nous sommes fichus
Nous écrivons comme d’habitude par dessus et à travers le texte de Derrida, par dessus, rature du texte de Francfort où il est question d’Adorno, dire notre ignorance abyssale de tout cela, absolue, sans remède, juste quelques bribes de ci de là d’une lecture sans forme, aveugle, donc un rêve de Benjamin qu’il écrit à l’épouse d’Adorno, il dit qu’il est écrit un D et fichu, il dit qu’il y a une femme très belle qui montre le drap qui la couvre, il dit qu’il en est très heureux, un rêve à déchiffrer ou plutôt un déchiffrement qui fait rêve, Benjamin est ce voile sur la vérité de ce qu’il est de nature, fichu, se moquant de toute autre interprétation, juif bien sûr voué à son destin animal, finir comme il se doit dans ce grand vide qu’est l’Allemagne vidée d’elle même depuis, comme pour chacun d’entre nous, donc une joie qui est presque d’échapper à une blessure par une autre, je suis voué à cet effacement pire que la mort qui est déjà dans le poids effrayé de ma propre écriture non advenue, brisé au seuil d’un possible qui ne peut venir désormais si jamais il fut possible, je ne sais, rivé à une méconnaissance tragique de sa propre langue qui ignore toute autre langue et la sienne, ne sachant d’allemand, de grec que des fragments dispersés et confus, en tout cas dans ce socle maternel dont il aurait fallu pouvoir contenir l’effacement pour garder le pouvoir du poème mais l’échec est à chaque poème plus manifeste, la langue est souveraine et non texte de mort, à savoir interdit de jouer au niveau du texte du rêve comme musique de soi et de l’autre, donc sur le seuil qui viendrait au roman seule condition du philosophique et encore plus de la psychanalyse, sans doute aurait-il fallu aller jusqu’au soc fasciste de sa langue pour la relever , j’achève d’un même son
niemand zeugt fûr den zeugen
nul ne témoigne pour le témoin
seul
nu
mort
je poursuis avec Kiefer, livres de sperme, de toiles, de plomb, de béton,
même peut être des corps déployés depuis l’écrasement des matériaux,