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CINEJAP (1)

CINEJAP (1)

 

Shohei Imamura

 

 

1989 : Pluie noire (, Kuroi ame)

Avec une delicatesse infinie, Imamura brosse ici les conditions de survie et de mort consécutives à l’agression américaine, la profonde humanité des personnages au delà des notes relatives aux croyances de la nuit des temps à propos des ancêtres, souligne une question effrayante, celle de la légende américaine relative à la justification de leur agression, la vie voudrait continuer avec le rituel des noces mais c’est devenu impossible, à cause de l’éclair qui réclame toujours plus de cadavres, à cause des blessures de la mémoire, avoir traversé Hiroshima brulante, la douleur est retenue, policée, la carpe saute comme un délire, les fantomes rodent, les esprits parlent et la proximité de tous ces simples gens est évidente culminant dans un couple hypothètique et vrai, un traumatisé de guerre poursuivi par les moteurs de char et une jeune femme détruite par la pluie noire

 

Le 6 août 1945, ridicule de l’espèce prise à la croyance au symbolique alors que le capital vient de rayer tout ça dans l’épaisseur des corps, après il ne s’agira plus que de la danse des fantomes, c’est à dire le descriptif ethnographique, ce dont sans doute le montage témoigne, mais peut être au titre du dispositif du home japonais, l’incessant mouvement des parois de papier.

 

Le vieux monde est mort et pourtant le monde n’est que le vieux monde, le rituel n’a plus de sens puisqu’il a été évacué par la terreur, mais il est le dernier sens du monde, en somme le signifiant coulé par le signe surnage par l’inapparent du formel qui se met à contenir l’intension contre l’extension du semblant. Et ce sera à Yasuko de contenir l’effroi mais la perdurance de la parole. Elle part mourir et pourtant ne meurtr pas comme le lui répète et son amant fou et son oncle qui étrangement semble échapper à la mort, témoin certes de l’immuable des mondes disparus mais tout autant de l’articulation de cet immuable avec le réel

 

 

Takeshi Kitano

 

1997 : Hana-Bi  (sous-titré Feux d'artifice) (Lion d'Or au Festival de Venise 1997)

étrange histoire qui juxtapose une délicatesse parfois un peu stupide, un goût pictural et musical assez lourd et des moments de violence froide et nue, l’expolicier est necessairement du côté des truands, plus cruel et expéditif qu’eux d’ailleurs, son visage immobile ne peut sourire que pour l’épouse qui va mourir et à qui le drive movie est dédiée, d’un bout à l’autre du paysage, avec en contre récit celui de l’homme seul abandonné par l’épouse dès qu’infirme et qui se met à peindre d’étranges tableaux de fleurs de style naïf jusqu’à ce que les choses deviennent des lettres, rouge sur la lumière, suicide altruiste afin de préserver la lumière dans des yeux, c’est un monde vide sans espoir ni raison voué à l’utilitaire qui finalement y perd son absence

 

 

Akira Kurosawa

1950 : Rashomon 

Qui parle, qui dit la vérité dans ce jeu classique et meurtrier à trois, qui porte la pire leçon d’humanité, aucune vérité sans doute du désir qui ne soit révélé par autre chose que par l’événement, le brusque désir du bandit pour la dame qu’il veut organiser comme un viol sans risque sous les yeux du mari ligoté vient se heurter et aux voeux secrets de l’épouse, aux hurlements de la femme, à la lacheté des hommes réduits à s’entretuer sans aucun éclat

 

1954 : Les Sept Samouraïs (Shichinin no samurai)

Film admirable , certes un peu expressionniste mais cela finalement se moule bien avec l’air Japon ancien, force du rythme dans la préparation rituelle et sociologique du combat, la bleuette sentimentale heureusement ramenée in fine à la différence de natures et le jeu excessif du faux samourai, tout ceci constitue aussi des poses dans une progression où les paysans craintifs deviennent tueurs, (le point de bascal est sans doute l’ataque préventive du camp des bandits où le paysan retrouve sa femme captive sans doute volontaire qui finit dans les flammes) vers l’ultime combat où la caméra sait produire la déflagration des corps, entre ceux qui défendent et les bandits ombres anonymes; les ombres des samourais sur la but soulignent le vain combat des êtres face aux forces très einsenstein des masses paysannes au travail

 

1957 : Le Château de l'araignée (Kumonosu jo)

Ce Macbeth réussit une transposition admirable mais qui peut être s’enlise dans un formalisme final plus proche du Nô que de la pièce de départ, mais les mouvements de corps de de Lady M sont envoutants, ainsi que les cavaliers perdus dans le brouillard de leur songe, il faut sans doute oublier la mort du Roy traversé d’une foule de flèches comme un Sébastien expressionniste, là aussi sans doute le cadre intime, homiste du sujet ne permet guère les mouvements des corps toujours prenants chez le cinéaste

 

1961 : Yojimbo parfois appelé Le Garde du corps (Yojimbo)

Il n’y a plus qu’un samouraï, certes prestigieux, doté d’une arme redoutable, la danse de mort, entre le western, estern, Deleuze donc, et la tragédie antique, la bassesse, la stupidité de l’homme, lacheté, veulerie, la violence nue, et un être qui dans le fond rit car il ne craint pas la mort, qu’il n’attend rien que l’éclat du vivre

1985 : Ran (ä¹±, Ran)

Lear prend ici une force spectrale, le vieillard halluciné assiste à la dislocation de ses rêves , avec l’exposition sauvage des contradictions, entre des combats cosmiques presque silencieux et des déplacements feminins bercés de sang

pastedGraphic_43.pngpastedGraphic_44.pngpastedGraphic_45.pngpastedGraphic_46.pngpastedGraphic_47.pngpastedGraphic_48.pngpastedGraphic_49.pngpastedGraphic_50.pngpastedGraphic_51.pngpastedGraphic_52.pngpastedGraphic_53.pngpastedGraphic_54.pngpastedGraphic_55.pngpastedGraphic_56.pngpastedGraphic_57.pngil est question de l’agonie du roi, sans cesse le roi ne peut mourir, il vit sa mort, arraché chaque fois à la tombe pour revivre dans ce mourir qui est l’existence même

 

Kenji Mizoguchi

 

 

1946 : Cinq femmes autour d'Utamaro (Utamaro o meguru gonin no onna)

version japonaise du peintre et son modèle, modèle multiple issu d’Edo, idéalisé, femmes multiples dont il ne convient pas de dire l’étendue.

présentation muséale de cette Une multiple, au risque d’une mise à mort de l’artiste lui même qui lit cette présence, au risque de peindre sur le corps même d’une femme

 

 

.   le monde flottant contient le réel que refuse l’aristocratie formelle qui a besoin du réel des courtisanes pour ne pas disparaître faute d’idée, mais vient un temps où cette opposition nécessaire disparaît au profit du soldat américain

1952 : La Vie d'O'Haru femme galante (Saikaku ichidai onna)

Nous voici plongés dans un japon sans pitié et l’existence de O’Haru n’est qu’une série de malheurs à propos desquels se jouent le sort de la femme, parfaitement soumise aux caprices des puissants, aux règles les plus absurdes, n’être qu’une ventre à fouler, amour, enfant, mari, respect... tout lui est refusé et elle demeure d’une infinie élégance, menue et suspendue parmi ces brutes dont le père est la figure la plus abominable, merveilles des glissements de caméra, quand le père vient agresser sa fille, la caméra le suit de dessus alors qu’il parcourt le devant de la maison pour entrer en plongée, Lacan dit qu’il y a quelque chose qui soulage l’occidental, ceci doit être dans la langue au delà de ces rudesse sans concession.

la fille peut être vendue ou prostituée selon les intérêts du père

la culture agrave la maltraitance puisque la rendre charmante et désirable, c’est aussi lui permettre d’avoir conscience de sa condition

la religion a toujours une fonction étrange de contention du malheur, avec ce fond d’aède qui chante la folie des princes

l’amour n’est qu’un fantome parmi les têtes mùltiples du boudha

l’étreinte mortelle, il sera tué, elle réduite à l’exil et à la déchéance

la galenterie du prince est le pire des semblants

 

 

Nagisa Oshima

 

1959 : Une ville d'amour et d'espoir aka Le Garçon vendeur de colombes (Ai to kibo no machi)

film au réalisme noir qui raconte l’impossibilité de communication de classes, ici le code social très strict s’ajoute à l’impossible social, si le garçon ne peut être embauché c’est parce que sa mère est seule et qu’il a commis un “larcin” pour survivre, c’est donc la séparation pour l’éducatrice d’avec le jeune homme puisque celui ci sera incapable de briser le tabou, finalement le pigeon espoir amusant de changement sera abattu en plein vol

 

 

1960 : Contes cruels de la jeunesse (Seishun zankoku monogatari)

Romeo et Juliette ne vont pas très fort, ils vivent d’expédients et en meurent sans avoir eu accès à une grande dose de jouissance, la société est aussi vérouillée qu’avant, plus même, le malheur ordinaire frappe au coeur et de l’amour et du désir

 

1960 : L’Enterrement du soleil (Taiyo no hakaba)

nous sommes dans un univers dominé par l’exploitation de l’homme de manière organique, prostitution et sang, le meurtre est banal, ordinaire, pour rien, aucun espoir sinon la bombe finale qui détruit les baraques où les sous hommes s’entretuent, univers du capitalisme nu, d’après guerre, c’est la même misère que celle du Japon ancien mais il n’y a même plus dans le fond les articulations minimales du langage

1960 : Nuit et brouillard du Japon (Nihon no yoru to kiri)

qu’est il arrivé au film d’Ozu? il faut toujours marier quelqu’un mais les camarades du Parti surgissent alors pour raconter diverses turpitudes personnelles et donc collectives, la sérémonie est quelque peu perturbée et les convives finissent par se noyer dans la phraséologie stalinienne, usage du plan séquence qui se perd dans le temps, intabilité du jeu et du plan, aspect très formel assez ennuyeux malgré les déclarations de l’auteur, mais il s’agit certes d’un requiem à nos belles années de braise

 

1965 : Les Plaisirs de la chair (Etsuraku)

Il n’y a rien d’érotique dans ce film qui tourne autour d’un mariage catastrophe pour le héros qui est bien obligé presque de comprendre mais à mointé que la différence de classe demeure malgré la modernité, que la dame de ses pensées se fiche de lui et qu’il ne peut que finir en prison dénoncé par icelle, meurtrier du violeur d’icelle et de fait poursuivi par un fantasme de viol qu’il poursuit de femme en femme qu’il achète d’ailleurs toujours à un autre homme, gangster, mari,... l’argent qui lui permet d’effectuer ses achats est visiblement l’argent du diable, un mystérieux personnage lui confie de l’argent volé qu’il viendra reprendre plus tard mais l’argent est dépensé jusqu’à ce qu’il pense être alors sa mort , mais ce n’est que mascarade plus ou moins hallucinatoire de sa médiocrité, toujours le cadrage théatre, la pose, le flou, le noir

 

 

 

 

Yasujir Ozu

 

1958 : Fleurs d'équinoxe ( Higanbana)

Il s’agit de questionner la même scène, celle du mariage entre l’organisé et l’intention et la difficulté pour un père d’accepter que sa fille puisse passer ainsi d’une stupidité l’autre, celle de l’ordre et celle du coeur, surtout quand il faut par ailleurs, par ppolitesse, éducation et coeur, aider d’autres jeunes gens dans ce moment délicat de chute du symbolique. Ozu regarde le monde s’effacer depuis une camera au sol, avec les mêmes acteurs, les quasi même scènes, les mêmes plans, en particulier les pièces vides, les évocations de rues

 

1960 : Fin d'automne (Akibiyori)

admirable theatralité , plan fixe depuis le bas, couloir vide ponctuant la scène, aspect de texte en comédie tragique car le texte est cruel, d’une lenteur inexorable , implcable, obéir à la règle qui conditionne l’existence sans référence aucune à quelque ordre transcendantal

1961 : Dernier Caprice (Kohayagawake no aki)

le vieux maître raconte toujours la même histoire, mêmes acteurs, mêmes plans il faut marier x, mais les femmes ne sont pas si dociles et même un vieillard surprend de filer vers sa vieille maîtresse pour y mourir au grand scandale de stupides enfants

 

Avec Tokyo Ga Wenders part à la recherche du Tokyo d’Ozu mais il ne trouve rien, des machines à sous, des trains, des entassements de gens, des lumières et les vieux opérateurs qui parlent du maître, il n’y a plus qsu’à encadrer ces tristes propos de marceaux filmés par Ozu

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