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Blake isn t blake

Blake isn’t blake

 

William Blake  fut donc poète et illustrateur, certes un peu traversé toute sa vie par des visions bibliques qui lui imposaient une expression très particulière noyée dans des modalités archaïques, originaires. Il semble avoir réussi à préserver plus ou moins son existence des dérives psychiques grâce à son combat avec la plaque de cuivre. Après tout son imaginaire semble s’inscrire dans une tradition hermétique qui a un pied chez les bardes, un autre dans l’alchimie rose croix. Le tout au service au service d’une inspiration libératrice destinée à libérer les pauvres parlêtres modernes de leurs chaînes scientifiques. Il s’agit de se souvenir de ce qui toujours fut déjà là

« Chaque maison est une tanière, chaque homme est enchaîné. Les ombres sont remplies de spectres et les fenêtres sont fermées d’une toile de malédictions en fer. Sur les portes on a écrit « Tu ne dois pas » et sur les cheminées « Crains ». Les habitants de la ville marchent lourdement, le cou entouré de liens de fer fixés dans les murs, ceux des faubourgs ont des entraves de plomb; ceux des campagnes ont les os ramollis et courbés. »

« Pour purifier le visage de mon esprit par l’examen de moi-même, pour me baigner dans les eaux de vie, pour enlever de moi le non-humain, je viens dans l’anéantissement de moi-même et la grandeur de l’Inspiration, pour rejeter la démonstration rationnelle par la foi en le Sauveur, pour rejeter les haillons corrompus de la Mémoire à l’aide de l’Inspiration, pour rejeter Bacon, Locke et Newton des vêtements d’Albion, pour lui enlever ses vêtements souillés et le revêtir d’Imagination, pour écarter de la poésie tout ce qui n’est pas l’Inspiration (...) pour rejeter le questionneur idiot qui pose toujours des questions sans jamais pouvoir répondre, (...) qui publie le doute et l’appelle la connaissance, dont la science est le désespoir, dont la prétention à la science est l’envie, dont toute la science consiste à détruire la sagesse des âges, afin de satisfaire l’envie dévorante qui fait rage autour d’elle comme un loup sans repos jour et nuit. Il sourit avec condescendance; il parle de bienveillance et de vertu, il les tue à tout moment. Lui et ses pareils sont les destructeurs de Jérusalem. » 

Mais Blake ne se veut nullement poète plus ou moins mystique c’est à dire producteur d’une sorte d’effusion vague, il est le scripteur méticuleux d’une expérience, ce qui le range aussitôt dans un champ de connaissance clinique même si le jeu métaphorique demeure indexé à une certaine mystique

« Si les portes de la perception étaient nettoyées, toutes choses apparaîtraient à l’homme comme elles sont, infinies. Car l’homme s’est emprisonné lui-même, si bien qu’il voit tout par les fissures étroites de sa caverne. »

Il s’agit d’apprendre à voir ce qui est à travers une expérience brûlante qui libère de la mort des sens pour un ouvert de jouissance

« Les portes du mariage sont ouvertes, et les prêtres couverts d’écailles bruissantes se précipitent dans des fourrés de reptiles, se cachent devant les flammes d’Orc qui jouent tout autour des toits d’or en tourbillons de désir ardent, laissant les esprits féminins nus et enflammés des passions de jeunesse. »

Un terme de jouissance triomphante surgit ainsi comme réunion réelle des contraires . Toute la réalité s’en trouve transcendée par la révélation de son sens réel qui est la nature inversée de ce qui pourrait se dire du monde, le tout selon la conviction que le monde est advenue au terme de ses contradictions. Nous sommes dans une métaphysique où des archétypes s’épuisent à parcourir les diverses composantes de leurs formes jusqu’au terme absolu qui correspond à la destruction de ce qui est pour ce qui en est l’essence

« Tout ce qui peut être créé peut être anéanti; les formes ne le peuvent pas. Le chêne est coupé par la hache, l’agneau tombe sous le couteau, mais les formes éternelles existent à jamais. » 

La lutte des termes d’opposition cesse au lieu d’une lutte finale mystique et apocalyptique, romantisme noir dont on connaît le parfum et les actes et auquel l’interprétation cherche à conduire les poètes pour peu qu’ils adviennent au travail réel de la langue. Après tout plus que l’histoire de l’hystérie , il conviendrait d’écrire l’histoire de la folie pour y noter les résistants Holderlin, Celan, Artaud... Blake

Tout chez Blake pourrait ainsi virer au sens, se prêter à quelque construction plus ou moins poétiquement légitimée, du moins si nous tenons le poème à distance de ce qui serait un abord un peu précis des phénomènes ainsi exprimés , c’est à dire à l’encontre s’en tenir à ce à quoi Blake a à faire et qui ferait le trait un de son cas.

Ce serait donc se tenir à la lettre du poème qui, loin de chercher à traduire l’exactitude de quelque vision, voudrait construire non un univers délirant mais la condition d’un univers possible à savoir un nouage qui fasse de l’un avec du vide, plus exactement qui pourrait joycer l’errance des consistances d’un sinthome .

Blake se débrouille à sa façon, de manière très concrète puisqu’il s’efforce d’inscrire la lettre du poème dans la plaque de cuivre et donc d’écrire alors le poème strictement en miroir. Mais c’est sans doute déjà envisager les choses du point de vue du résultat puisqu’il faudrait pouvoir lire ce qu’il en est des modalités du dénouage.

En tout cas on pourrait dire que si Schreber consacre son existence à sauver le monde de la disparition par un flux imaginaire où son corps s’offre à l’Autre plus ou moins déliquescent, Blake va oeuvrer plus avant puisqu’il va chercher à tracer la lettre d’un monde possible dont il constate le cycle mort-résurrection, pour un même principe d’ailleurs de renaissance d’un être nouveau

Ce n’est qu’au bout d’un terme apocalyptique que quelque chose de mort pourra advenir à la vie, depuis un point mélancolique cliniquement attestable à l’orée de tout processus psychotique mais dont l’expression varie selon RSI, non sans impliquer à chaque fois le corps dans son in-différence sexuée ou son apparence désarrimée.

A ceci se rattachent quelques principes de base dans la psychanalyse des psychoses portant sur les coordonnées cliniques mort du sujet, transsexualisme, frigolisme, portant sur le signifiant du dénouage et l’opération sinthomatique délirante qui passe par un transfert d’écriture.

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