A propos d'"Adoption et parenté : questions actuelles", de N.Hamad
"La remarquable étude de Nazir Hamad pose, comme son titre l'indique, des questions très actuelles sur l'adoption et la parenté dans un paysage sociologique qui s'est beaucoup transformé depuis dix ans.
Jamais la demande d'adoption n'avait été aussi forte avec des dizaines de milliers de couples en attente. C'est désormais de l'étranger que vient l'enfant par le biais de l'adoption internationale.
Qu'en résulte-t-il pour l'enfant adoptif ? Les vignettes cliniques présentées par l'auteur sont d'une extraordinaire richesse. Elles attestent toutes de ce malaise ressenti par les enfants adoptifs à l'orée de l'adolescence ou de la jeunesse, lorsque revient pour eux avec insistance la double question de la filiation et de l'origine. Surgit alors l'interrogation insoluble sur les vrais géniteurs, et particulièrement sur la mère génitrice, tandis que les relations aux parents adoptifs paraissent marquées par une forme plus ou moins affirmée de défiance.
Ce que laisse entendre ce parcours attentif à la parole des sujets, c'est que les obligations d'une charité exercée à l'échelle de la planète par des personnes en mal d'enfants ne sauraient pour les enfants adoptifs remplacer le désir.
Cette vérité est sue par le sujet et il ne se gêne pas pour la faire savoir à ses parents, quand il ne se lance pas à la poursuite éperdue de sa génitrice, supposée plus authentique. Tels sont les impasses du désir ravalé à l'économie du besoin dans le cadre de l'échange mondialisé.
L'autre enseignement intéressant de cette étude concerne l'adoption par les couples homosexuels. La référence aux travaux d'Ellen Lewin et de nombreux autres auteurs américains contemporains éclaire d'un jour original cette problématique. Le désir d'adoption coïncide avec le souhait pour le sujet homosexuel de coller aux normes sociales et de revenir ainsi aux traditions familiales séculaires, comme s'il désirait par là rompre avec l'idéal d'autonomie, de marginalité et de jouissance lié aux standards de la vie homosexuelle et que la perversion du désir nécessitait cet appui pris dans une version du père qui lui confèrerait enfin une légitimité symbolique impossible à asseoir. L'adoption internationale est là encore un recours pour répondre à une demande à laquelle les circuits de l'adoption institués au niveau national font pour l'instant obstacle.
L'enfant adoptif venu d'ailleurs se trouve donc exposé à satisfaire de sa place le voeu d'avoir un enfant hors lien hétérosexuel. S'il est vrai que l'hétérosexualité peut conjoindre le symbolique de la filiation pris dans la différence des sexes et le réel de la fécondation, quelle conséquence aura le dénouage de ces dimensions pour l'enfant adopté ? C'est à cette question essentielle que nous invite à réfléchir cet excellent ouvrage de Nazir Hamad."
Il y a sans doute plus d’une question relative à l’adoption qui pourrait facilement se noyer dans un sociologisme certes patent. Comment ne pas noter ici la marchandisation de l’enfant dans notre système? en tant qu’être nécessaire à la normalisation sociale, sans qu’il soit possible d’interroger vraiment les pratiques circulatoires d’une jouissance mortifère. Premier chapitre donc, l’enfant marchandise, consomateur et consomé. Il faut y joindre le biologisme de la reproduction techno-sexuelle, la liberté de genre. Second chapitre, l’enfant est là dans la réalité douloureuse de désirs contradictoires.
Premier cas: il doit venir de Roumanie, un orphelinat, les parents sont un peu agés , surtout le père, ce sont de braves gens, rapidement inquiétés par les discours de cet enfant en maternelle, il terrorise les autres avec ses histoires d’hommes noirs qui viennent depuis les montagnes enlever les enfants. Une première séquence libère ces sortes de monstres. Par la suite, il revient porté par la terreur d’un double qui accompage ses nuits et ses dessins. La mère finira par confesser l’existence d’un deuil d’enfant dont il occupait la place, au lieu même de l’inconscient maternel. A supposer donc une greffe réelle.
Second cas: même circuit ou presque, mais cette fois l’enfant est au coeur du malentendu parental, de la séparation sans cesse mise en scène et l’objet imaginaire du transfert, à savoir, le passage au dessin comme hors de la limitation enfantine, ne trouve aucune reconnaissance, l’obligeant à une identification sauvage à un personnage de fixation musicale de masse.
Cette difficulté, sans doute plus psychotique, évoque l’adoption de l’autiste en son lieu d’origine biologique pour peu qu’il puisse faire advenir au discours le signifiant aléatoire de sa survie. Je n’ai jamais bien compris le surgissement indéniable de ce point signifiant qui va fonctionner comme métaphore délirante, non sans efficace socialisée