Amour, gloire et beauté
La version moderne du slogan pétainiste varie selon les sources, par exemple entre le Fouquet’s et le yacht maltais , travail, ordre et nation, l’histoire est prise d’un étrange OK qui renvoie sa consistance aux notions fort orwelliennes d’une pacification de la mémoire par une relecture permanente et scrupuleuse du passé en fonction du futur.
Mais le tout semble pris entre les effets gueule de bois d’un show télévisé et le très vague souvenir de la consistance des discours. Les témoins, chacun à leur manière, surgissent de ce fond opaque, soit pour un sourire final
en famille, soit pour murmurer, au bord de la tombe, murmurer des souvenirs et des concepts qui ne sont plus de saison, oubliés, gommés, perdus. Les témoins eux mêmes sont pris entre l’égarement et ce regard final des oeuvres de Picasso.
Il vaut mieux fermer les yeux et profiter du spectacle
Que la fête commence donc. D’abord convoquons quelques ombres, pour faire surgir un cadre d’allure antique, des personnages saisis dans le bronze ou l’acier, un peu surpris d’être ainsi à l’honneur, face à tout ce vide
ils se tournent cependant vers nous, les orbites vides sans aucun souci du détail, cette vision dénudée et brutale qui traverse les apparences.
Encore un pas de côté pour cibler cette fois une image de départ
le gros bonhomme derrière la grille aux allures de clochard nous fait signe, il semble vouloir nous dire quelque chose, il ne demande rien, il veut au contraire nous offrir quelque chose, un collage fait de morceaux divers ramassés, c’est assez étrange, il n’a l’air ni triste, ni joyeux, il est là, il s’adresse sans ombre, il nous explique qu’il a fabriqué ce truc pour nous du temps où il était enfermé pour diverses exactions terroristes
un enfant est sans doute mort, il porte au front une tâche de sang, à moins qu’il ne s’agisse de la première épouse tuée par sa propre famille, il est toujours question d’un nouveau montage qui cherche à éliminer la force des images, ne pas montrer l’homosexualité du prince et du poète, les animaux sacrifiés dans les églises, l’Arménie envahie,
il cherche des objets perdus pour les mettre en forme, ne pas rester dans les contraintes d’un art, chercher toujours ailleurs ce qui bouleverse les lignes de construction, les différences de localisation, rechercher le souvenir qui flanche dans la mise en paix du temps, le chapeau des dames et les poupées de couleurs, les notes de l’enfant au violon, l’honneur des musiciens massacrés, avant tout construire des images et peut être alors en venir à les filmer, en montrer l’hors cadre, une boîte d’enfance où il est possible de se cacher, être sensible aux sortilèges, être digne de Duchamp, mais selon la ligne de l’impossible musée, comme Pasolini toujours captif du début pictural, couleur du sentiment
, ne sombrer ni dans le mysticisme, ni dans la crapulerie, balayer son carré en songeant aux fleurs, creuser sa tombe sans peur en sachant qu’on ne libérera même pas le cadavre, et puis venir manger une grenade dans le cimetière enneigé de ses pères, le temps est revenu, et Eisenstein, et Paradjanov, et Tarkovski sont interdits de tourner, et Pelechian est toujours saigné, et il attend toujours sur la petite terrasse qu’il soit possible à nouveau de parler
blessure ouverte et le réveil dans le corps d’un vieillard ronflant, soufflant, puant, affamé, obscène, n’oubliant rien, traversé dans la chair par l’histoire, devisant avec ses copains de toujours, Ozu, Dreyer, Mizoguchi...
il va falloir sacrifier le bélier ou l’enfant, maintenir un rigoureux asynchronisme entre les sons, les mouvements, les espaces, les voix, entendre la lumière et voir le son, ne jamais céder sur l’accumulation des détails, la rencontre des bestiaires fabuleux, alors elle peut nous regarder en face sans jamais prononcer le moindre mot
au plus près de l’icône inondée de sang calciné, et le mouvement rapide, précipité qui annule les distances presque pétrifiées pour soutenir la commotion de la réalisation subite du sens, pellicule qui s’enflamme comme le corps de l’actrice. Mais aucune description n’est possible, aucune mémorisation linéaire, l’anxiété que tout ceci n’ait qu’une durée et qu’il faudrait à nouveau essayer de revoir encore et encore, effet de double entre le sommeil et la mort
au milieu des rires qui sanctifient la tombe de Tarkovski abandonnée en France, mais il ne faut céder non plus sur aucun détail, la perfection d’orfèvre parmi les ordures du monde
le démon revient toujours à sa source, résistant aux dieux qui tentent de le faire taire. Impossible de construire un parc d’attraction sur un cimetière sans le transformer en ville fantôme où règnent le meurtre et le viol, les fantômes fuient toujours plus loin
Quant aux personnages réels, Guillaume, Nicolas, Cecilia, Vincent, Georges, ils voguent entre les états sur la mer des micro-actionnaires du CACA40 entre autres et vont rejoindre Jésus Camp, Halleluia!
créationnisme, eugénisme, libéralisme.... qu’est ce au juste que le fordisme?