anatomie du vampire
Le sang frappait la paroi de la carotide en un mélange d’émotion et sans doute d’effroi, elle n’avait cessé de l’appeler dans ses rêves, il venait de plus loin que la mort, sauvage et extrêmement raffiné, l’amoureux idéal mais froid, l’amour mort, l’amour du mort, les dents pointues s’enfoncent et le sang s’écoule, la scène se reproduit plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle meurt, elle ne doit pas prononcer le nom du vampire, ni même le mot sang qui viendrait contaminer toutes les choses, pluie de sang, larmes de sang
l’interdit sur la parole est la puissance même du dormeur, il se nourrit du silence et du bloc compact des sensation Les vampires existent en proportion de la léthargie engendrée. Part d’ombre vouée à disparaître mais la lumière n’est pas appelée, au creux de cet érotisme nocturne et tombal. Elle refuse les noces printanières pour s’offrir à la morsure du veuf de l’être, celui qui interdit la distinction sémantique, la force du concept.
Bref le stryge se jette au cou juvénile pour couper la vie à la racine, depuis toujours, sans épuiser cependant le mode de jouissance sexué
Elle se livre ainsi à chaque menstrue pour nourrir le mort, toute naissance est un refus, puis devient vampire à son tour, entraînant l’homme dans un même désir effrayé. Les talons frappent le sol comme un cri pour l’homme perdu dans les ruelles sombres, désir de mort et mourir de plaisir
Il y a longtemps, un homme, une femme, marqués de quelque peste furent jetés encore vifs à la fosse. Plus tard d’autres subirent le même sort et on découvrit alors que les premiers avaient bougé, prêt à surgir, porteur de vengeance et d’épidémie. On en vint à supposer des peuples sanguinaires morts vivant. On en vint aux charniers innombrables, en vain
le cadavre se refuse à mourir malgré la loi qui le maudit, il vient ainsi comme retour de la vie alors refusée
Le sang jaillit avec l’os du mort qu’il blanchit d’une menace souveraine, ce sang qui s’épuise au creux des vivants et devrait donc être saisi chez les vifs afin de perpétuer éternellement l’existence. Quelques sujets psychotiques d’allure historique font versant réel à cet imaginaire nocturne effrayant. La modernité les saisit comme fiction filmée, découvrant une sorte de métaphore du pouvoir aveugle qui entretient le peuple comme du bétail pour sa survie. Ce qui opérait dans l’ombre des damnés chassé par la lumière de la religion peut désormais vivre en plein jour, depuis la logique des camps et ses montagnes de cadavres dépecés.
Le réel surgit à chaque pas puisque la loi est réduite à la règle et que la biologie devient marchandise, le rapport au corps de l’autre n’est plus que prédation, la sexualité s’efface dans l’indifférence du genre et le modèle du sexe anonyme sidéen fonctionne comme paradigme du rapport. La marchandise en produit l’assomption morbide, offrant des séries infinies de meurtres télévisuels perdues dans le détail anatomique médico-légal . Le corps n’existe plus que comme réel du cadavre. Et le vivant n’existe plus que comme cadavre bionique en puissance dont il faudrait soigner la pure image désormais sans reflet. Si le vampire sanglant, le tueur psychopathe est la norme, un pas est franchi bien au delà de quelque version puritaine de l’affaire qui voudrait éviter à l’adolescent l’appel de la chair, car la logique sexuée suppose l’articulation du phallus. Le glissement du réel fictif dans l’existence quotidienne se mesure alors au débordement du vampire local nommé de la période pré nazi à la série anonyme sans fin de la frontière mexicaine et parallèle au trafic de l’objet drogue comme paradigme absolu de la marchandise.
« Et quand il eut dépassé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre. » les fantômes deviennent l’ordinaire du parlêtre, déjà saigné ou se faisant ombre afin de préserver sa petite existence moutonnière, tout , y compris le boucher, pour éviter la passion d’un réel, car il n’y a qu’un pas pour rencontrer la chose autour de quoi tourne la pulsion dans sa forme primaire, le lieu du signifiant primaire qui désigne la chose comme objet articulable au langage. Le phobique en sait bien quelque chose lui dont l’autisme langagier résiste à la parlote, carrefour pétrifié où se croise le père d’Oedipe, la calèche du vampire, l’ouvert du sinthome