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Les pieds sur la table

 

Les pieds sur la table

 

En se rendant à la Bibliothèque Flora Tristan à pied, on croise et la femme qui dort sous le pont de chemin de fer et ce divan au trottoir signe des temps qui viennent.

c’est un jeu d’ombres qui se souviennent sans doute du fleuve passé, ce cri des ruines toujours devant, du temps donc où la mécanisation du parlêtre pouvait encore faire rire.

 

Pascal Daudon travaille sur sa table d’enfance, formica gravé , stylet en laiton à la pointe en tungstène, il semble y trouver un souvenir heureux, une présence redoublée par le dessin sérieux qui reboucle sur une culture dont on peut douter de la perdurance à l’ère de la reproduction mécanisée et robotisée, il renvoie nécessairement à la douleur du temps passé à s’extraire du moment immobile de sa propre existence, établir les bases d’un savoir qui rendraient les choses intelligibles, quitte à ne pouvoir en faire usage que comme cache misère, puisqu’après tout le donné est immédiat, un bol, un déjeuner où le chocolat se fera café au lait mais avec les mêmes taches de liquide coloré sur la surface lisse, jouer à les conjoindre et ainsi faire apparaître les formes rudimentaires du dessin qui, après, ne cessera plus de poursuivre. Qu’est-ce qui existe en dehors de la figure? rien sans doute. Les limites de De Staël et de Rothko. Après plus rien. Des images sans fin. Plus savant était le jeu de la lumière et cette drôle de géométrie au centre que j’appris plus tard être conoïde de Plucker. Peut être même ai-je appris à le calculer, source sur ce point d’un clivage entre more geometrico et l’incertitude des lucioles.

ce sont donc figures qui se souviennent d’antiques pratiques brouillées par une main invisible . Ailleurs il n’est plus que bruit sauvage continu

l’image nous propose enfin le répit vis à vis de cette modernité qui ne sait plus souvent que produire, au point de rendre uniquement sensible ce qui rate dans l’exposition dogmatique de la phobie de peindre

Ici l’accident lié à la difficulté de la méthode est porteur de cette encoche disparue dans la perfection supposée numérique

la distance qui se creuse entre la modernité officielle et ce qui passe par le tactile livre l’errance de chacun au bourbier des pratiques de foire déstructurées

le psychopathologique trouve dans l’amateur ce niveau d’invisible qui fait fonction d’esthétique de masse

 

le navire nous attend dans la toile des rails , nef des fous sans doute pour Cythère embarqués

 

mais tout ceci a sans doute perdu déjà toute raison

Dans ton île, ô Vénus ! je n'ai trouvé debout
Qu'un gibet symbolique où pendait mon image...disait déjà Baudelaire, où la toile de Watteau prend ses habits de deuil, non point quelque arrivée joyeuse mais le départ de ce lieu, de structure, clos

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