ossessione
Nous sommes en 1943 et ce film formidable de Luchino Visconti n’est nullement réductible à un drame qu’implique le facteur qui sonne toujours deux fois, il y a un glissement du scénario qui, sans oublier le jeu passionnel qui n’a rien qui justifie le titre «les amants diaboliques», joue à la fois sur le contexte et sur le dispositif. C’est un fond de misère, de survie, engendrée par la guerre et le fascisme, il n’y a rien à espérer pour les deux personnages principaux, l’une qui a échappé à la prostitution de survie pour un mari étrangement vivant et jouissant des bénéfices de l’époque, l’autre qui erre sur la route. Lorsqu’il entre dans la vie de cette femme avec cette force et ce vrai désespoir, la passion se déchaîne naturellement, mais les choses sont plus compliquées, lui est un être moral qui dans le fond se refuse au conformisme, le mari est finalement un type plutôt surprenant, derrière une certaine vulgarité, c’est un chanteur brillant, le héros est aussi dans une errance identitaire et sa rencontre avec l’espagnol est plus que claire, il veut fuir cette femme mais ne le peut, l’introduction d’une autre fille danseuse prostituée n’y peut rien; le mari est tué dans une éclipse et la police qui fait surtout milice finira bien par les prendre, trop tard elle est morte a son tour. Ce serait déjà pas mal, mais il y a ce tremblement néoréaliste qui décrit ce monde de destruction, ville comme campagne dévastée, ce réel quasi documentaire qui filme en temps réel ce qui se passe pour les gens. On comprend que la censure ait cherché à détruire ce film parfaitement explicite. « Le film commença une carrière mouvementée dans les salles de projection. Il était projeté deux ou trois fois puis était retiré par ordre du préfet local. »Nous ne sommes pas dans une oeuvre de réparation, le réel est froid, c’est ce qui donne cette tension aux personnages.« un récit sur un certain type de société italienne restée intouchable, le sous-prolétariat de la Vallée du Pô. En transposant les grandes lignes de l’histoire de Cain dans ce milieu, nous voulions construire un film absolument italien. Nous écrivîmes alors le scénario d’Ossessione, introduisant des personnages qui, bien sûr, n’étaient pas chez Cain, comme, par exemple, l’Espagnol ».