Zoran Music
ce serait ça l’idée, passer du temps avec un peintre pour rien, juste un mouvement dans la présence et écrire peut être à partir de là, essayer en tout cas d’écrire encore et toujours l’image qui fuit devant, dans le souffle des choses encore confuses, le vent court sans cesse chassant, poussant le nuage noir qui s’écrase en pluie noire et lourde et des fragments de fièvre se dépose alors dans la moindre crevasse de l’esprit, vous ne saviez de Zoran que les pâles cadavres dans cette lumière délavée, les dessins de corps qui décharnent à l’infini, le fond obsessionnel de la race, pétrifié entre la peine des combats paternels et le charnier qui surgit des ruines de Treblinka parmi les abstractions mathématiques, il y a aussi les cathédrales, les églises Monet, il faut toujours regarder d’un peu plus près, attendre avant de conclure
C’est un peu l’histoire de Schulz, une zone de frontière, apatride, plus d’une langue, l’Europe Centrale qui a disparu, une chance parmi tant de ruines, torture et l’étrange histoire SS ou Dachau, on ne sait pas, ce silence sur ce temps, des fragments toujours au niveau des tas de cadavres ordinaires avec parfois à l’intérieur un qui n’est pas tout à fait mort, et puis quand même des dessins, feuilles miraculeuses et puis perdues ou presque, cette distance sauvage d’avec l’extrème, à travers cependant, survivant, ne rien dire de la shoah, ne rien dire de la peinture, la parole inlassable du cadavre, parmi les paysages et les femmes, comme avant, à travers, l’exigence du minimum qui demeure image malgré tout, quelque chose sur la toile avant que la nuit ne tombe, quelque lumière qui sourd depuis l’obscur, les orbites innombrables regardent vers le tableau, qui est une douce lumière faible et certaine, à travers les fours l’or des mosaïques, et la sécheresse de la falaise qui n’est que peau tendue sur le vide, la transparence décharnée, et toujours le ciel de Venise qui attend, le craquement d’un corps et puis plus rien