traduire/interpréter le tissage de la langue
Qu’il soit impossible de traduire d’une langue l’autre en prenant appui uniquement sur le sens implique le primat du poétique en ce domaine et donc induit un léger doute quant à ce qui serait une interprétation exacte comme traduction , ce qui supposerait une langue unique, parfaitement claire qui aurait la clarté bien sûr de l’éveil perceptif. Il ne s’agit pas pour autant de faire éloge de l’obscur, de l’indistinct, du refoulé de fait qui ne pourrait se dire et demeurerait dans l’obscur naturel de la défense. D’un côté donc un jeu de la lettre tissée dans une surface sans bord autre que ce que définit la structure de cette surface au delà du linéaire de trace de ce que la parole précipite, d’un autre côté une mécanique signifiante qui ramène l’erre du sujet à une écriture minimale qui forge son désir. L’interprétation porte de fait dans l’RSI de sa présence, elle implique nécessairement cet écart qui se disjoint de l’implication de la parole adressée, elle tisse borroméennement la lettre qui se calcule au besoin ou se redouble d’imaginaire . Le réel est justement ce qui ne s’attend d’aucune façon. Se faire le jeu du troumatisme c’est tenir à ce qu’un sujet implique dans son espace structurée. La forteresse se dresse ridicule et austère, menacée de failles, de fissures, propre à assurer le silence d’une tombe où un oeil demeure attentif à ce qui pourrait surgir, bien sûr un rayon de lumière, un rat , une menace se glisse avec la langue qui se déploie à bout de souffle, l’encerclement risque d’être forcé, les barrières inutiles. L’apparente exactitude d’un terme sera un recouvrement car le mot juste demeure ce qui fait foisonner le tissu même de la langue, rendant le fermé en continuité avec l’inouï, c’est à dire avec la folie de la langue qui se déploie sur les choses. On connait la matrice des films de morts vivants, le retournement interne. Freud notait combien sa théorie pouvait se faire contaminer par le discours de l’homme aux rats auquel il concédait l’opposition binaire hystérie/compulsion, ne notant pas aussitôt en quoi l’hystérisation du discours pouvait faire effet de surface qui redoublait le symptôme, laissant dans l’ombre l’articulation de pensée active. On pourrait croire à la souffrance affichée et ne pas noter qu’il s’agit justement de ne rien savoir, d’où finalement le caractère incompréhensible des propos, justement parce qu’il y manque une phrase , un mot qui va fonctionner en lieu et place de cette certitude d’origine, qu’aucune lettre n’est à même de faire origine à la langue. L’hystérisation serait de croire qu’il y a une scène traumatique, qu’il y a une intention , cela va jusqu’à construire la religion d’un Autre plus ou moins biographique qui viendrait imposer la séquence de la langue parfaite, c’est à dire irréelle. La pensée la plus folle a la consistance d’un accent qui fait basculer un mot dans son sens horrifique. L’exemple électif est ce Glissamen au milieu du texte compact des prières qui ironise un gisela samen où l’amen est bien celui du foutre. Condensation insue qui libère la pensée du désir qui implique tout autant la réalité de la jouissance. Le nom secret est celui de cet être vivant qui jouit dans le défaut du non rapport, qui donc pense jusqu’au bout.