Saint Augustin
Jean Paul Michel lors de sa venue au séminaire citait cette phrase d’Augustin “le monde est si né au mal et si perdu, qu’il excite les hommes au vice, de telle sorte qu’on est honteux de n’être pas infâme”, il se demandait comment vous aviez traduit ceci depuis les Confessions...
l’architecture des Confessions, ceci pourrait permettre une mise en perspective de cette forme dite confessions selon l’angle que propose Derrida dans ses Circonfessions, écho encore de celles de Rousseau dans une forme cette fois de transparence du sujet à lui même qui signe la structure... quoi de nous fait confession quand nous lisons Augustin aujourd’hui
la question esthètique, ce que je dis un imaginaire qui ne serait pas du semblant, soit ce que l’imaginaire peut constituer dès lors qu’au moment de conclure du temps logique vient inscrire le nouage athéologique de la chaîne boroméenne généralisée de la topologie et le temps
Il serait sans doute interessant d’interroger dès lors à l’avance l’esthètique augustinienne, ce par quoi le visible comme le langage seraient sans doute ontologiquement impuissants à révéler le divin.
On peut prendre appui ici sur les considérations du Pseudo-Denys à propos des anges , puisque leur figuration obéit à un bestiaire qui n’est pas de nature avec leur objet non représentable, loin de vouloir nous pousser vers “la rampante bassesse des images” mais au contraire vouloir “pousser la fiction jusqu’au comble de l’invraisemblable et de l’absurde” pour manifester que l’image ici hors de la similitude fonde le dissemblable au principe de ce qui n’a pas d’image pour l’homme. On voit les conséquences que l’on pourrait tirer de cette idée dans l’hypothèse de l’inexistence de l’Autre, hors théologie négative s’entend. Nous dirons pour faire vite que justement l’imaginaire second que postule la psychanalyse travaille ce qui est sans figure, inconnu, hors regard, aschmatistos, agnwstos, aqewrhtos, ce qui suppose donc une autre représentation du réel (question quantique!) mais aussi un autre sujet de cette même représentation, ce qui me semble assez conséquent au champ plastique, politique et clinique actuel. Il est sans doute possible d’adjoindre à cela une autre considération puisque si nous efforçons de faire lecture in fine , après le structuralisme ( Lacan, Levi Strauss, Panofsky), nous pouvons interroger ce qui origine cette affaire non pour la récuser mais pour en amplifier au contraire les données , (soit Freud-Charcot, Frazer-Mauss, Burckhardt-Warburg) Tenons qu’à l’orée de l’interprétance moderne qui était necessaire demeure la Gradiva, fantome du geste suspendu...
la question du beau, de l’art , de l’image entre icône et idole, il y va d’une réévaluation de concepts dans l’historial de leur surgissement, Augustin, Tertullien, Thomas...
Augustin , Confessions “vite...”
hélas dans la traduction de Joseph Trabucco (essai de ponctuation textuelle iconique)
LIVRE I
ça commence comme une question de topologie
II
tout ce qui existe vous contient-Il?
A<Monde
Monde< A
III
A<>Monde à entendre comme inter ce qui supposerait certes A hors tout mais aussi du Monde hors A
n’avez vous pas besoin d’être contenu par quelque chose?
V
la maison de mon âme est trop étroite pour vous y recevoir
$ donc S<A
VI
de cette période de ma vie je suis sans mémoire
qu’étais je avant ce temps?
quelqu’un peut -il se créer soi même ?
une des constantes, le temps, la topologie c’est le temps
a S? A/aS?
VII
en quoi donc ai je péché alors ?
j’ai vu et observé un petit enfant jaloux: il ne parlait pas encore et il regardait, tout pâle et l’oeil mauvais, son frère de lait
où et quand ai je été innocent?
surgir de l’origine sous l’angle spéculaire
aS $/@
XI
laissez le faire il n’est pas encore baptisé
ma mère savait déjà quel flot de tentations m’attendait, après l’enfance, et elle aimait mieux y abandonner un limon grossier , qui recevrait plus tard une forme, que l’image sainte, oeuvre du baptême
d(M)/NdP....A /t
la question oedipienne
XIII
pleurer la mort de Didon qui se tua par amour
$<>@
Enée à Carthage
XIV
pourquoi cette haine pour la littérature grecque
XVI
Térence
un jeune débauché qui se propose d’imiter la luxure de Jupiter en contemplant une fresque où est peint ce dieu qui répand une pluie d’or dans le sein de Danaé pour la tromper
la question de l’image
XVII
je devais composer le discours de Junon irritée et malheureuse parce qu’elle ne pouvait détourner de l’Italie le roi des troyens
la structure du fantasme
LIVRE II
I
j’eus l’audace de m’épanouir en des amours changeantes et ténébreuses
IV
j’ai aimé ma propre perte, j’ai aimé ma chute, non l’objet qui me faisait choir, mais ma chute même, je l’ai aimée
sensualisme
V
le toucher charnel
LIVRE III
II
les spectacles du théatre me ravissaient
mon goût pour la douleur
III
je vivais au milieu d’eux avec une sorte de pudeur dans l’impudence
IV
l’Hortensius de Ciceron
je déclamais la Médée volante
V
la forme corporelle de Dieu
XI
le rêve de Monique
elle me voyait mort
Livre IV
II
l’art de vaincre par le bavardage
je cohabitais avec une femme
III
l’astrologie
IV
l’ami mourrant baptisé à son insu et donc cependant marqué de l’Autre
VI
la mort de l’ami
VII
tout m’était en horreur
depression
XV
le beau ce qui plait par soi même
j’ignorais qu’elle avait besoin d’être éclairée d’une autre lumière pour participer à la vérité, n’étant pas elle même l’essence de la vérité
fictions formées par ma vanité d’après les corps
A plutôt que @ dans l’aperception de la beauté des choses
XVI
Aristote
à quoi bon aussi avoir lu et compris par moi même tous les livres consacrés aux arts qu’on appelle libéraux quand j’étais le pire esclave de mes passions mauvaises?
intellectuel brillant et sensualiste
Livre V
II
vous êtes partout, aucun lieu ne vous limite, seul vous êtes présent même à ceux qui s’éloignent de vous
III
votre sagesse échappe au nombre
VI
Faustus
je trouvai un homme ignorant
VIII
à Carthage, la licence des étudiants est honteuse et sans mesure
elle s’accrochait à moi pour m’empécher de partir ou pour s’en aller avec moi. Je lui échappai en feignant de ne vouloir pas quitter un ami... Cette nuit là je partis furtivement. Pour elle, elle resta à prier et à pleurer... le fouet des douleurs châtiait justement le regret trop charmant de ma mère
X
c’est ce qui me faisait croire aussi à une substance matérielle du mal, masse horrible, informe, soit épaisse, soit ténue et subtile, comme un corps aérien...ma piété m’obligeait à penser qu’un Dieu n’avait créé aucune nature mauvaise, l’une et l’autre infinies, mais la mauvaise à un degré moindre
Livre VI
III
Ambroise
quand il lisait, ses yeux parcouraient les pages et son intelligence en scrutait le sens, mais sa voix et sa langue se reposaient...peut être se gardait-il de lire à haute voix, de peur qu’un auditeur attentif et charmé, se heurtant à quelque pâssage obscur, ne l’obligeât à des explications et des discussions sur des points difficiles, et que le temps passé à cela ne le fût aux dépens des livres qu’il se proposait de lire
IV
la lettre tue et l’esprit vivifie
V
les Manichéens qui promettaient témérairement la science
VIII
aussitôt qu’il eut aperçu ce sang, il s’abreuva de cruauté, il ne se détourna pas du spectacle, au contraire il y fixa ses regards, il en savourait à son insu la fureur, ravi par ces luttes criminelles, ivre de sanglante volupté
XI
et voici que j’avais trente ans et je restais empêtré dans la même boue, avide de jouir de l’heure présente qui me fuyait
XII
prisonnier, malade de la chair, je goütais de mortelles délices à traîner ma chaîne... englué dans la volupté
XV
la femme qui était ma maîtresse... en me laissant le fils naturel qu’elle m’avait donné... je me procurai une autre femme
LIVRE VII
I
je vous concevais comme une substance immense
A différent de S i(Ai)
III
incorruptible, inaltérable
V
est ce que la matière dont il s’est servi pour la création était mauvaise
XII
tout ce qui se corrompt est privé d’un bien, et qu’une chose vienne à être privée de tout bien, ce sera le néant... le mal n’est pas une substance
LIVRE VIII
I
j’étais pris encore dans les liens tenaces de la femme... il y a des ennuques qui se sont eux mêmes mutilés pour gagner le royaume des cieux
V
secouer le sommeil
VII
afin que je visse combien j’étais laid, contrefait, misérable, avec mes taches et mes ulcères
X
ce déchirement ne trahissait pas la présence en moi d’une âme étrangère, mais seulement un châtiment infligé à mon âme
XI
la dignité chaste de la continence
LIVRE IX
II
je résolus en votre présence de rompre sans bruit avec la foire aux bavardages
V
une oppression respiratoire et une douleur de poitrine m’interdisaient l’exercice de cette profession
VIII
à l’embouchure du Tibre, ma mère mourut
LIVRE X
III
pourquoi leur faire entendre mes confessions comme si c’était eux qui devaient guérir toutes mes langueurs
VIII
l’immense palais de ma mémoire...l’esprit est trop étroit pour s’étreindre lui même
XII
je connais par l’usage de tous mes sens corporels les nombres nombrés, mais bien différents sont les nombres nombrants, ils ne sont pas l’image des premiers et c’est ce qui explique leur existence absolue
XV
cette remémoration s’accomplit elle ou non au moyen d’images
XVI
la mémoire retient donc l’oubli
XIX
la mémoire réclamerait le membre manquant
XXV
où demeurez vous dans ma mémoire Seigneur? ... vous l’être immuable, vous avez daigné habiter dans ma mémoire
XXXIII
le plaisir des sens par quoi il ne faut pas laisser énerver l’âme, me trompe souvent... ainsi je flotte entre le danger du plaisir et la constatation des bons effets qu’elle opère
XXXV
la curiosité nous conduit à scruter les secrets de la nature extérieure, dont la connaissanc e ne sert à rien et que les hommes ne désirent connaître que pour le plaisir de connaître... l’art magique... le théatre
XXXVII
c’est une fournaise où nous sommes mis à l’épreuve chaque jour que la langue des hommes
LIVRE XI
VII
tout est exprimé en même temps et éternellement
XIII
ce n’est pas dans le temps que vous précédez le temps
XXI
cependant que mesurons nous si ce n’est le temps dans un certain espace?
XXIII
le temps est une espèce de distension
XXIV
le temps n’est pas le mouvement des corps
XXVI
une distension de l’âme elle même`
LIVRE XII
VI
cette évolution d’une forme à une autre se faisait par l’intermédiaire d’une chose informe, et non du non être absolu
VIII
c’est de cette terre invisible, chaotique, de cette masse informe , de ce presque néant, que vous veviez former tout ce par quoi subsiste et ne subsiste pas ce monde muable, domaine du changement, lequel rend possibles la conscience et la mesure du temps
XXIX
comprenne qui pourra... elle n’a pas été créée d’abord dans l’ordre du temps, car le temps ne commence qu’avec les formes des choses
LIVRE XIII
IX
pourquoi est ce à son sujet seulement qu’il est question d’un lieu où il était et qui cependant n’est pas un lieu
voilà quelques notations rapide de ce texte où souffle une sensualisme très vif et une spéculation qui pourrait s’entendre comme tr!ès moderne puisque fondée et sur cette logique de la sensation et sur une tentative de faire consister l’Autre topologiquement
iconologie augustinienne
C’est une question essentielle que nous laisserons pour l’instant à l’état d’ébauche, débauche d’images en tout cas. Il faudrait, il aurait fallu se pencher là dessus, de manière érudite et errante...
Ambroise
quand il lisait, ses yeux parcouraient les pages et son intelligence en scrutait le sens, mais sa voix et sa langue se reposaient...peut être se gardait-il de lire à haute voix, de peur qu’un auditeur attentif et charmé, se heurtant à quelque pâssage obscur, ne l’obligeât à des explications et des discussions sur des points difficiles, et que le temps passé à cela ne le fût aux dépens des livres qu’il se proposait de lire
Patrice Cambronne a eu l’extrème gentillesse de nous introduire à la lecture des Confessions d’Augustin. Il est vrai que son érudition prenait appui sur la traduction qu’il avait faite de ce texte pour la Pleiade, traduction qui a offert enfin ce pseudo-récit justement à la langue française, en en soulignant à la fois la qualité littéraire et la structure subtile. Il fallait pour cela la patience d’un long travail qui s’attache à la lettre et plus exactement à la bordure de la lettre, là où le concept univoque ne pourrait que déployer son inconsistance scientifique. Apprendre à lire donc autrement qu’à travers l’affliction narrative, se détacher en ce sens de la toute puissance iconique, celle qui reprend le supposé représentable de la chose qui confond le cintrage et le lupanar au nom d’une fornicatio pornographique.
Mais il faudrait aussi accepter la longue errance dans l’image pour trouver l’ironique Augustin de Botticelli qui répond au Jérome de Ghirlandaio , cette mise à l’heure d’un saint sur l’autre , Augustin médite sur la béatitude , veut l’écrire à Jérome à l’heure de sa mort, et une vision télépathe l’informe alors de ce fait, et le texte crypté ajoute à la manière d’une épiphanie joycienne:
-)où est frère Mariano?
-)il est sorti
-)et où est t il allé?
-)il est sorti de la ville par la porta al prata
Il y aurait ainsi à dire longuement sur cette tentative, certes en deça, de rendre compte de la lettre par l’image.
Augustin ne céde pas au discours théologique, il propose au contraire de manifester la présence de la structure qu’il explore au prix d’une méditation qui pourrait sembler de pure rhétorique, si elle n’était précisément une recherche de topologie sensualiste. Ainsi de l’épisode des poires où ,loin de quelque épisode burlesque et dérisoire, apparait rien moins que le désir de l’Autre, esse absconditum entre (et c’est là une des leçons de ce texte admirable)Thomas pour qui domine l’ex-istence de esse et par exemple Eckhart pour qui s’impose au contraire l’in-istence de esse.
Un flot dès lors de questions s’ouvrent :
Le statut de la fiction comme support incontournable de l’exposition de la forme signifiante. Ainsi on comprend sans doute mieux la reprise de la question de la mère chez Derrida, cette Monique à lui qui ne le reconnait plus, ne prononce plus son nom, encore moins son nom secret circoncit. Le texte avant tout comme texte du rêve qui se rit de l’inter-prétation
Le destin de la linguistique augustienne jusqu’à l’aniconisme eucharistique de Port Royal où nous retrouvons nos premières reflexions galiléennes. Laissons en pierre d’attente cette citation de Louis Marin “ le signe idéal serait celui d’une matérialité dématérialisée d’une chose spirituelle qui présenterait visiblement l’invisible dans la représentation”
On peut prendre appui ici sur les considérations du Pseudo-Denys à propos des anges , puisque leur figuration obéit à un bestiaire qui n’est pas de nature avec leur objet non représentable, loin de vouloir nous pousser vers “la rampante bassesse des images” mais au contraire vouloir “pousser la fiction jusqu’au comble de l’invraisemblable et de l’absurde” pour manifester que l’image ici hors de la similitude fonde le dissemblable au principe de ce qui n’a pas d’image pour l’homme. On voit les conséquences que l’on pourrait tirer de cette idée dans l’hypothèse de l’inexistence de l’Autre, hors théologie négative s’entend. Nous dirons pour faire vite que justement l’imaginaire second que postule la psychanalyse travaille ce qui est sans figure, inconnu, hors regard, aschmatistos, agnwstos, aqewrhtos, ce qui suppose donc une autre représentation du réel (question quantique!) mais aussi un autre sujet de cette même représentation, ce qui semble assez conséquent au champ plastique, politique et clinique actuel. Il est sans doute possible d’adjoindre à cela une autre considération puisque si nous nous efforçons de faire lecture in fine , après le structuralisme ( Lacan, Levi Strauss, Panofsky), nous pouvons interroger ce qui origine cette affaire non pour la récuser mais pour en amplifier au contraire les données , (soit Freud-Charcot, Frazer-Mauss, Burckhardt-Warburg) Tenons qu’à l’orée de l’interprétance moderne qui était necessaire demeure la Gradiva, fantome du geste suspendu...
Ce que serait dès lors une école de psychanalyse qui ne serait point livrée aux fantasmagories inquisitoriales de l’administration
Jean Paul Michel avait noté chez Augustin
le monde est si né au mal et si perdu, qu’il excite les hommes au vice, de telle sorte qu’on est honteux de n’être pas infâme