté droit. A jamais 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Qui dira jamais ce que peuvent les signes? 

 

     “ Viendront d’autres horribles travailleurs; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé!

- la suite à six minutes-”

     Les marais de l’enfance portent en leur fuite incessante la rêverie d’un bord, l’aspiration d’un Nom sur quoi fonder la seconde vertu de la parole juste. La course arrache le mot au sommeil convenu et l’effusion lyrique donne place au fragment de la pose première. Quelque chose s’accepte enfin sur quoi la langue résiste et parle. Mais le réel n’a pas de bord autre que justement la découpe insistante qui cherche à deviner la forme dissimulée sous le continu déjà là. Le silence sacrificiel, le retrait formateur au désert de l’Autre, le restitue à sa nomination première et se croit sans doute alors non religieux d’avoir compris l’illusion. Sans doute que disparaissent les pères messianiques, tout autant que le continu du récit enlisé au biographique premier. Demeurent les signifiants minimaux en ces hauteurs secondes à l’horreur supportée. L’exposition au scandale de la lettre trouve sa limite au lieu du désêtre apaisé , dans la communauté des voyants. La sentance spinozienne s’y lit sans ironie “le sage connaît la loi comme la nécessité de son désir”. Necessité phallique de l’écriture lisible. Ce n’est pas renoncer pour autant à quelque effet de vérité, sauf à croire y pourvoir en percée fugitive . Le masque de Sollers chasse -t -il encore quelque chose? Le risque demeure. Diane au bain. Actéon dévoré par ses chiens. Klossowski maintient la pose juste avant l’ultime. Vaste dessin de couleurs. La voix s’altère au kitsch . Le masque devient la lettre. Claudel hélas. L’attaque franche sauve sans doute du malheur du Nom, laissant l’étranger au principe de la lettre citée, déjà dite . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La panthèse cherche le fouet. Le fouet la cherche

 

     “ Je vais mal à présent. Du moins, j’ai à la jambe droite des varices qui me font souffrir beaucoup. Voilà ce que l’on gagne à peiner dans ces tristes pays! Et ces varices sont compliqués de rhumatisme. Il ne fait pourtant pas froid ici; mais c’est le climat qui cause cela. Il y a aujourd’hui quinze nuits que je n’ai pas fermé l’oeil une minute, à cause de ces douleurs dans cette maudite jambe...” Harar, le 20 février 1891

    Je n’entends rien à la littérature, parfois je me laisse à nouveau prendre par l’éclat de quelque phrase, par l’écho de quelques amis dont j’apprécie le jugement, et le livre me tombe à nouveau des mains. Je garde parfois l’affection d’une lecture qui pousse l’oeuvre à l’exactitude de la formulation clinique. J’en dévore alors les détails, comme d’une matière précieuse qui anime l’aridité du concept. Hors cet espace du confrère en psychanalyse, je ne retiens rien, soucieux cependant de ne garder de fait que l’usage sans distinction de genre que Derrida a imposé dans le champ du discours. Je garde cependant quelques marges que je vais dire poème, théatre ou bande dessinée. Là, je laisse en suspens le concept pour me tenir à ce qui en excède necessairement le pouvoir.

Le climat d’origine qui conditionne l’émergence de la lettre demeure ce souffle qui la maintient vivante sans qu’il soit possible de distinguer et l’urgence d’origine et la fureur du dépeçage  second. Sinon le texte meurt en désespoir de forme. Et la vertu de l’éloignement second pourrait bien faire l’ultime sacrifice du réel cette fois pour un sens où le signe viendrait recouvrir le tremblement inlocalisable du signifiant. De sorte que même cet espoir de n’y point être tenu comme au reste - il est dit cosmologie, géologie, biologie, zoologie, sociologie- est vanité d’une fascination de la brillance de la lettre arrachée à l’obscur. Nous savons trop en quoi l’exaltation jungienne de cet arrachement même porte en lui le germe d’étranges paradoxes , d’étranges retombées très concrétes celles là. Donc pousser la désillusion jusqu’au coeur de l’oeuvre nécessaire. Et si l’oeuvre demeure en sa présence ambigüe , elle ne peut du fol se soutenir. Schumann composant hors crise. Demeure cependant le long silence d’Holderlin. “Rien de moins artiste que la répétition pulsionnelle , elle passe d’un stéréotype à l’autre avec une assez mince puissance d’individuation”. Demeure un appel au necessaire d’un singulier radical qui est fol au lieu du conformisme social sans cesse plus dominant , en son sérieux borné au tremblement lettré du trauma du réel. Aucune domestication de la lettre de feu , fusse par le concept le mieux articulé. Aucun pathos pour autant . Aucun romantisme singulier dans cet exigence de “contenir l’infini sans forme, sans voix, sans figure” , même pas ce romantisme du Nom qui se dit Haute connaissance , voire Haute science. Car cette science qui souvent a bien meilleure allure quant au réel que l’effusion littéraire demeure captive du sujet hystérique dont elle se voudrait porteur de forclusion en dépit de ses résultats (paradoxe quantique auquel le poète comme le psychanalyste devrait se frotter)

       On se prend à imaginer Empédocle amoureux. Holderlin errant, marche folle, traversant la France, à pied, la neige, le froid, aller-retour, d’une femme l’autre, fou absolument, sans attache. Après, silence possible, la folie ne fait point oeuvre, le silence de longues années. On nous raconte des histoires d’héritage, sa mère qui refuse de le revoir et sa fratrie qui veut le priver de vin et de tabac. Le visage d’Holderlin à ce moment. 

Diogène Laêrce qui fonctionne comme Charles Juliet, s’interroge sur la mort , assomption, volcan ou pendu, il ne sait et rapproche bizarement cette mort mystérieuse de la femme morte, cataleptique, qu’il ramène à la vie. Deleuze defenestré.

 

 

 

 

 

 

 

 

La gifle de la vérité à la tendre joue tendue de la piété

 

          “ Il faut en finir . Bazarder donc tout ce qui reste, n’allez pas encore me jouer le tour de partir du Choa en laissant ces marchandises invendues! Ce serait du propre! Surtout que je n’entende plus d’histoires de saisies,etc, pour des choses qui ne me regardent plus! c’est à devenir enragé! (Harar, 20 février 1891)

       J’écris Bonté Troisième dans l’effacement de la dame de chagrin, voué au spectre , à son infinie patience, le timbre atonal de sa voix  dodécaphonique, l’espace ouvert du sans nom, au lieu d’un retrait même du fantasme. 

          Nous sommes désormais au lieu des chemins qui nulle part ne mènent, loin de la Grand Route des Elephants. Béatrice est morte, certes, mais mieux effacée. Aucun chemin pour faire retour, même indirectement  sur un «très doux salut» , «les confins de la béatitude». Et les ruses  jusqu’aux confins du Tendre, le simulacre du désamour, le refus du salut de la gentilissima n’accordent plus aucune certitude sur un «doux style nouveau» qui soit la preuve d’’une liberté vraie de la lettre. Point de Vita Nova . Et donc point de Paradis. La suite narrative lamentable du feuilleton sollersien témoigne de la limite même des Cantos. Il faut sans doute revenir vers l’indistinct , l’infrayé dès lors que la lettre ne survit que dans l’obscur des marges dans l’étendue spectaculaire totalisé du monde phénoménal, c’est à dire ce temps aussi où le concept est adialectique. Pas de consolation non plus de la Philosophie.

      Ce moment n’est plus celui fort légitime de la désillusion. “la barque de l’amour s’est brisée sur les rochers de la vie courante”. Certes la réalité n’est pas cet imaginaire que l’on voulait. Même Saint Just (qui d’ailleurs ne pouvait rêver qu’à cela) n’est plus décapité, Nietzsche a retrouvé un petit travail , après son séjour assez bref à l’hopital. Nous avons mangé nos morts, ceux du repas cynique. L’esthétique est hors dépit, prise en compte, examinée et la lettre soumise à lecture raisonnée. Le Beau qui masquait , depuis toujours, le surgissement de la Chose, d’où l’ambiguïté de tout surgissement conséquent, cette reprise universitaire et vulgaire, le Beau est saisi au lieu même de son chant , ce “voile léger” au fil incertain et repris . Le devoir de dire la perte , de retarder cette perte même se maintient. Le poète est recherché pour justement présenter dans la langue la nomination de l’hors sens . 

       Quelque chose d’autre est en attente à la mesure de cette attente du monde phénoménal  qui se nourrit jusque de l’hors sens qui pourrait le nier. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce que la littérature en général est au discours, la poésie l’est à la littérature en général

 

      

         Une fête nouvelle de la langue en appelle au refus d’en finir avec la lettre. Un masque nouveau fait vertu d’anagrammes virgiliens sous le bureau du poète . Celui ci fait leçon de son travail même et l’écoute avertie de quelques uns transportent sa résistance radicale , son silence affirmé sous le devoir maintenu de son dire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce que signifie “produire”(le réel, l’éclat) “comme texte”?

 

     Le texte demeure crypté, en soi certes puisqu’il ne peut que suggérer l’impossible qu’il perçoit dans l’audace de l’érosion seconde du symbolique qu’il opère, lorsqu’il porte à la lumière cet indiscible nouveau qu’il reprend cependant au meilleur de ce qui avant lui a pu se risquer. Mais le texte est crypté à lui même. Il se surprend à tenir simplement ouvertes les lèvres de la Chose, simplement pour qu’elle parle encore et encore, sous peine d’un agir qui ne cesse d’exercer ses ravages de manière manifeste depuis au moins un bon siècle. Alors le poète se trouve renvoyé sans doute à un devoir nouveau, celui d’être en soi parfaitement silencieux comme la Chose pour s’en faire le dérisoir hérault. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La “pure” présence, une expérience muette, un coma mystique

 

     

       Il y eut sans doute un espoir, celui d’une évidence de la restitution de l’être au champ du langage, par le biais de signes qui en imposeraient l’incontournable comme ce qui pourrait , par delà l’inconsistance réelle de toute parole, soutenir une immédiateté du sens. Bref quelque chose qui refuserait le naïf d’un langage de pure perception, récusé de l’ex-istence même du langage , et qui pourtant se refuserait au miracle de l’Etre, à l’horizon d’une langue pure, celle de l’Etre de l’Etre au besoin. Nous y opposons les conséquences formelles de la non localisation de l’Autre, le signe clos sur une trop grande, fusse seconde, évidence de sa saisie. L’Autre manque, malgré Heidegger justement. Pas sans Heidegger cependant. Le silence d’Holderlin nous attend, comme celui d’Artaud, comme celui de Nietszche. Nous attendons les paroles issues des confins . 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

d’une esthètique psychanalytique en attente, cet au delà du beau où nous attend la Chose

 

la littérature d’en bas tire sa noblesse de sa relation directe à l’épreuve de la résistance du réel 

il s’agit moins d’ailleurs de peindre le mal que d’avoir quelquefois le courage de mal peindre

une poésie élevée a besoin d’un moteur énergétique

placer devant elle une beauté assez haut

l’inachévement höderlinien

l’impossibilité d’un apaisement du désir dans l’oeuvre

bon symptôme, Lautréamont reniant les Chants dans les Poèsies, écrivant contre (lui), par là, se sauvant, sauvant même les Chants, comme premier moment d’une ambition, d’une tentative

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à peine, dans l’âge moderne, Sade, Baudelaire, Nietzsche auront-ils posé l’animalité au centre

les fatalités animales

bondir hors les fatalités de la série

un peu d’héroïsme, s’il vous plaît

ne pas courber la tête

prononcer ces mots: sacré, divin, semble injurieux à une oreille moderne

nous sommes éloignés du sentiment violent de l’illimité

donne à ta vérité un tour naïf

tu ne dois céder, vieille âme

le calme, le salut humain, l’honneur, la dignité d’allure, c’est le rite. Sans le rite, la vie est bête

un peu de sang-froid d’art

nous n’avons aucune excuse- que ceci soit fermement posé

une bassesse écrite fait tache indélébile

aillent les termes du conflit à leur sort

ma vie et mes livres réduits à la seule méditation de leur part d’impossible

jusqu’à leur limite intenable presque toutes les voies de la critique

réahabiliter mon nom

la nécessité d’une chance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la suite vite

 

chercher l’enfance devant soi

l’artiste qui joue son être est de nulle part. Et il n’a pas de frère.

enfin exactement moi même

le désir de feu qui fut le mien

demeure

parier 

sur des beautés

présentes

je t’égorge te coupe en morceaux te jette au fond d’un

puits

-sauf à la honte

la peinture, dit Pontevia, occupe stratégiquement les trous du langage

 

 

 

 

 

 

 

 

cette poussière de beautés nouvelles qui signe un écrivain

la folie d’un autre nom répondait à la folie du poème

la poésie produit le monde, n’est pas un bavardage alentour

 

ils sont des images pures @

font horreur

comment sauver poème qui ne sauve

ce qui doit périr

 

je crois que nous vivons sur une acception beaucoup trop restreinte du poètique

le plus petit nombre des plus grands amas lumineux

 

quitter Brive

j’avais, de longtemps, médité le premier acte: m’enfuir

disciple de Baruch Spinoza

 

des états généraux de la poésie

 

j’ai été porté vers Bordeaux par la rivière à mon insu

 

Place Saint Michel

ce marché aux débris

 

une bibliothèque et un rêve

je voudrais aller légèrement, le temps qui reste

 

qui n’êtes vous pas?

rester maigre

conseils aux jeunes écrivains

 

comment se faire des ennemis?

 

revoilà la mauvaise histoire

 

voici que ce monde demande à être ré-interprété

nous sommes les effets de nos regards

 

 

 

 

 

 

la poèsie est aujourd’hui d’une timidité coupable, en France

la résistance des choses mêmes

ce n’est pas de la fatalité d’être qu’il y a lieu de désespérer. Elle est le début et la fin. C’est de la désespérance nihiliste dans les pouvoirs de la parole, de l’amenuisement du goût de vivre dont elle est le symptôme et l’agent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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