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Amour... Eternité

 

Amour... Eternité

 

Cet intitulé est issu d’un double questionnement, l’un venant d’une femme à propos de l’éternité, posée d’ailleurs selon l’espoir de la poésie, l’autre indirectement d’un homme à propos de l’amour. Contextes différents certes et différence de l’adresse, champ différentiel du transfert. On pourrait donc écrire soit sur l’éternité de l’amour (côté femme), soit sur l’amour de l’éternité (côté homme), ce qui serait une drôle de façon de traduire ce qu’il en serait du non -rapport sexuel.

 

mais il y a là comme cette opposition sensible entre la dimension d’un ensemble ouvert et d’un ensemble fermé; le retournement des termes apparaît ainsi comme supportant de manière explicite l’incommensurable de cette opposition.

Spinoza dit de l’éternité qu’elle s’expérimente, et sans doute est-ce expérience de la lettre si nous entendons la lettre comme ce qui préexiste à la parole , en tant qu’inscription, trait premier , mais aussi ce qui rend possible la rencontre des atours du réel. La poésie est à entendre comme ce feu qui cherche aux bornes de la lettre. Holderlin, Celan...Rimbaud.

Nous pouvons faire l’expérimentation de notre éternité, non penser cette éternité. Quel rapport dès lors entre ontologie et  éthique? quoi de la question de l’être dans la question éthique? Lacan dit parl-être, il me semble qu’il y a là la question de l’Autre et le rapport de cet Autre avec l’in-existence de l’instinct de mort. Spinoza distingue des parties dites extensives, qui m’appartiennent selon certains rapports, qui actualisent une certaine essence intensive cette fois. Ceci permet à Spinoza d’établir une sorte de gradus dans trois genres de connaissances

D’abord l’ensemble des idées inadéquates, des passions, des signes, des affects passifs, des perceptions confuses ; le fait d’exister nous voue à cet ensemble par le biais des parties extensives, extérieures les unes ou autres; ces parties se choquent sans cesse , établissant des rapports plus ou moins transitoires. Dès lors l’essence n’existe qu’à travers ces parties extensives en rapport, ce qui induit idées inadéquates, affects passifs et perceptions confuses; l’essence demeure alors rivée à ce premier type de connaissance, sauf à connaître justement ce qu’il en est des rapports de cette essence avec les parties extensives; connaissance de ce dehors selon une couleur assez structurale. Il y a alors déplacement de la perception comme soumise non plus au choc mais à la connaissance du choc. La connaissance serait alors adéquate, enfin plus adéquate, du moins s’il ne s’agit d’une connaissance abstraite. Ce n’est pas la réduction de ce type de connaissance aux mathématiques, même si les mathématiques sont une section de ce second type de connaissance. La connaissance de la structure doit demeurer vouée à l’existence comme actuel de l’essence, c’est ce que peut indiquer la cure psychanalytique. Faut-il en venir encore à ce point où l’être lui même s’y défait? c’est une question celle du désêtre qui serait bien peu spinozien. Savoir y faire avec la structure, c’est déjà pas mal, savoir y faire sans trop savoir, quitte à questionner un temps second de savoir ce qu’il en serait de ce savoir y faire. 

Application à l’amour,  celui du premier genre , capture au lieu des idées inadéquates, des affects passifs, des perceptions confuses, quitte alors à en venir à cette connaissance justement du type de rapport en jeu, une sorte d’amour second.

Troisième type de connaissance, l’essence dont les rapports sont l’expression à travers l’existence c’est à dire l’immersion dans les parties extensives

Bien sûr chaque individu demeure dans un système à trois dimensions, inadéquat, adéquat, essentiel, plus ou moins, uni , bi ou tri-dimensionné

L’essence passe à l’existence comme rapport extensif à quelque chose d’extérieur, ce qui actualise aussi un ici et maintenant, une localisation, une présentation inadéquate-adéquate de l’essence dans l’expression de ce qui va faire structure; bien sûr ça ne dure qu’un temps, le temps justement de l’existence localisée de l’essence

C’est selon ce lieu d’existence que peut se manifester le polemos, l’opposition des individus comme conflictuels dans l’extension , nullement en terme d’essence; l’existence est polémique puisque les parties extensives ne sont que conjoncturellement en rapport avec telle ou telle essence. Polémos à mort en temps que mort du rapport à telle ou telle partie extensive, ainsi d’une essence l’autre

La mort qui vient ainsi du dehors même si elle passe par l’existence d’une autre essence, y compris et surtout le suicide, forme extrème de l’ascétisme barbare

A la limite une essence sans rapport extensif, des rapports qui ne s’effectuent pas et retournent à leur potentiel d’effectuation

L’intensif de l’essence , à la limite, existe dès lors au titre de la non existence comme rapport extensif

Les essences, elles,  ne sont pas polémiques; c’est cela l’expérimentation de l’éternité 

Disons quelque chose du retrait sur l’essence mais pas au sens ascétique (la méchanceté ascétique), plutôt au sens de la rencontre de Laure et Georges Bataille, je dis ça en rapport avec ce qu’il peut en être de la cure (presque une cure avertie du discours philosophique) comme accès au second type de connaissance

on n’échappe pas au second type de connaissance, fusse en éclair, un point suffit pour disjoindre la totale immension de l’essence dans l’existence

bref il y a toujours un petit espoir qui tient sans doute à l’incommensurable de l’essence à l’existence, ce qui pourrait se dire tout autant du caractère de facto inadéquat de la langue à dire lalangue, elle supposée de l’Autre

Spinoza , géométre, parlera de proportion inadéquate-adéquate

la mort peut s’entendre au titre de cette proportion , c’est à dire selon l’intensité de l’essence dans l’existence , comme expérimentation de l’éternité à travers le second type de connaissance. il ne s’agit pas pour Spinoza de définir une immortalité de l’essence qui ne peut s’entendre théologiquement que selon une chronologie non une topologie, un avant et un après l’union âme-corps.

le temps est du domaine de l’extension

la topologie c’est le temps pour comprendre la topologie qui expérimente l’in-essentialité du temps lui même

qu’est ce qui est alors important dans l’existence? 

une vie heureuse, la bénédiction à soi même?

ce calcul qui serait dans le fond l’ordinaire du calcul de proportion

avoir le temps d’en venir à ce qui serait le sens de l’important , de la juste proportion, c’est à dire faire tout pour éviter la mort prématurée qui serait en finir ascétiquement selon un rapport inadéquat

 

quant à l’adéquation des essences, il convient d’interroger l’actualisation des essences dans l’existence

et sans doute un des points essentiels est de dire que la mort vient du dehors, il n’y a pas de pulsion de mort, autre que l’actuation inessentielle du rapport inadéquat à l’extension

l’évaluation du temps qui reste, comment arranger ses affaires?

ce n’est pas lié à l’âge, alors aucune panique, d’ailleurs l’âge, la mort sont usures de l’extensif, aucune solution du côté des durées statistiques (durée de vie biologique en soi de l’espèce, durée de survie d’un piéton sur une autoroute...) 

il n’y a d’interiorité que du côté de l’essence

il n’y a guère dès lors de sujet qui puisse prétendre à l’intériorité , l’affect demeure extensif, polémique, sauf à situer ceci du côté du troisième type de connaissance

l’affect demeure dans l’ordinaire de l’extension, et là on peut ranger aussi bien sexualité ou théologie, enfin du moins est-il question de l’obscurité des signes, leur polyvocité , une polyvocité extensive bornée par l’enjeu statistique des pratiques , enfin il faudrait creuser un peu ça, à savoir si le sexuel ne serait pas essentiel à la sexualité qui, elle, est évidemment mortelle, désespérée

pour reprendre l’exemple limite Bataille-Laure, le sexuel peut-il ou non poser quelque chose du côté du troisième type de connaissance? c’est à dire quelque chose qui passe par une traversée du fantasme qui n’est pas simplement  une réduction ascétique ou mondaine du sexuel au semblant,  quelque chose qui ne pourrait se boucler sur un sinthomadaquin R, S ou I, mais bien sur une instabilité chaotique du nouage 

Spinoza en vient à l’idée de Dieu comme somme des essences, fondement de tous les rapports, Dieu qui se dégage de l’intelligibilité des rapports pour un fondement de tous les rapports

la question est donc celle d’autre chose comme contenant ultime des essences, il est question de la béatitude comme accès à l’essence même, le passage du Dieu épicurien au Dieu mystique

en tout cas, il n’y a aucune modération dans le spinozisme

c’est là qu’il convient de poursuivre la question justement de l’essence du signifiant

on ne peut évacuer l’essence au prix d’une mécanique des rapports

on ne peut fonder l’essence au prix d’un Etre

Bien sûr il faut distinguer l’essence en soi et l’essence comme accident (qui après tout renvoie sans doute l’être du côté de l’événement, et voilà Badiou, c’est une autre histoire, il n’est pas sûr que ceci calme le concept)

Deleuze, quant à lui, pense du côté d’une essence qui ne serait pas du semblant sans être pour autant trop mystique

L’apparence de l’essence dans l’existence confère au parlêtre une tension entre ombre et lumière

Il n’y a pas d’univocité ultime du signe puisqu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre, de plus il n’y a pas d’Autre de l’Autre de l’Autre au sens d’un dogmatisme de l’Autre, étrange théologie négative qui chasse le sensible, dogmatisme noir qui après tout rejoint l’affect triste du masochisme ordinaire , le triomphe du jugement qui est antinomique de l’éthique . On en finit donc par la Shoah plus l’Apocalypse. Loin de la Science de l’être (et non pas de l’Etre) qui est ravissement.

Le dés-être est aussi soit une complaisance compulsive, soit une agitation mondaine et hystérique, c’est simplement le renoncement au tragique

 

Le questionnement spinoziste permet sans doute d’avancer sur cette notion d’une ontologie qui ne serait pas métaphysique , elle semble laisser ouverte la question du troisième temps , celui qui alors ne se boucle pas forcément sur une substance de l’Autre, pour peu que l’on laisse un peu de place à une dynamique des consistances symbolique, imaginaire et réelle. Un matérialisme essentialiste si l’on veut où l’amour ne pourrait se disjoindre ni du jeu de l’inadéquation-adéquation , ni de la triplicité des dimensions du signifiant.

La cure psychanalytique introduit un dispositif dissymétrique qui permet de rendre lisible l’intrication de l’amour et du fantasme jusqu’au terme de cette défaite du fantasme comme réduit à sa forme la plus minimale où l’amour vient chuter comme existence, non comme essence. Il est sans doute intéressant de noter que ce point de desêtre, ce lieu mélancolique où disparait l’imaginaire se métabolise au mieux en une disposition seconde à la fois avertie et ouverte , au sens où l’opération effectuée d’une lisibilité de l’essence demeure quelque chose qui ne cède plus à la semblance du rapport. Ceci peut s’entendre comme une sortie de cette présentification de thanatos comme répétition infernale du même, défaite sans doute de l’inévitable de la répétition.

Même si les premières élaborations de Lacan demandent correction, le schéma optique permet une sorte de monstration de la cure

 

le sujet imaginaire natif, inadéquat est en i’(a) comme miroir de miroir, il se leurre à la fois sur l’image de lui même en i(a) (spécularité du stade du miroir) et sur la consistance de a , ce vide central au sujet, en quelque sorte “habillé” du miroir sphérique de l’Autre (le langage) . L’adresse à l’analyste dans la mesure où elle ne répond à la demande spéculaire vient animer une rotation du miroir plan jusqu’à le réduire à une pure section où le réel apparait. Entendons que dans ce schema le bouquet de fleurs n’a aucune consistance mais présentifie le vide qui constitue la nature du vase. Ainsi ce vide réel structurel se construit comme premier semblant par le biais du miroir sphérique au titre su symbolique qui langage le réel premier. C’est alors au tour du miroir plan de reprendre cette question comme image d’image. Le sujet apparait donc doublement masqué et sa représentation de l’amour sera pris en cette double semblance. Il attend une réciprocité de son semblable qui puisse ainsi soutenir sa propre image. Or la sexuation introduit une dissymétrie, un malentendu structurel. On conçoit l’assomption alors du lien homosexué. Dans la cure l’adresse à l’analyste vient se trouver en défaut puisqu’il n’y a pas de réponse imaginaire, uniquement par le biais du langage. Cette défaite pratique de l’imaginaire immédiat livre le sujet à sa consistance quant au langage , à son pousse à dire spécifique ,qui va se soutenir alors d’un supposé savoir en l’Autre jusqu’à ce que ce dernier se trouve réduit à sa pure présence qui est coupure radicale du sujet avec la cause de son désir. Ce terme de la cure où le sujet en vient à se reconnaître pour ce qu’il est  est aussi celui de l’errance au titre d’un imaginaire premier. Reste au sujet à tirer les conséquences éthiques de cette expérimentation du réel.

En ce point il serait possible de poser une question, y a t il un ouvert entre une femme et un homme ou plutôt un entr’ouvert au sens de l’improbable que constitue la topologie d’un ensemble ouvert et d’un ensemble fermé, pourtant  unique viatique pour non pas conjoindre des réels mais pour en dialectiser l’impossible selon deux logiques incompatibles nécessairement.

Bien,... tout ceci demanderait quelques développements

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