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Andromaque de Racine-Donnellan

Andromaque de Racine-Donnellan

 

Il est des moments de grâce absolue qui laisse espérer encore à la présence des dieux, la bienveillance du verbe descendu dans les coeurs oublieux de la violence du réel. L’Andromaque de Declan Donnellan est de cet ordre. Xavier Boiffier, Camille Cayol, Christophe Grégoire, Camille Japy font éclater le sublime d’une langue d’une précision absolue, d’un sens clinique incroyable. Corps montés en des formes royales et parcourus de soubresauts, telle la violence du désir qui les pousse à articuler l’implacable condition de l’homme. La cadre formel des impératifs de la parole donnée entraîne une nécessité certes mortelle mais sans que rien jamais ne cède à ce qui fait le compromis ordinaire des passions. La lente montée de la tension du vivre est dominée par le choc d’Andromaque et de Pyrrhus qui manifestent l’éclat du vrai amour où les corps sont pris dans la tempête de la présence des autres, où les impératifs moraux sont abattus devant ceux d’une éthique du réel vis à vis de laquelle la vérité ne passe point par le calme distant des morts vivants ou le surf irritatif des consommateurs . Les corps ne peuvent se toucher qu’au prix d’un extrême mortel. Puis Andromaque ayant solutionné logiquement son conflit interne, le couple Oreste Hermione peut à son tour être pris dans la tempête et cette fois hors de tout cadre institué. Il n’y a point  pour eux de final même tragique. La folie d’Oreste éclate alors sans aucun écart. L’homme qui a voulu savoir ce que désire une femme se trouve embarqué dans l’espace déchaîné de sa question. Il n’y a point de paix après le viol de la Loi, comme dans le texte antique. Les portes ouvertes ne peuvent plus se refermer, non au titre de la vengeance qui crie à la vengeance mais bien parce qu’il ne peut plus y avoir de commune mesure aux passions dégagées.

 

Oui les fils portent l’implacable malheur déclenché par les pères, oui le meurtre d’âme poursuit les fils des fureurs effrayantes qui font destin

 

nous nous mettons à rêver à partir de fragments, Roméo et Juliette pour le Ballet de Bolshoï

 

Boris Godunoff

twelfth Night

Noite de Reis

Othello

Noche  de reyes

Cymbeline

angels in america

Il serait temps d’en venir à Barthes qui pose l’actualité de Racine au titre de la transparence, ce rien à dire qui fait tout, sorte d’ordre critique absolu d’imposer un point zéro de lecture, à condition dit-il de maintenir aussi un sens tremblé qui emporte donc le langage lui même. Mais déjà la question vient de Barthes lecteur de Racine, tout comme  celle du psychanalyste lecteur du même. De quelle lecture s’agit il? elle est après tout dans un temps déjà lointain, toujours proche, l’invasion des espaces culturels autour d’un lieu central, unique, intemporel, voué au culte du réel déchaîné, loin donc de tout réalisme, de toute référence antique ou moderne, un lieu de parole donc où la violence du dire s’oppose à la mise au silence qui nie l’existence au profit d’un agir automatique, loin encore de toute psychologie par nature explicative et normative, car il s’agit d’être au coeur tremblant de la structure là où la thématique tragique se déploie dans un étant sans contrainte, le temps du poème qui déchire la chair méticuleusement, ne laissant aucun vivre détaché de cela, qui serait vivre à l’ordinaire névrotique et bourgeois, même avec quelques lueurs justement spectaculaires, et sans doute que Racine est traité comme une comédie de boulevard, sans côté comique dès lors qu’il s’agit de croire incarner des personnages plutôt que des instances psychiques, car le moi s’y défait et le bouleversement devrait y être aussi radical que pouvait le souhaiter Genet. Les corps se rencontrent comme des coups, déterminés par l’envoutement des erres sur lignes de force embarquées, aux limites de la dissociation, et des identités, là où le fantasme comme schème de l’origine prend l’allure rituelle d’un surgissement qui n’est que répétition sans s’y épuiser jamais , sauf à franchir le seuil polysémique. Chercher en l’autre la figure absolue qui répond de ce jeu, l’ombre ultime déposée sur le relief de la chose. Nous sommes dans l’indice à quoi se résume absolument la forme.

 

l’ombre est première et ne cède pas à la lumière autrement que comme traversée de séquences lumineuses. La pire défense serait alors de référer à un jeu de lumière éclatant qui volerait l’obscur à sa dimension érotique nécessaire au profit du pornographique de l’exposition. Il faut voir certes mais depuis une orbite vide

 

la guérison vient de l’Autre, être réduit à la cécité ordinaire du parlêtre. 

Mais le lieu du fantasme ne peut se déployer sans une forme contrainte de situation aux paradoxes soit disant implacable, aimer une captive qui ne vous aime pas et plus vous hait d’être la cause directe de sa ruine, voué dès lors à être le seul amant possible meurtrier, car il s’agit de jouissance et non d’amour, nécessairement paranoïaque, c’est à dire organisé pour effacer le réel.

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