CIGARE
L’ombre descend, la fumée encombre l’air, Freud s’est endormi, le cigare tombe, c’est la guerre, le tabac manque malgré les efforts de Ferenczi, maintenant après l’opération de la mâchoire, l’installation de l’appareil, il faut tout un système pour écarter et coincer le cigare, Lacan, lui, fume en tresse.
une femme fume un havane, une femme hystérique donc, donc... c’est à voir, il faut revoir la jeune homosexuelle dit Allouch
mais regardons un peu de côté, après tout il est question de phallus, alors le chemin des destins est très lisible dans “ Les contes de la lune vague après la pluie “
A la fin du XVIe siècle, le Japon est ravagé par les guerres intérieures. Dans un petit village près du lac Biwa, vivent pauvrement le potier Genjuro et le paysan Tobei, avec leurs épouses respectives, Miyagi et Ohama. Chacun des deux hommes poursuit son rêve d'enrichissement ou de gloire.
Les hommes partent pour la ville, où les poteries se vendent bien. Tobei, ignorant les conseils de sa femme, court dépenser sa fortune à l'achat d'un équipement de samouraï. Genjuro est entraîné par une étrange et belle princesse en direction d'un manoir où il succombe à ses sortilèges... Pendant ce temps, le malheur fond sur les épouses délaissées : Ohama est violée par des soudards et réduite à la prostitution, Miyagi est attaquée par des soldats affamés, qui la tuent pour lui voler sa nourriture.
Le réveil sera rude : Genjuro ne tarde pas à découvrir que la femme qu'il a suivie est un spectre, défunt depuis des années, et le manoir où il a vécu des heures enchantées, un amas de ruines; quant à Tobei, il retrouve Ohama dans un lupanar et comprend quelle folie a été la sienne.
Tous deux rentrent au village. Genjuro croit revoir Miyagi qui l'accueille avec douceur, mais ceci est encore un rêve. Le chef du village lui apprend la vérité. La voix de la morte est bien là pourtant, présente à toute heure du jour, et leur fils Genichi va porter un bol de riz sur sa tombe. La vie continue...
Cette façon réaliste de traiter de l’affaire passe bien sûr à côté de l’infinie poésie des images, la douceur et la douleur du fantôme, l’autre comme fantôme, réel du désir, c’est d’ailleurs à l’artiste, celui qui fabrique justement des poteries , que s’adresse le triste et sensuel fantôme , pas au pseudo guerrier
Mizoguchi filme presque toujours en légère plongée et d'assez loin, la réalité dont celle de la guerre est une nécessité interne aux personnages
fragilité du couple originaire dans l’innocence du monde phénoménal
ils partent malgré la guerre vers le rêve de fortune
la brume annonce la présence de la chose insue
le visage de la mort
dernier plan sur le visage de l’épouse qui va mourir
le fantome se penche sur l’artiste
elle le regarde depuis la mort forte de ce désir là
elle danse ce pas de vie érotique suspendue inconnue
alors le père parle commandeur comique comme d’ordinaire
ils s’aiment dans le matin du monde
enlacements au delà de l’interdit, jouissance
au loin passe le stupide
elle le regarde dans son mourir, une femme regarde un homme enfin
une dernière plainte
Donc en toile de fond une histoire très freudienne d’allure sauf que rien ne marche vraiment du côté phallique mais bien d’un côté d’un ouvert sans nom, un rêve de brume où gît une jouissance réelle
Alors il est possible de regarder du côté de cette jeune femme allongée sur le divan de Freud, à la demande du père, alors qu’à la même époque Anna est sur le même divan. C’est déjà un peu compliqué d’autant plus que le destin lesbien des deux femmes y demeure. Et puis Lacan et Allouch se penchent sur l’affaire. Il semble qu’il y a là quelque chose d’un peu étrange, question fin de cure, question érotique psychanalytique
est ce qu’il faut croire Freud quand il nous dit que le terme de la jeune homosexuelle a avorté? il faut croire à la lire que sa ligne d’erre fort peu phallique avait une allure des plus caractérisée par un style érotique des plus attestables. Allouch peut insister sur une érotologie de passage, posant la question d’un Freud bénéficiaire du champ érotique lesbien. L’analyse ne norme rien, rien de plus que s’effacer d’une place de semblant. Freud retrouve le transfert à Fliess dont il ne saurait se défaire qu’au prix d’une numérologie maniaque. Le nombre ici calcule sur fond d’absence et l’objet glisse hors signifiant, toute cause bien entendue. L’Autre demeure et pourtant s’efface d’un mi mot. L’interprétation du laissé tomber fait chuter l’analyste et l’analyse même du semblant d’un Oedipe topologiquement non nécessaire. La question d’une érotologie hors du rabat sur la réalité psychique freudienne ou millerienne laisse l’ouvert d’un clivage dans le discours capitaliste même. Allouch propose une séquence de ce maître érotique passé où Socrate se fait Debord, ne pas travailler, rêver, parler, se faire un nom, au delà de son analyste être cause... faut-il pour autant se faire chien?