Compulsion musicale
Pourquoi cette résistance des analystes a parler de la musique en particulier quand ils la pratiquent , non pas comme il convient à l’amateur éclairé mais comme interprète qui consacre beaucoup de temps à cette affaire, voire qui substitue la musique à toute autre forme ou presque d’activité intellectuelle ? Sans doute parce que les formules adoptées pour rendre compte d’un éventuel questionnement prennent les choses dans un fond imaginaire qui, préservant le secret des sources , les rendent ininterrogeables . La portance du signifiant, dont nous pensons assurer l’incise, demeure un terme vague qui laisse entendre après tout quelque harmonie dernière, au delà des ruptures du langage, un peu comme s’il y avait une terre heureuse distincte de l’inadéquation de la langue à articuler le réel et le désir. C’est donc bien d’une terminologie jungienne ne que nous demeurons sujet faute de pouvoir poser le concept adéquat . Il convient de s'interroger sur la nature du langage musical, savoir s’il se situe comme une langue c’est à dire constitué de signifiants différentiels ou s’il est un ensemble d’éléments significatifs locaux. Cette tension entre une structure dépourvue de sens et une articulation qui affecte l’@sens du désir. Cette double structure, qui est identique via un effet de bord, demeure soumise à un effet de débordement entre la poésie qui se joue de la trame comme sens ouvert et la sonorisation persécutrice d’un sens sourd menaçant étranger, le xenos local du lapsus envahissant les arrimages de l’ordinaire de l’articulé.
Le parlêtre va s’identifier à une langue maternelle qui engendre un type particulier de refoulement et un jeu complexe accentué qui porte sur une musicalité quasi organique de cette langue, un attachement donc culturel mais disons viscéral à ce qui serait le chant de l’Autre, support de l’identification religieuse qui assure à chacun sa place et ses limites, son régionalisme qui le maintient dans son prêt a penser. La musique de manière générale prête au sens , c’est à dire qu’elle annonce sans jamais l’atteindre un terme comme accomplissement , un effet de coupure plutôt qui serait le sujet marqué de la castration, la musique parle le désir mélancolique comme objet suspendu , un pur jeu de proximité qui interdit toute métaphore, le sacrifice est pour demain, pire la Shoah trouve en la musique la célébration du deuil impossible , de l’autre, du peuple, de la terre. La musique offre un culte c’est à dire une structure fermée hors sens mais riche d’une signification énigmatique, dont le paradigme se soutient d un mouvement d’indifférence à tout ce qui viserait a l’interpréter , à la parler tout simplement. Est-ce que tout l’art serait réduit à une fonction a-phonique ?