Rimbaud dans la forêt de pins
Sa voix ne s’est pas tu avec l’abandon de la poésie
vous êtes heureux vous de ne plus habiter Charleville
dans un grenier où je fus enfermé douze ans j’ai connu le monde
et je suis là tout à fait oisif
résister
aux heures d’amertume je suis maître du silence
je m’entête affreusement à adorer la liberté libre
ceci a tué cela
j’avais déchiré mes bottines
abominable prurigo d’idiotisme
c’est dissolvant
voici venir l’ère des pourritures
c ‘est le sang noir des belladonnes
je m’encrapule le plus possible
je veux être poète
que s’y sain
les formes d’amour
sans le poème de la mer, infusé d’astres
rire des lèvres belles
chargé de l’humanité des animaux même
je meurs je me décompose
l’oeuvre exténue une liste d’objets hétéroclites
passion jamais ne se souvenir
c’est la mer allée avec le soleil
un manteau de sable net
seul à mort
sans pouvoir entendre ce qu’il dit
d’autre idée que le pouvoir des mots devant
l’oeil de la police
les nommés Rimbaud Verlaine
je suis couché aveugle
j’ ai seul le clef de cette parade sauvage
le refus vient toujours avec cette violence
pauvre jeune homme
j’ai peur de mourir
le ravalement de la terre
saccage
atroces veillées
quelle horreur que cette campagne française
le pyromane fou
Treblinka
le mariage du pire pris dans la souche
je ne sais si tu seras encore
consister à ma renonciation pure et simple
beaucoup d’êtres humains ayant perdu le sens de la vie
les relations immorales
et sans la nuit doucement dans une plaine
ce livre
toujours un enfant de trop
après le déluge
des promenades infinies
un cauchemar
ce même geste qui nous sépare à jamais
une pure perte
j ‘irai loin bien loin comme un bohémien
des douleurs d’effleurement d’ailes
ce lointain sans souvenir aucun
il pleut à petits cris
ce corps disjoint effrayé
et soudain
nos conditions de fantômes
des barthes embroussaillés
personne à qui songer
la solitude
si peu nombreux
le paysage qui revient
la peau douce
oisive jeunesse
des démons glacés
marchand d’esclaves
soi même fragmenté aux miroirs
fusillés cristallisés
les être et les pays
je m’ennuie beaucoup toujours
ma vie est passée
le tronçon immobile
réduit à l’état de squelette
satané pays
tout ça pour une litho entre Rimbaud et Pignon