compter sur l’infini
ce qui ne serait pas la même chose que compter l’infini, ou presque. La topologie offre une fourchette d’usages entre une version religieuse et une version abstraite hors sujet. On peut même penser que c’est son seul usage réel puisqu’il s’agit avant tout de tenir le pré carré sphérique qui, lui même, laisse le corps à sa consistance de sac freudien. L’ébauche de Freud demeure avant tout clinique et son schéma embrouillé puisqu’il ne considère nullement les conséquences de la découpe symbolique qui donne statut de bord aux orifices et permet l’accrochage de la pulsion. L’usage imaginaire du signifiant n’est pas bête, c’est pour cela que l’image va coller avec un appareil opératoire du langage et sa version mathématique qui vise la théorie Une achevée.
Il est vrai que l’objet topologique dans sa version surface apparait toujours comme résultat d’une immersion, c’est à dire qu’il demeure ininscriptible dans R3, tel le plan projectif qui a l’allure d’une sphère surmontée d’un croisement de surface . Il serait possible de passer de cette présentation à une surface romaine de Steiner ou à une surface de Boy. Ce n’est pas très clair d’autant que la troisième présentation manifestement «insiste» sur le point triple qui est à la fois toute la surface et son invisibilité. On s’oriente vers une surface qui présente une symétrie par l’immersion, un leurre imaginaire par immersion alors qu’intrinséquement il s’agit toujours d’une surface à une face qui «généralise» la bande de Moebius par couture sur le bord unique d’une rondelle. Lacan passe d’une présentation à l’autre et tout le séminaire sur l’identification va privilégier le point obscur du cross cap pour en faire l’équivalence du point PHI dont l’intrication avec l’objet a va se mesurer par une coupure en double boucle qui l’isole. La coupure est ce qui fait castration soit cette articulation $<>@ telle qu’il n’y a de sujet que d’une perte que le fantasme justement dénie. l’@sphère va ainsi présentifier une excentricité du réel qui est la conséquence du signifiant. Toute autre coupure qui évite le point PHI maintient l’impossible de la possession de l’objet. La coupure n’est plus moebienne et donc il n’y a pas d’effet sujet. Cette position obsessionnelle classique si elle évite la rugosité du réel se trouve dans l’étrange position de ne vivre le rapport à l’Autre que comme une voix qui sans être proprement hallucinatoire demeure distincte du monologue ordinaire. Melman dit que le bonnet croisé d’évêque n’est plus qu’un bonnet de nuit . Ceci introduit à la notion de forclusion partielle par substitution du phallus par l’objet anal. Ce type de parlêtre voit ainsi toute décision reportée à l’infini au prix d’une présence Autre qui exige l’équivalence de la perte. Et tout autant la sexuation serait sans aucune séparation homme-femme. L’évitement porte bien sûr sur les conséquences de la rencontre en ce qu’elle appelle un acte fondateur par lequel la dialectique moebienne pourrait venir à être. La tension érotique qui est celle du transfert renvoie à un corps compact réduit à une fonction tubulaire et donc doté d’organes pris au sac organique. La langage objectif se trouve menacé d’un écart de non sens à chaque signifiant, dont l’effet ne peut trouver aucune instruction de part la distinction organisme-corps érotique pulsionnel. La castration risque donc de s’opérer réellement n’importe où . L’hystérisation obsessionnel n’est donc pas sans risque non pas qu’il devienne fou comme il le fantasme mais qu’il somatise. Melman oppose ainsi conversion hystérique et psychosomatisation obsessionnelle, ce qui est aussi une question «qu’est-ce qu’un corps?» cette prise de l’organisme par la langage.
Un obsessionnel va tenter de suppléer à la section du réel par une chaîne de pensées, une chaîne juste , juste une chaîne, une chaîne juridique fera l’affaire, fera contrat c’est à dire va organiser une jouissance sans ennuis. On ne voit pas pourquoi un obsessionnel pris entre la pensée infinie universitaire et le contrat de sa jouissance aurait besoin de la psychanalyse d’autant qu’il y risque, par le transfert, que son hypochondrie vire à la psychosomatique. La question de l’objet horrifique trouvera chez Bataille son exposition complémentaire des questions ouvertes par Freud. Le surgissement épisodique du texte érotique chez Bataille vient ici ponctuer le texte théorique.