cher Georg Cantor, j’ai appris votre internement
Nous voici donc renvoyé indirectement à reprendre la question Cantor à l’invite de ce qui s’écrit «drame subjectif», à savoir invention e(s)t folie, quel est le risque d’inventer une atteinte au rapport symbolique? Faut-il être déjà fou? est-ce que la psychose serait à ce titre porteuse d’universel? Newton? Galilée? les contre exemples sont multiples et si l’on quitte le domaine de la science dite ure, l’artiste maudit n’est sans doute que relatif à un rapport explicite au monde bourgeois. On ne peut inventer en suivant la piste, l’université est plein des petits maîtres compulsifs qui endorment leur lot d’étudiants poussiéreux.
il convient par ailleurs d’éviter de se laisser porté imaginairement par l’usage de concept mathématiques dans un champ littéraire. Le nombre entier est ce qui mesure quelque chose de la réalité sensible, mais si l’ensemble des entiers N est infini, un autre infini s’ouvre entre deux entiers, puisqu’il est toujours possible d’en étendre le nombre. Là encore c’est la clinique de l’obsessionnel qui rend ceci très sensible.Ces nouveaux nombres réels seront d’une nature infinie intuitivement différente, et l’idée vient aussitôt de comparer ces infinis. D’où l’astuce de la diagonale de Cantor
soit un tableau
1111
1001
0001
0110
le chiffre de la diagonale
0111 est différent des quatre autres
si j’utilise un tableau infini, la diagonale sera toujours un nombre différent de tous les autres, de sorte qu’il y a en quelque sorte un infini +1
le truc est moyennement convainquant mais c’est un effort pour sortir du merveilleux, l’idée de Galilée de comparer les entiers et leurs carrés est également possible
dès lors il est nécessaire de poser un symbole un peu riche de sens ( W0)sera le cardinal des entiers N et (W1)le cardinal des réels R
Il n’y a rien entre les deux, c’est l’hypothèse du continu, Cantor cherche alors à démontrer ce que Gôdel va poser comme impossible. C’est indécidable. Et ces deux idées bouleversent sans doute un peu le rapport à Dieu pour peu qu’on tienne à emprisonner un Dieu dans un calcul. Ce serait après tout une bonne solution que Schreber n’aurait rejeté pour éviter l’angoissant zimzoum qui livre le parlêtre à son ombre.
autrement il y a une arithmétique des transfinis
W0+1=W0
W0+W0=W0
W0*W0=W0
on est peut être pas très loin de l’arithmétique shadok du moins dans cet aspect imaginaire
L’alien intérêt nouveau pour ce cher Cantor vient nous rappeler combien il aurait été nécessaire de pouvoir reprendre, poursuivre, toutes ces questions ouvertes à partir de notre interrogation sur Desargues et ses compagnons,puis de l’ouvrage de Badiou sur les nombres, toutes ces considérations topologiques auxquels le manque de combattants... mais puisque certains nous y renvoient.
Voilà une psychose bien étrange d’être inséparable d’une coupure épistémologique, donc à penser qu’une subjectivité pourrait faire don d’une articulation signifiante issue de la faillite du nom. Le point par lequel un sujet demeure forclos malgré l’universel de son invention, de la suppléance symbolique. On connaît un peu l’idée folle de nombrer l’infini, d’y produire un algèbre dans l’indistinct métaphysique premier.
Georg Ferdinand Ludwig Philipp Cantor nait à Saint Petrsbourg(1845), prospérité commerciale, culture, religion, maladie du père (?), installation en Allemagne. Il s’intéresse aux mathématiques , à la théorie des nombres dont il fait l’objet de sa thèse de doctorat (soutenue après la mort de son père). Désaccord avec son père sur cette orientation abstraite. Le voilà marié (1874), il aura six enfants. Ses recherches suivent un cours logique dès lors qu’il cherche à démontrer l’unicité de la décomposition des fonctions en séries trigonométriques. C’est ceci qui l’amène à essayer de définir le nombre réel comme limite d’une suite de nombre rationnels, ce qui rejoint la proposition de Dedekind (dont il fit connaissance lors de...sa lune de miel) selon laquelle la droite réelle est suite de coupures. (on connaît la fascination des psychanalystes, à la suite de Lacan, pour ces analogies sémantiques autour des termes de réel, de coupure. Lointain souvenir de journées à Montpellier où le groupe baigné dans l’Autrejouir de Charles découvrait avec un mélange de ravissement et d’horreur l’usage réel de l’imaginaire à partir de la notion de nombre complexe, i comme racine carré de -1) L’idée germe alors que l’infini des nombres réels est plus grand que celui des nombres rationnels. Au fil des années tout ceci prend forme et la définition approximative du début prend devient la définition du nombre d'éléments d'un ensemble infini , d’où il va découler par exemple qu’il y autant d'entiers pairs que d'entiers tout court, autant de points sur un segment que dans un carré, beaucoup plus de nombres transcendants que de nombres rationnels. Une arithmétique nouvelle prend forme, ce qui entraîne de nombreuses oppositions dont celle de Poincaré. C’est dans ce contexte qu’en 1884 une dépression atypique s’installe, qu’il renonce à ses travaux , à son enseignement pour se consacrer plutôt à la littérature anglaise jusqu’à sa mort en 1918 (il meurt d’ailleurs dans la plus parfaire misère). En particulier il œuvre pour identifier Francis Bacon à Shakespeare « ...Je ne sais pas quand je pourrai retourner à la poursuite de mes travaux scientifiques. Pour le moment, je ne peux absolument rien faire pour cela, et cela me limite à donner le strict nécessaire de mes cours ; ô combien voudrais-je être actif en sciences, si seulement j'avais la vivacité mentale nécessaire. »
En fait Cantor continue à travailler mais d’une autre façon, il correspond sur les fondements philosophiques de son affaire avec Husserl qui, lui même, prépare un doctorat de mathématiques. Parmi ses travaux tardifs qui peuvent nous intéresser , il y a surtout le cardinal de Dieu.
Nous sommes donc dans le profil biographique Holderlin. Les questions soulevées par Cantor sur le dénombrable de l’infini rejoignent le paradoxe de Russell comme la question du continu butte sur l’indécidable.
On peut supposer dès lors que Cantor butte sans doute sur ses pairs mais aussi sur un impossible, un indémontrable structurellement dévoilé par son travail et qui est d’ordre logique. Pour être plus précis il convient alors de reprendre quelques points. Soit d’abord une formulation standard qui déploie donc le premier problème de Hilbert
Jean Pierre Belna qui publie un petit ouvrage sur Cantor nous livre quelques fragments cliniques qu’il faut extraire d’un psychogisme organiciste des plus modernes (pourtant il lit aussi bien Frege que Porge) Les relations avec le père y semblent plus complexes puisque ce dernier visait une sorte d’humanisme dans lequel Dieu et la musique avait un belle part. Les mathématiques ne seraient pas aussi refusées que cela d’autant qu’une lettre au père parle d’une «voix secrète et inconnue” à l’origine de ce choix. Quant au véritable premier épisode dit dépressif, il demeure sans information précise, sinon la polémique avec Kronecker, la mort de Heine, le discontinu du lien avec Dedekind, le mariage avec Vally Guttmann... en tout cas les manifestations de type paranoïaque sont manifestes et le virage théologique patent. Ainsi Bacon plutôt que Shakespeare tient dans l’imaginaire à toute une série de qualificatifs “ la foi merveilleuse”, “un poète authentiquement chrétien”, “un des plus grands génies de la chrétienté”. Les intitulés sont assez explicites ( Confession de foi de Francis Bacon, Résurrection du divin Francis Bacon et le recueil des trente deux élégies sur Francis Bacon, sont publiés à compte d’auteur.) Ces travaux sont suivis d’une courte période mathématique puis le délire s’installe, la création de l’Union des Mathématiciens allemands semble une machine pour démasquer Kronecker “beaucoup qui étaient jusque là aveugles, auront pour la première fois les yeux ouverts sur le vrai Kronecker”. L’ouverture internationale de l’association ne modifie guère l’évolution. Un fils Rudolf meurt en 1899, celui qui avait repris le violon du père. il écrit au ministre de l’intérieur pour pose sa “candidature pour un emploi diplomatique auprès du roi de Prusse”, et ce parce qu’il s’est intéressé à Bacon et “donc” il veut servir le tsar Nicolas II puisqu’il est russe. Ce sont des anglais qui sont responsables de la mort de son fils, de ses hospitalisations multiples. Il publie Ex Oriente Lux où il traite de ses révélations sur le père du Christ
En théorie des ensembles, l'hypothèse du continu, due à Georg Cantor, affirme qu'il n'existe aucun ensemble dont le cardinal est strictement compris entre le cardinal de l'ensemble des entiers naturels et celui l'ensemble des nombres réels. Tout ensemble strictement plus grand (au sens du cardinal) que l'ensemble des entiers naturels doit contenir une « copie » de l'ensemble des nombres réels. C’est l’introduction du cardinal d’un ensemble, nombre transfini qui va permettre un calcul, une sorte de hiérarchie des transfinis
En termes plus formels
On définit W0(aleph zéro) comme le cardinal de N . Soit W le cardinal de R noté usuellement .
2puissance W0
Soit W1le plus petit cardinal strictement supérieur à W0, l'hypothèse du continu déclare que 2 puissance W0=W1. En d'autres termes, cela signifie qu'il n'existe pas d'ensemble infini dont le cardinal serait strictement compris entre le cardinal de Net celui de R. On passe donc du dénombrable (ou discret), au continu, en faisant un seul bond.
C’est donc du côté de ce bond que se situe l’éventuelle difficulté psychique de Cantor.
Il faut attendre Kurt Gödel (1938) pour que soit démontré l'ajout de l'hypothèse du continu à la théorie des ensembles, défini par exemple par les axiomes de Zermelo-Fraenkel, ce qui ne change nullement la consistance de cette théorie, puis Paul Cohen (1963) pour que soit cette fois démontré que l'hypothèse du continu n'est pas démontrable dans la théorie des ensembles basée sur les axiomes de Zermelo-Fraenkel. Elle est donc indépendante de la théorie des ensembles.
Hors de l’incontestable progrès formel de la théorie, demeure la présence de cet indécidable au terme d’une question semblant portée sur du non défini. On est pas très loin de la mélancolie finale de Thomas.
Une autre façon de traiter de la question se trouve chez Badiou qui alors permet sans doute d’aborder celle ci du côté du concept nécessaire pour que la forclusion ne vienne y puiser délire, autrement dit comment la paranoïa peut-elle ne pas être obligatoire chez le sujet psychotique, comment éviter la réparation de la personnalité qui bloque la réparation borroméenne des noms. Badiou écrit “ Dans la présentation qui l’enchaîne au concept du bon ordre, la théorie des ordinaux semble plutôt “généraliser” l’intuition du nombre entier naturel que permettre de penser l’être du nombre. Elle s’autorise de ce qu’elle prétend éclairer. .... Si l’on veut vraiment établir l’être du nombre comme forme du multiple pur... il faut se distancier des manipulations opératoires ou sérielles”
Par infinitus le latin articule quelque chose de sans fin, de sans limite, mais en même temps d’indéfini, d’indéterminé, de général. Le grec dit apeiros avec la nuance d’inextricable, d’absence de terme (comme un cercle), mais aussi d’inexpérience. Il s’agit donc de quelque chose d’un peu plus complexe qu’une localisation informe, ineffable voire d’une négativité chaotique. Il s’agit sans doute alors à la fois de se confronter à la notion d’infini avant Cantor, essentiellement métaphysique, puis après Cantor, essentiellement physique et mathématique, sorte de traduction réductrice au prix de l’opérateur épistémologique et clinique Cantor.
Sans cesse donc demeure une opposition entre des termes incommensurables avec cette idée présente chez Nicolas du Cues que la ratio demeure impuissante, sans doute moins que la pratique artistique qui peut re-présenter l’infini, faisant appel au sensible, à l’imaginaire plutôt qu’au symbolique, le réel hors sens. C’est d’ailleurs le point de vue esthétique qui va reprendre la question avant toute formulation logique. Logique de Desargues depuis le Quatrocento qui va travailler plus loin qu’Uccello selon l’algèbre d’une géométrie, une topologie présente dans l’image. Le sensible devient intelligible, manipulable d’ailleurs toujours dans le fond hors sens puisque la transposition s’effectue uniquement dans le ratio qu’elle déploie. D’ailleurs le Brouillon Project est oublié et n’est lu à l’époque que par Pascal qui demeure dans le sensible de l’Autre.
Depuis la coupure cantorienne, la question semble se déployer, dans l’oubli de la métaphysique, comme infini physico-mathématique. Ce qui redonne une certaine valeur aux “physiciens” grecs entre numération et divisibilité, sur fond cosmologique. Mais c’est aussi une lecture orientée parce que Zenon semble perdre tout intérêt dès lors que la mathématique naturalise la convergence d’un infini vers un fini. C’est sans doute cette prétention à réduire la question de l’être à un calcul qui autorise Cantor à penser jusqu’au point où l’être sans nom vient le rejoindre cliniquement. C’est un peu la même chose qui va arriver à la relecture d’Aristote et de Démocrite puisque la distinction entre actuel et potentiel semble se résoudre selon que l’on considère un monde corpusculaire ou un monde algébrique. La reprise de la notion d’infini par la pensée religieuse orientait d’autre part la pensée vers l’unique notion d’infini potentiel, sous peine d’attribuer à l’actuel un attribut par trop divin. C’est donc autour de la notion d’infini physique que la question va pouvoir rebondir, mais l’actualisation de l’Autre dans le sensible encombre la distinction cartésienne de la présence sensible de l’idéalité mathématique, de la réalisation en quelque sorte de la pensée. Tout ce qui est rationnel est réel, ce qui est quand même le principe délirante de la totalité hégélienne. Pour dire autrement, le fou c’est Hegel, et l’hospitalisé c’est Holderlin
Il est cependant difficile de ne pas intégrer la problématique de l’infini actuel dans le dispositif cosmologique où se concentre l’imaginaire contradictoire de la re-présentation, du moins dans un espace euclidien corrélé à l’intuition classique du monde. Ce sera donc de la géométrie que va surgir un paradigme nouveau qui construit des mondes finis illimités, c’est à dire des mondes où l’espace est fini pour un temps qui, lui, demeure, infini. Il est donc possible qu’un certain nombre de contradictions apparentes puissent être levées non en admettant des modèles opératoires dans tel ou tel champ et pas dans d’autre, mais des modèles conséquents à la structure même du discours qui permet de poser les problématiques. Sans le dialogue avec Holderlin, Hegel est vraiment fou mais le signifiant peut être évacué d’un modèle où le plan euclidien devient une sphère et donc fait apparaître une hypersphère dans un espace R4. Cependant ces merveilles géométriques sont soumis aux paradoxes de la gravitation et le vecteur du temps perd son caractère Autre, il s’origine, voire pourrait s’inverser. Le paradigme à nouveau cafouille, à la recherche d’une relativité quantique. Il semble en tout cas que le sujet épistémique Cantor maintient l’ouvert de cette question qui est celle du parlêtre que le sujet de la science ne peut objectiver. D’où la nécessité de pouvoir essayer de reprendre ces questions laissées visiblement en chemin dès lors qu’un dispositif faussement efficace évite de les poser.
Pourquoi alors s’intéresser à ce brave Nicolas de Cuze, sinon pour préciser la coupure cartésienne et son refoulement conceptuel du côté d’un Autre qui ne cesse de faire retour, mais le texte remonte à cinq siècles et témoigne d’une grande difficulté de lecture (langue, philosophie médiévale). A première vue, il y a un contraste entre le discours mystique et un usage très moderne de la mathématique, puisque le calcul compact thomiste se trouve aussitôt subverti par un plongeon quasi infinitésimal dans un lieu Autre détaché de tout impératif imaginaire des formes. Le paradoxe de la docte ignorance , non pas une inconnaissance radicale mais une connaissance qui advient dès lors que l’on pourrait en venir à renoncer à tout savoir, non sans calcul cependant. C’est le position théologique négative qui récuse l’idolâtrie spéculative de la théologie positive pour un abord direct par les catégories précisément incommensurable de l’Autre.
Compte tenu de la position prégaliléenne de de Cuze, nous ne pouvons suivre Hiltenbrand qu’au titre de quelque chose qui a à voir avec le sujet épistémique.
“ce projet nous intéresse nous, analystes, dans la mesure où la structure mise en place, mais la structure seulement, bien entendu, concerne et définit l’expérience de l’analyse, à savoir, le rapport du sujet au grand Autre inconscient, ce rapport étant médiatisé dans une formalisation du savoir, lui-même conditionné par l’amour.”
Alors bien sûr on retrouve (!) ici le principe négatif comme premier point de re-connaissance
« …il est manifeste, dès lors, comment les négations sont vraies et les affirmations insuffisantes en théologie ».
De Cuze essaie donc de penser le concept d’infini comme propriété de l’UN dans l’Autre avant toute “restriction” à une multiplicité sensible. L’audace est d’essayer de penser depuis le Principe, mais loin d’ouvrir à l’ineffable, la mystique risque alors un calcul proprement inouï. Et le nombre vient ici mettre en lumière le rapport algébrique des choses en mouvement, ce qui nécessite une définition à venir du nombre même, ce qui suppose un degré Autre d’intelligibilité du Chaos, un Ordre transcendant nullement déductible d’un calcul pratique. Le nombre comme principe général d’intelligibilité suppose quelque chose d’une astreinte nombrée de l’Autre dans sa création, mais suppose aussi un théorie du nombre en attente. Il y a une visée possible qui dépasse la réduction cartésienne qui soit en attente de la coupure cantorienne. Faute du concept adéquat, il n’y a guère de possibilité que de traiter d’un calcul fini, bien que le travail de Leibniz (pour des considérations théologiques à développer comme chez Newton) pose la division intégrative au principe de l’intelligibilité du mouvement. Donc ce qu’il en est de la physique qui pose une série de nombres (constantes) au principe de ses calculs..
Il est vrai que le calcul théologique est toujours pris dans les paradoxes du trinitaire, sans grands moyens pour en établir une raison autre que cette merveille “le commencement qui sort du commencement”, tautologie mystique qui doit se conjoindre à une formule de principe “il est nécessaire à la philosophie de vomir tout ce qu’on obtient par l’imagination et le raisonnement”
Faute de pouvoir calculer l’infini De Cuze essaie de géométriser.entre droite et cercle, imaginaire des limites où le cercle s’ouvre à l’infini de la droite, l’Autre tangent en tout point du cercle...Peut on dire qu’il a pour autant l’intuition du différentiel? certainement parce qu’il ne s’intersse pas au local mais au développement hors vue, même s’il a l’idée de l’infini potentiel du fini, mais selon le saut qui passe du polyèdre au cercle, sans continuité. Il y a là la notion de limite comme réel, pourquoi pas de transfini. Le divin est dans ce saut hors calcul local en tout cas, mais qui fait l’UN hors localisation, donc de nature sans antécédent, mieux universel puisque le calcul infini est de facto hors localisation nominative imaginaire d’un Autre particulier. Il y a une tentative de formalisation du lieu de l’Autre hors hiérarchisation depuis quelque autre, quelque chose qui ne passerait pas par ISR
mais directement IR, ce qui pose une question formelle , celle du nombre dans son rapport à la lettre. Il y a une science calculable de l’Autre, auquel l’Autre est lui même soumis , du moins dès que quelque chose advient dans la réalité... Hiltenbrand note l’illumination de la docte ignorance alors que Nicolas revient de Constantinople d’un congrès de théologie , ce qu’il rapproche du rêve de Descartes, et donc qui rejoint l’intuition de Cantor dans la lettre à son père... la fissure dans le symbolique n’a pas toujours les mêmes conséquences, d’ailleurs si Dieu est inconscient, c’est bien au titre du rêve qu’il fissure l’imaginaire, invitant à réécrire le rapport symbolique puisque l’imaginaire second excède alors la représentation. Tout système symbolique vise à la scolastique dès lors qu’il récuse l’ouvert qu’il encadre.
« Des œuvres de Dieu, si nous avons quelque idée, nous la tirons du symbole et du miroir mathématique. Tout bien considéré, nous n’avons rien de certain dans notre science que notre mathématique. » Que Nicolas de Cuse puisse fonder sa spéculation sur ce référentiel a effectivement une allure très moderne, et hors le positionnement historique de l’affaire, reste à noter , pour nous, ce qu’il peut en être de la mathématique. Fondements des mathématiques d’une part, rapport de Freud, de Lacan aux mathématiques. La science se développe sur un refus, celui de l’à priori d’une réponse qui serait donnée une fois pour toute à l’intérieur d’un Texte, elle hystérise de la bonne façon, c’est à dire qu’elle cherche toujours au delà de la vérité atteinte, c’est à dire encore qu’elle se pose au delà de la structure fantasmatique qui vectorise son rapport insu à la vérité. La science aboutit ainsi à produire des savants, soit des sujets qui trouvent une sorte d’écriture supportable du réel, le savant localise une figure de la science autour d’un objet, mais la fréquentation de cet objet lui même demeure un ouvert, d’où sans doute l’effet subjectif de ce trou et la pente mystique voire délirante qui attend le savant revenu à parler non en nombre mais en lettre.
Pour reprendre les choses de manière plus précise, le champ mathématique se voudrait selon Hilbert parfaitement hors sujet, ce que conteste formellement Gödel, non sans produire le paradoxe du bouclage scolastique. D’ailleurs le champ mathématique est assez complexe pour décourager les explorateurs de limites. Ainsi la consistance de l’Autre va puiser dans le nombre sa meilleure preuve . Et la théorie des ensemble va se formuler comme le développement logique et complet d’une axiomatique, sans qu’il soit possible de démontrer la consistance du système à partir de son axiomatique. On se retrouve dans la conjoncture aussi de plus ou moins un axiome, où nous retrouvons Cantor qui vit subjectivement ce paradoxe de l’existence du sujet comme en rapport direct avec l’indécidabilité en terme d’un signifiant ordonnant l’ensemble. Retenons aussi que la scolastique lacanienne pense selon divers axiomes comme celui de l’incomplétude de l’Autre ou celui de l’inexistence d’un Autre de l’Autre, ce qui fonctionne strictement comme le théorème de Gödel dans le champ formel. Après tout, rien ne semble obliger la parole à régler le commerce humain, dès lors que la techno-science peut apporter les objets de plaisir nécessaires au comblement de la demande imaginaire, quitte à produire en même temps un certain nombre de trous réels, appel à une jouissance thanatique dont l’espace sécuritaire doit maintenir l’extension. L’équilibre instable entre un montage pervers et l’effet forclusif du discours capitaliste se poursuit selon une pente globalement destructrice, la mondialisation comme marchandisation spectaculaire de tous les objets du monde. Si le discours de la science a pu surgir d’un question métaphysique sur la négativité de l’Autre, son développement s’est mis au service d’un discours binaire (Il y aurait beaucoup à dire ici sur la question de la Reforme, l’hérésie luthérienne, et quelque chose de la science baroque...). Cela tient pour part au déclin de l’enseignement de la théologie et de la métaphysique en faculté des sciences, l’idée de vouloir y introduire en place la psychanalyse semble avoir surtout contribué à renforcer l’opérateur millerien de capitalisation du discours psychanalytique, alibi au neuro-cognitivisme qui instruit le soin d’un parlêtre réduit à son encrage moïque paranoïaque, pour lequel il y a mise en continuité des consistances et du même coup la revendication universelle de singularités qui organise leur monde comme savoir de la vérité, vérité du savoir. Le sexuel entre bien entendu dans ce meilleur des mondes absolu et non plus possible, de sorte qu’il ne reste plus que la mort comme excentricité. C’est d’ailleurs sur ce point que se construit l’espace temps du sujet moderne, depuis l’horizon indépassé du camp.
La connaissance d’un savoir opère un universel de vérité, celle du Dieu obscur qu’interroge donc la théologie négative, il n’y a pas d’Autre de l’Autre, ça lui donne de l’appétit
celui de se nourrir d’une forclusion qui porte justement sur le discontinu d’entre deux signifiants que lisse l’imaginaire, rendant l’objet topologique à son statut d’objet, collier subjectif de l’enchaînement normés des sujets
Le semblant d’un objet marchand universel porte dès lors la forme d’un lien social avant tout pervers, au service d’un grand intégrateur de service qui barre de sa face anonyme son absence au lieu de la vérité. C’est d’ailleurs une opération de cet ordre qui préside à l’ordinaire et le sujet supposé savoir y apparaît cette fois comme sachant. La tentation est sans doute alors de se faire conseiller du prince ne serait ce que pour soigner sa mélancolie, qui demeure au bord de l’intention d’un signifiant nouveau qui ne serait pas de l’ordre de la répétition imaginaire.L’imaginaire du nombre vise à la prophétie de la lettre sur le réel, défini alors comme nécessairement déchaîné. Il y a un discours idéologique de la béance qui fonctionne exactement comme un écran, renforcé par un jeu d’érudition relative, mais qui ne renvoie pas uniquement au texte de Lacan sur la situation de la psychanalyse, car il y a mise en jeu d’un effet de structure propre à la psychanalyse. La coupure Cantor mesure un autre mode de passe.