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Bergman

 

1944 tourments hets

 

le film est encore pris dans le réalisme mélodramatique et se sauve par le caractère presque surréel de l’intrigue, le professeur de latin est sans doute un pervers mais c’est surtout le mal comme ce qui vient révéler aux étudiants le retournement de l’idéal, d’ailleurs c’est un monde sans justice objective ou alors un monde clos dans les places, le jeune fille capturée psychiquement par le professeur mérite sans doute la mort qui la frappe d’autant que cette mort sauve l’étudiant à la fois de son destin prévu ou de son chemin handicapé par une affection hystérique, lorsqu’il s’éveille au monde à la fin on songe à Rastignac échappé de la logique binaire d’un univers chrétien et spiralé, magnifiques plans d’errance de l’être dans les plis de l’escalier central du lycée

 

 

 

1945 /1946  crise kris

 

1946 il pleut sur notre amour det regnar pâ vâr kârlek

 

1946 bateau pour les indes ou l’éternel mirage skepp till indialand

 

1947/ 1948 musique dans les ténèbres musik i môrker

 

1948 ville portuaire hamnstad

 

1949 la prison fangelse

 

1949 la soif törst

 

1949 / 1950 cela ne se produirait pas ici sant händer inte här

 

1950 vers la joie till glädje

 

l’impératif du désir traverse chaque scène, entre la passion amoureuse et la passion musicale, le héros d’ailleurs échoue dans ce double mouvement parmi des personnages qui sont dans un même rapport c’est à dire qui n’émettent aucune objection face à cet impératif qui est celui de la vie, celui de la musique, Stig Eriksson ne peut être qu’un second violon malgré tout, comme il va s’enliser dans une liaison sans articulation que le lien pervers avec un vieil époux, et il ne retrouve Martha que pour la perdre par accident, mais aucun pathos dans cette tension, à la fin la 9ème triomphe et envahit l’espace mental, ce qui n’est pas vécu est perdu, il s’agit d’être dans la logique du désir mais le semblant mine le sens du réel, la camera glisse entre les êtres, découvrant les couches de présence, les corps sont saisis dans une confrontation violente, l’émotion érotique efface la conjonction du malheur

 

 

1951 jeux d’été sommarlek

 

film musical mais cette fois c’est une danseuse qui revit un drame de jeunesse, son vieil oncle libidineux lui adresse le journal de son premier amant mort bêtement d’accident en fin d’été alors qu’ils venaient de vivre une passion folle et d’autant plus brillante que les corps étaient à l’acmé de leurs puissance, la danseuse vit dans l’actuel un autre amour qui est perturbé par la mémoire, c’est donc une sorte de catharsis a laquelle nous assistons car le visage de mort qu’elle croit devoir adopter s’effondre de lui même dans cette confrontation à la mort de l’amour et sous les coups de trois servants, l’oncle dont elle revoit en direct l’abjection, le clown triste qui lui montre le caractère fugace de l’existence, sur fond de marionnette lugubre, la fille étant justement le jouet du rite du spectacle, et son amour actuel qui lui impose le réel de ce présent, le drame qui brusquement surgit au milieu du film fait basculer la bluette un peu longue du côté d’un réel du désir

 

1952 l’attente des femmes kvinnors vântan

l’attente des femmes , elles attendent donc le retour des maris, occasion pour évoquer les aléas du couple poursuivi par le désir qui disjoint toujours l’attendu du continu, propos directs des êtres, en présence du mari et de l’amant, informer le premier, crise, pantomime rapide du faux suicide, enceinte d’un idéal, elle se retrouve seul dans son indifférence à la durée, mais l’épouse, les voici tous deux coincés dans un ascenseur ce qui est l’occasion d’un jeu de semblant qui dévoile l’extra-conjugal ordinaire, reste le jeune couple qui croire fuir en liberté et ne fait, sous l’oeil des autres, qu’effectuer le détour préalable à l’installation dans la vie ou du moins ce qu’il en reste, les séquences se suivent selon des rythmes variables, rapidité des scènes comiques ou cette séquence incroyable du cabaret parisien quasi incantatoire tandis que l’héroïne est entre l’accouchement et la souvenance nostalgique, et puis de longues séquences presque immobiles au ras de l’eau, tandis que monte la sidération du désir

 

c’est un film de ponctuations tout autant, les épisodes fonctionnant comme une même histoire sous des angles différents, Rakel sait ce qu’elle fait nécessairement entre ces deux hommes, construire un instant le jeu d’une présence une, la montée de la séduction de l’amant et aussi infondée que le désespoir du mari; c’est ce point d’incomplétude signifiante que vise explicitement le second épisode où Marta est entre la séduction fantomatique de l’ombre et la présence de la mort, mort du désir, désir de mort ou du mort, solitude radicale que rien ne peut rompre, fusse la rapide secousse qui n’unit rien ; l’épisode de Karin devient alors sinistre de ce savoir lugubre sur la perte, l’impossible du rapport, le triomphe du semblant, et tout se répète sans fin, Maj passe en barque devant la cabane de Rakel

 

 

1953 monika sommaren med monika

 

étrange combinatoire d’un rêve d’été et d’une sauvagerie sociale totale, dès que le sujet s’éloigne de la ville il retrouve cette fraicheur “naturelle” que souligne les plans suspendus sur les choses, la lumière venant de la mer et ce long plan où la barque part vers l’horizon, mais cette nature rousseauiste demeure menacée par la faim , et les deux scènes ponctuelles, celle du vagabond qui cherche à détruire de bateau et celle des bourgeois qui veulent livrer la fille à la police, sont là pour nous rappeler qu’il n’y a de fait aucun espoir, et d’ailleurs cet amour né au milieu des ruines sociales n’y survivra pas, d’autant qu’elle attend une fille, qu’ils doivent rentrer au port , en chemin ils croisent même ce qui doit être le chalutier des morts,  et qu’une fois installé dans le dit bonheur conjugal, il lui faudra travailler et elle s’ennuyer et se desintêresser de l’enfant, et rechercher un vieil amant, quelque chose d’extrêmement sauvage entre les êtres traverse tous les plans, le désir et l’été ne sont que parenthèses face au vide de la solitude de l’être; lorsque la petite parenthèse rousseauiste a fait long feu, la fille nous regarde longtemps et puis il y a les bruits de la ville, et puis lui nous regardera à son tour, son visage est plus heureux que celui de la fille direct, il semble croire encore à ces images de bonheur naturel, mais ce qu’il regarde c’est en fait le plan du début lorsqu’ils vont se croiser de manière fulgurante et un instant heureux

 

1953 la nuit des forains glyckarnas afton

 

les chariots en ombre signent la danse macabre, l’impossible de devenir humain, bourgeois, ordinaire, les roues s’enfoncent dans la terre humide, Fellini en visite chez Eisenstein, dans la petite ville, le vieux forain et sa petite écuyère vont réclamer des beaux costumes à d’autres minables théâtreux cette fois, rencontre des mondes du semblant, le gendarme chasse la parade, le vieux revoit sa femme qu’il a quitté pour la route mais elle ne veut plus de lui, gros, luisant, sale, épuisé, dans son médiocre confort, l’écuyère va baiser avec un acteur qui la roule d’un faux bijou, et vient au cirque ridiculiser le vieux, le temps passe, il rage , ne peut se tuer, tue le vieil ours, celui que montre la femme du clown, elle même moquée pat les soldats, nue, vieille aux yeux du corps de garde, les forains repartent vers leur nuit, seule lueur , le regard qu’échangent le vieux et sa danseuse, vivant

 

 

1954 une leçon d’amour en lektion i kârlek

 

1955 rêves de femmes kvinnodröm

 

ce film est sans doute une comédie ratée, deux femmes dans la mode, l’une mannequin, l’autre photographe sont confrontées aux mirages de l’amour, l’une quitte un compagnon trop collant pour le leurre d’un vieux consul qui la couvre de cadeaux pour s’illusionner sur sa vie et surtout pour rivaliser avec sa fille  issue d’une union où la mère devient folle, argent donc, l’autre femme court après un homme marié lâche et veule qui ne peut quitter sa femme riche, dans les deux cas la chute est une rencontre à trois, consul-mannequin-fille puis photographe-mari-femme, à chaque fois s’opère une remise en place réaliste de l’amour, peut être sont-elles soulagées in fine

 

 

 

1955 sourires d’une nuit d’été sommarnattens leende

 

 comédie donc qui se veut légère et donc sérieuse absolument, intrigue de farce qui se déplie et s’achève sur une règle connue, seul le désir dénoue l’imaginaire, un père a une jeune épouse vierge, un fils pasteur, une maîtresse actrice, l’épouse aime le pasteur, le pasteur la bonne, l’actrice le père mais elle un amant militaire, jaloux, menteur, menaçant, la mère de l’actrice réunit tout le monde y compris la femme du militaire qui semble très bien supporter l’infidélité systématique  de son époux, la mère propose un vin de vérité qui est le filtre de l’été, celui qui frappe du désir tout semblant, peu importe les recompositions finales de la comédie, ce n’est qu’étapes dans la course de chacun vers le rien, autant en rire dans l’explosion de l’été

 

 

1956 le septième sceau det sjunde inseglet

 

film culte s’il en est, pas une ride sur cette forme parfaite qui associe la puissance du questionnement de l’être à l’exubérance sauvage de la vie, sans cesse nous passons du drame, la peste, le supplice de la sorcière, les flagellants à la farce, le jeu des comédiens en abîme, l’épouse volage du forgeron d’ailleurs stupide, le chevalier dans la mort joue aux échecs avec la mort qui triche mais le chevalier s’en moque car il sauve le couple et l’enfant, le comédien halluciné qui voit la vierge, les anges et à la fin la dans macabre de ces ex amis, scène d’auberge, scène champêtre, fraises et crème, interrogations sur l’existence d’un Dieu , évidence du néant, cette impuissance de la mort qui ne sait rien à saisir la joie, le visage incarnée de la mort, le masque de la scène ou la face pourrie du cadavre n’y peuvent rien, l’homme a la beauté du printemps , c’est à lui à choisir la couleur de son destin

 

 

1957  les fraises sauvages smultronstâllet

 

Isak Borg est très vieux, très seul, très respectable, il pourrit dans le savoir et le devoir, et il lui prend fantaisie de se rendre en voiture à Lund où l’attend honneurs et tout la cérémonie qui va avec, avant de partir il rêve de manière très expressionniste et surréaliste de la mort , de sa mort, du fait qu’il est mort en cette vie depuis longtemps, avec lui dans ce road movie d’abord une belle fille d’abord distante , puis trois jeunes, puis un couple, il croise sa mère, personnage hors du temps, glaciale, et puis le temps se déplisse, il voit sa jeunesse et la scène des fraises sauvages autour de laquelle se joue la perte de son amour, mais cette rencontre froide avec le réel de sa bifurcation de vie ne va pas dans le sens du pathos, au contraire, tout cesse d’être sombre, l’érotisme traverse le temps dans l’éternel du présent, conduit par son amour éternel, le vieil homme aperçoit ses parents qui lui font signe depuis l’autre rive du Styx, tout cela est bien, hors le couple hystéro-cathologique qui souligne l’idéologie comme mort, la vie comme expression d’une féminité voluptueuse reflue du fond tragique vers la couleur des fleurs, l’émotion des scènes passées, comme quoi il aurait été possible de faire jouer Freud sur Proust

 

 

1958 /1959 au seuil de la vie nâra livet

 

1958 /1960 le visage ansiktet

 

1960 la source jungfrukâllan

 

à la limite de l’épopée, dans un lointain celtique où le christianisme primitif apparaît comme un impossible face à un monde de fureur ordinaire, la fille enceinte est rejetée et Odin sans doute met sur le chemin de sa soeur qui se rend toute belle à l’église trois brigands, qui la violent, la tuent , la volent pour se livrer sans le savoir entre les mains du père qui se vengent absolument comme chez les grecs pour finir par faire voeu d’église au lieu où jaillit la source sous le jeune cadavre, ce monde primaire et sauvage parcourt sa course avec une véhémence tranquille, le cinema russe n’est pas loin, mais les scènes se passent au printemps, non plus dans la boue des chemins d’hiver, au réveil vient aussi la mort

 

 

1960 l’oeil du diable djävulens oga

 

1961 a travers le miroir sâsom i en spegel

 

1962 les communiants nattvardsgästerna

 

sans doute film de liquidation du rapport à Dieu, monde austère perdu lointain où un pasteur sans foi est poursuivi par l’amour d’une institutrice eczemateuse et myope, face à une église de plus en plus vide et incapable d’aider un mélancolique délirante autrement qu’en lui faisant par de ses doutes pour le précipiter dans le suicide, aucun espoir autre que cette jouissance de rien qui alimente des êtres noyés dans le froid, visage frontal du prêtre qui s’adresse à Dieu, regard plus direct de la femme qui confesse les modalités de l’amour, cet effort ridiculisé pour remplacer la morte défunte, cette église vide de la fin exerce presque une forme de fascination, celle d’un rituel voué à la pure jouissance

 

 

1963 le silence tystnaden

 

l’univers vide est aussi un monde sans paroles, deux femmes, deux soeurs voyagent avec le petit enfant de l’une d’elles, l’arrêt dans un ville inconnue, dans un hôtel vide, il n’y a qu’un vieux serviteur disponible et incompréhensible et une troupe de nains, grands couleurs comme dans le shining et domestique comme chez Lynch, l’enfant erre dans ces lieux tandis que sa mère drague un type dans la ville après cette scène dans le music hall des nains où un couple fait l’amour, l’autre soeur est traductrice, tuberculeuse, alcoolique, tabagique, mourante hystériquement, elle surveille sa soeur qui la provoque de la seule chose dans elle dispose une sexualité primaire, elle sera abandonnée à la fin pour poursuivre le voyage qui semble être de se débarrasser de l’enfant, la machine hôtel semble se nourrir d’âmes errantes, il y a sans doute un fond de guerre, des chars, la banalité du monde

 

1964 toutes ces femmes for att inte tala om alla dessa kvinnor

 

1965 persona

 

en soi le film mériterait une étude distincte, qui tiendrait compte de la position de Bergman à ce moment, de ses représentations, des influences, des divers niveaux de lecture, car l’arrière fond métaphysique et politique est autant présent que l’aspect psychanalytique, au niveau de la forme les plans rapprochés sur les visages constituent une forme de tension de la relation, mais il y a aussi ces séquences soit d’actualité, le gosse deVarsovie, le bonze qui brûle, les morts , les scènes burlesques, la pellicule qui brûle, l’actrice est donc hystérique mutique et son infirmière bavarde, la malade exerce un tel attrait pour la cause du désir que l’autre s’y engouffre, actualisant sur ce corps une fantasmagorie sexuelle qui va fonctionner en acmé dès lors qu’il apparaît que la malade l’observe froidement comme elle fait de tout d’ailleurs, la confusion des personnes ouvre sur un aspect d’identification incarnée, un bascule d’un thérapeute l’autre, quant à la supposée solution finale elle demeure très potentielle

 

 

1967 stimulantia/ Daniel

 

1968 l’heure du loup vargtimmen

 

une île, l’île, un couple, l’île semble vide sauf d’eux, un enfant qui vient, et puis il peint, il dessine, il montre des personnages qui surgissent quand vient le temps des fantômes, des vampires, des cannibales, elle les voit aussi, et sur l’île il y a alors un château et tout bascule dans la folie de cet homme qui a connu une femme morte peut être, vampire sans doute, les fantômes viennent dans la lumière, une vieille femme sans âge, sensualité de vieillesse, un enfant vampire qu’il faut tuer, noyer, la femme linceuil au milieu des autres, l’épouse ne peut le sauver, il lui tire dessus et s’enfuit se faire dévorer par les spectres

 

 

 1968 la honte skammen

 

une île toujours, un couple toujours, musiciens réduits à la paysannerie par fait de guerre, deux camps et eux au milieu, la fracture des conflits dans leur intimité, tous ces corps morts, même un enfant, celui qu’elle n’aura jamais, les civils ont toujours tors, ils sont d’un camp l’autre, exposés au bon plaisir du droit variable, interrogatoire, le chef est une relation ancienne qui abuse de la femme dans le silence du mari, qui finit par le tuer sur ordre de l’autre camp, la lumière est au ras du sol défait, ils fuient à travers les cendres, il tue encore, un bateau mais le pilote les abandonne, les voilà immobilisés par des cadavres de soldats qui flottent, la barque seule, perdue, elle a dû rêver, même le violon précieux est détruit

 

1969 le rite riten

 

Le rite se rapproche justement des corps , au ras des visages et pose une question étrange, que veut un homme, que veut il savoir quand il interroge ce que peuvent faire ensemble un homme, sa femme et l’amant de celle ci, comment entrer dans cet accord possible, toujours au bord du gouffre mais nullement au titre de la scène bourgeoise, ses trahisons, ses jalousies, car qui pose cette question ne peut assister qu’au rituel qui organise sa propre mort

 

 

1969 une passion en passion

 

1969 fârödokument

 

1971 le lien the touch ou beroringen

 

1973 cris et chuchotements viskeningar och rop

 

huit clos cet fois ouvert sur la mort, trois (quatre) femmes accompagnent l’une d’entre elles vers la mort, à la fois le nécessaire du lien, le geste vers le corps qui commence à pourrir et le bruissement des souvenirs d’enfance, lumière printanière qui contraste avec la violence du rouge puis du noir qui envahit l’espace, la morte finira par revenir entre rêve et paranormal pour exiger une compagne de mort pour affronter l’horreur de l’être qui s’efface après le corps, certes l’atmosphère est plein de l’horreur protestante, la peste religieuse, le deux survivantes un instant se touchent, se parlent, se perdent, pour pouvoir mieux signifier le mensonge de tout lien amoureux ou familial, quant à la bonne elle est proprement jetée dehors, il faut dire qu’elle demeure amoureuse de la morte, dans les effets de mémoire il y a des jalousies d’enfants, une mère idéalisée, des images de brume, des crépuscules évidents, un amant médecin pour une qui a l’air un peu plus vivante, une autre qui se mutile de sexe pour répondre à l’assaut de son époux, des variations de calme froid et de passages à l’acte sauvage, ici on ne meurt pas mais on crève, et la piéta est plutôt nécrologique

 

 

1973 scènes de la vie conjuguale  scener ur ett äktenskap

 

Bergman semble brusquement sortir d’un référentiel culturel, historique, mythique, religieux pour plonger dans un quotidien ordinaire, celui de la vie d’un couple moderne, certes ce n’est pas n’importe quel couple même si le linéaire du récit est lui ordinaire, la différence tient au dialogue, c’est le passage d’une position de silence convenu, de positionnement affirmé qui vient , un soir, se briser sur la rencontre amicale d’un autre couple qui depuis longtemps a hystérisé le non rapport, le mari donc quitte sa femme, mais rien n’est simple puisque s’ils se jettent à la figure une série de petits méfaits existentiels qui font partie du semblant , ils se trouvent d’autant attirés l’un par l’autre, et lorsqu’ils ont chacun constitué des couples distincts, ils peuvent se retrouver ou se trouver pour de bon, c’est une sorte de thérapie de couple dans le fond optimiste puisqu’elle suppose le rapport et donc finalement toujours l’arrière fond d’un Autre qui suit tout ça avec attention

 

 

1975 la flûte enchantée trollflöjten

 

il faudrait sans doute bien connaître l’opéra pour mesurer le travail sur le livret, mais cet opus relève d’un genre assez curieux, le cinéaste à l’opéra, le jeu de la camera se rapproche des visages mais ce sont des chanteurs, ce qui n’est pas toujours du meilleur effet , alors il reste quelque chose du décor, la rencontre entre une féérie maçonnique et un théatre sans doute d’enfant, d’où ces figurines jouets et ces diablotins , seule la reine de la nuit implique une certaine dramaturgie , l’ensemble est dans le fond un peu vieillot et en même temps en rupture avec le fil antérieur des oeuvres

 

 

1976 face à face ansikle mot ansikte

 

1977 l’oeuf du serpent das schlangenei

 

1978 sonate d’automne herbstsonat

 

la musique est le troisième terme de cette rencontre mère fille, Bergman- Ullmann, d’une femme l’autre et le chef d’orchestre et dans le fond la question très clinique de ce qui se passe réellement entre mère et fille, parents et enfants, la forme ici développe l’indifférence, la haine, le semblant, la capture infinie dans un combat sans borne, dès que l’on quitte le domaine radieux des conventions de place, l’enfer de la passion s’ouvre, il est vrai que la mère et son handicapée, la fille et son enfant mort, le religion encore, le paysage en tout point magnifique mais que l’on ne voit pas, l’extraordinaire leçon de piano sur un prélude de Chopin, tout ce qui du quotidien de l’amour rend impossible la création

 

 

1979 mon ile färö färödokument

 

1980 de la vie des marionnettes aus dem leben der marionetten

 

quelque du réel de l’action vient ici constituer le point central d’une fiction policière et psychologique qui enveloppe l’avant et l’après d’un meurtre, un homme rêve de tuer sa femme mais c’est finalement une prostituée qu’il étrangle puis sodomise morte, ce déplacement s’accompagne d’autres séquences emboîtées, l’homme s’adresse à un ami psy qui est plus ou moins l’amant de sa femme , le psy prévient la femme qui vient au cabinet, refuse le sexe, l’homme caché dans un coin assiste à la scène, de plus la prostituée a été fournie à l’homme par l’assistant homosexuel de sa femme , cet assistant est de fait amoureux de l’homme, ce qui est inhabituel chez Bergman, c’est que les dialogues multiples vont tourner autour d’une scène de meurtre qui semble filmée caméra à l’épaule, cet indistinct du réel autour de quoi tourne la parole, que la prostituée porte le prénom de la femme accentue l’illusion de précipitation causale qui est sans doute plus proche du fantasme Lulu, d’ailleurs le changement de pellicule, les incessants plans de reprise autour de la scène de crime, les glissements fantasmatiques des personnages, tout ceci converge vers une structure inconsciente, une séance d’analyse,  de sorte que le diagnostic clinique est visiblement impossible, le meurtre de soi est légitime comme seule réalité spéculaire

 

1982 fanny et alexandre fanny och alexander

 

On peut supposer que si Bergman préférait la version de cinq heures, c’est qu’il avait quelque raison, en tout cas celle de trois heures est déjà assez étonnante, un film monde qui est certes plongé dans l’enfance mais surtout un travail sur la matière filmique comme totalité, il y a deux mondes , celui de la bourgeoisie riche, jouisseuse, autour d’un incroyable repas de noël , et un monde luthérien sectaire et sadique, d’un monde à l’autre il y a le désir d’une femme pour deux hommes, et deux enfants qui suivent ce voyage, mais ce n’est pas un film réaliste, puisqu’entre les deux il y a une féérie, des fantômes, des magies, si le père meurt c’est en jouant le fantôme du père, ce qu’il devient jusqu’à ce que le fils le congédie pour d’ailleurs le remplacer par le spectre du prêtre, partout des théâtres, celui des figurines, celui de la famille, celui des marionnettes de l’amant de la grand mère, et puis cinema dans le cinema la lanterne magique, après la scène réaliste de la punition, du fouet, il y a l’enlèvement magique des enfants qui se retrouvent non plus jetés dans la rivière comme les autres du premier lit, mais plongés dans le décor sans fond d’une boutique d’antiquaire et caché au fond derrière des grilles un être presque fantomatique aux pouvoirs terribles qui permet sans doute la combustion du prêtre méchant, et toute une série d’intrigues secondaires, l’oncle priapique et ses deux femmes, l’oncle pétomane, la grand mère qui cause avec son fils mort, préférant la féérie à toute réalité, le monde glisse sans fin vers sa chute, tous bientôt morts, peut être fantômes errants comme déjà ceux du septième sceau

 

1984 après la répétition effer repetitionen

 

 longtemps un montage de pièce,après Bergman donc , la pièce s’est effacée ou s’efface dans la vision serrée des acteurs filmés, la même proximité ou une proximité plus grande toujours, ce long discours qu’il faudrait tenir , pouvoir tenir, à propos justement de l’acteur, du corps de l’acteur, de son pouvoir, de sa nécessité

 

1985 les deux bienheureux

 

1985 document sur le tournage de fanny et alexandre

 

1986 le visage de karin 

 

1998 en présence d’un clown larmar och gor sigtill

 

sans doute le vieux maître mais l’ignorance de son théatre est tellement grande, donc il ne cède pas, les démons sont ceux de la folie, l’enfance, les morts, la violence du social, un homme asilé écoute Schubert, le psy arrive, il cache le disque, fait semblant de lire le journal, il interroge sur le sexe siphilitique de Schubert, le psy répond bêtement que ça coule, il veut inventer le cinema parlant, un autre fou swedenborgien arrive, ils vont faire affaire avec leurs compagnes amoureuses de ces vieux fous illuminés, et puis il y a le clown, une femme qui le suit, le regarde, l’excite sexuellement, la pellicule devient spectrale, visage de la mort sans doute, enfin il y a la desciption de l’asile du temps de Freud, il y a même Bergman dans un couloir, et ce cinema doublé en direct, un theatre de voix sur des images muettes et puis tout brûle, c’est fini, ils essaient une dernière fois de jouer en corps, cet amour de Schubert supposé pour une prostituée, voilà c’est fini le rideau tombe sur les vieux comédiens épuisés, mais l’attachement demeure sans doute au delà de la mort, l’@-mur, heureux l’homme qui peut dire qu’il a oeuvré en passion

 

 

2003 saraband

 

le final pour de bon, cette fois, le vieil homme seul, agressif, n’acceptant pas, son ex , une ex qui vient le voir parce qu’elle classe des photos, plus bas au bord du lac, le fils , lamentable, génial, humilié qui garde prisonnier sa propre fille à travers la musique, toujours présente d’un bout à l’autre de l’oeuvre comme une grande onde de folie et de calme, violoncelle, orgue, Bach, la voix de dieu dans la rivalité des hommes, le vieux père veut posséder le fils jusqu’au bout, le punir d’être aimé, doué, gentil, la fille se sauve, l’ex aussi, le fils essaie de mourir, comprimés et rasoir, la seule chose conséquente à faire, ce que le père ne pourrait faire , lui qui est dans la terreur de la faucheuse qui vient dans ce paysage sublime

 

1945 /1946  crise kris

 

1946 il pleut sur notre amour det regnar pâ vâr kârlek

 

1946 bateau pour les indes ou l’éternel mirage skepp till indialand

 

1947/ 1948 musique dans les ténèbres musik i môrker

 

1948 ville portuaire hamnstad

 

1949 la prison fangelse

 

1949 la soif törst

 

1949 / 1950 cela ne se produirait pas ici sant händer inte här

 

1954 une leçon d’amour en lektion i kârlek

 

1958 /1959 au seuil de la vie nâra live

 

1958 /1960 le visage ansiktet

 

1960 l’oeil du diable djävulens oga

 

1961 a travers le miroir sâsom i en spegel

 

1964 toutes ces femmes for att inte tala om alla dessa kvinnor

 

1967 stimulantia/ Daniel

 

1969 une passion en passion

 

1969 fârödokument

 

1971 le lien the touch ou beroringen

 

1976 face à face ansikle mot ansikte

 

1977 l’oeuf du serpent das schlangenei

 

1979 mon ile färö färödokument

 

1985 les deux bienheureux

 

1985 document sur le tournage de fanny et alexandre

 

1986 le visage de karin 

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