tempête
le navire traverse la nuit dans un bruit étrange, ancien, sauvage, déjà en pleine vague, déjà sans repère, sans port, presque heureux, pourtant le capitaine s’était juré de ne plus croire aux lettres, en tout cas de ne plus perdre la rive de vue, dessiner des figures sur le sable que la marée efface d’un coup, ne pas croire aux anges, aux signes entre les lettres,
l’île tortue et les poissons lunes et puis après ce tourbillon et l’intensité de la présence, plus ce hurlement, mais les lettres tissent malgré tout, peindre une tempête du dedans, voilà l’idée de la passagère, avide , c’est au détour du cap qu’il avait perdu la côte, après tout le mourir était dans le poème de Pavèse, les lettres n’existent pas, cap au sud
elle fouillait dans les malles chavirées, lisait les vieux grimoires
il laissait faire, l’âge fuyait, le froid partout
nulle tempête ne porte ruine, il convient de fixer l’étoile pour tenir le cap, le référentiel est ailleurs comme toujours, non dans le navire lui même mais dans ce qui le porte en dépit du relatif, ce qui serait comique, tragi-comique, non certain, il faut donc laisser la portance effectuer sa certitude, musique et vibrations, incluse dans l’incertain de la réalité, risquer l’angle et la pensée relative ne tient qu’au style du moment
le désert est immobile, ici se pose la parole
les livres de nulle part sur les rayons de nuit accompagnent le chemin fragile, les phrases cognées par les sentiments lourds, anciens, souvenir d’une antique croyance, tout ceci ne vaut rien face au pollen des nuits, naturel de lettre à lettre, recueil tremblé, neuf, et les roseaux ouverts à tout vent malgré le froid, cette juste distance, douce, secrète, respirée, les choses que l’on ne dit, retenues et d’autant plus présentes que secrètes, , cette île donc qui s’écrit sans bruit, recouverte de roseaux
le vie pousse son rêve, sur le fil de signifiants insus, ce neuf que surveille camarde de ses orbites vides, vieille compagne au rire idiot, elle ne connait ces mots, elle est antiquaire, vieux bouquins, vieux grimoires, vieux souvenirs, elle marque l’arrêt du temps,
il faut faire un peu d’histoire, la photo a été prise dans un train , un train vide, se confier à un train qui pourrait certifier du départ et de l’arrivée, il y a comme l’ébauche d’une écriture, c’eut été une possibilité mais ça n’a pas pris, la lettre est restée un long fleuve sans adresse,
reste la face de pierre usée, Bali, refaire la statue, la tempête au Yucatan qui découvre l’histoire cachée, le réveil des statues shintoïstes,