un océan de fureur
« Les hommes sont maintenant parvenus si loin dans la domination des forces de la nature qu’avec l’aide de ces dernières, il leur est possible de s’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier.»
A quelles forces S. Freud fait-il ainsi allusion ? Cette extermination ne serait elle due qu’à une surpuissance militaire ? Est-ce par des forces armées que l’humanité s’abolirait ? La fin ne serait-elle pas due plutôt à son immortalité ? Les progrès des sciences génétiques sont tels en effet, que l’immortalité à laquelle l’être humain va pouvoir parvenir, va lui rendre la vie commune si innombrable, qu’elle en deviendra impossible. La survie n’y survivra pas. C’est sur cet au-delà des principes de vie et de mort, c’est cette « démence de masse » que nous devrions éclairer, pour nous familiariser aux ténèbres qui nous attendent.
La science donc dans sa version technique viendrait nous soulager du pessimisme freudien dont le moins qu’on aurait pu dire c’est qu’il indexait la question du désir sur son deuil paternel et l’inscription de la camarde dans son propre corps. A moins que la question de la négativité du désir demande à être interrogée. En effet la technoscience apporte des certitudes sur son efficace dans le réchauffement climatique, le dérèglement des contrats sociaux, l’extrémisme guerrier aux périphéries du système, le renouveau des pandémies par la dislocation des systèmes de prévention, la réduction de la santé à une notion assurantielle, le bricolage du vivant entre l’extracorporisation du reproductif, la mise en genre de la différence sexuée et l’éternisation de l’espèce vouée à son alzheimarisation généralisée . Serions-nous dès lors dans l’effet d’une généralisation du discours capitaliste, qui marchandise tout, y compris et surtout le vivant, depuis que le scandaleux arbitraire de la loi est venu s’écraser à la porte des camps. Tout laisserait à penser que la millerisation du discours analytique contribue à sa façon à cet effet de technotherapie qui, du lieu d’un savoir achevé, cherche à promouvoir l’asservissement mystique à une aliénation incurable . Le singulier de la cure serait enfin achevé par un pur effet statistique . D’aucun parle d’abondance de la fin de la cure et du desêtre passé, ne faut-il interroger la fin de la psychanalyse, dont notre modernité nous parle, comme cette démocratie rongée par ses agents. Freud voyait la fureur des masses après la sauvagerie frontale des tranchées reprendre son goût du sang, au titre d’une systématique de la représentation de l’homme amnésique à tout ce qui pourrait troubler sa virtualisation . Il paraît que les insectes survivront au conflit nucléaire et que les images du net continueront à tourner dans le vide déserté par la parole. Il est conséquent en tout cas que si la psychnalyse n’est plus intensive son extension demeure de pur comique utilitaire.