Underworld usa
Il fut un temps où le cinéma pouvait associer la précision politique de son propos à la perfection de la forme, un temps où le cinéma disait le monde avec ce mélange de réalisme et d’humanité, c’est ce temps ponctuel de la force du cinéma B, potentiel s’entend puisque le cinema B ne se justifiait que parce qu’il offrait paradoxalement un lieu expérimental mais ce n’est plus vrai dès lors que le cinéma est devenu massivement B. Ce que Fuller illustre, il n’y a aucun moyen d’ échapper à l’enchaînement nécessaire de cette vengeance, un garçon en dérive voit son père minable massacré par quatre hommes ,il va consacrer sa vie à la liquidation de ces tueurs et même de leur chef pour faire bon poids; au milieu il y a une fille qui malgré l’utilitaire de leur rencontre finit par émouvoir le héros sans mère, ce qui sans doute accélère sa fin dès lors qu’il veut la protéger alors qu’il suivait jusque là son plan. La caméra est volontiers proche des visages ,en contre plongée, l’action suppose des mouvements rapides, voire des plans séquences complexes puisque près des corps, il serait très intéressant de comparer ces plans séquence d’autres plus mégalo, la force du mal, paris texas, shining...; le montage est volontiers heurté d’autant que les séquences d’anthologie ( le regard du premier plan, la correction finale, la piscine, l’agonie errante du héros qui finit là où son père est mort) sont ponctuées de seconds niveaux ironiques ( le gangster qui réclame du feu alors que son complice est en train de brûler vif dans une voiture, la scène de déclaration de la fille avec en arrière fond le héros bébé, le tueur qui met ses lunettes noires avant le massacre ) c’est bien sûr un monde viril et le héros est d’une proximité physique très grande avec le tueur qui y perd sa capacité de distinction, ce qui vaut sa perte; chaque fois qu’un personnage se laisse prendre au semblant, il est mort; ce film noir est en fait déjà marqué par un usage très libre du scénario et du cadrage comme la nouvelle vague en fera leçon ( nombreuses séquences sont comme ratées, comme des cadrages encombrés , impuretés étranges face à la précision des mouvements, la profondeur de champ...)