Mission
Le texte de David van Reybrouck est magnifiquement interprété par Bruno Vanden Broecke, par petites touches, avec humour et modestie, nous entrons dans l’univers d’une vocation folle, et d’un amour sans borne pour l’Afrique, au point que nous entrons brusquement dans la poussière, la pluie, les échanges avec ces gens tour à tout immobiles, sensuels, affectifs, adoption sans limite alors et ce tremblement d’entendre des nouvelles d’un ami lointain, et peu à peu alors, le pathos franchit la pudeur, et c’est tour à tour la superstition et le massacre qui envahit tout, ces visages du Zimbabwe que nous avons retenu d’Arles ont des corps , et nous retenons ce train de types joyeux qui partent pour défendre Kabila et qui vont mourir de faim, et viol, meurtre des enfants, etc, etc, à la face de notre monde sans âme, tout juste bon à finir radioactif
Le père André, missionnaire au Congo depuis 50 ans, donne une conférence en Europe. Il parle de l’eucharistie, des guerres, des plaies du Congo et de la Belgique. Le prêtre belge évoque le quotidien dans la brousse, les lacs infinis, les routes impraticables, les moustiques, les blessés, la violence, la misère… Bâti par David van Reybouck à partir de témoignages de missionnaires belges, Mission pose les questions de la foi, de l’injustice et de la criante absence de Dieu sur le continent noir. Dirigé par le jeune metteur en scène Raven Ruëll, Bruno Vanden Broecke s’empare des doutes du vieux religieux qui distribue des préservatifs et s’irrite contre la chasteté imposée par le Vatican. Il dénonce les hommes d’église alcooliques, pédophiles et drogués. Il s’emporte contre les maux européens, dérisoires face aux enfants massacrés et aux femmes violées. Et réclame les larmes de Dieu. Belgitude en bandoulière, le comédien au délectable accent wallon ponctue son jeu de silences, de phrases suspendues, d’hésitations et de bégaiements. Entre humour et lyrisme, il déroule une histoire pleine d’amour et de violence. Mission nous transperce comme une pluie d’Afrique et nous réveille à la vie et au monde. Un grand voyage horrifique et tendre.