Le bal des zamants
il faudrait reprendre cette question du bal à travers des scènes de cinema, que ce soit Lol, Marienbad, le Guépard, ... depuis l’ordonnancement redoublé de la scène sexuelle entre sa dimension sociologique et sa dimension inconsciente, le dispositif met en scène l’impossible ordonné entre ce qu’il pourrait en être de la promesse d’amour comme mesure et l’impératif sadien d’un impérium fantasmatique. Le capitalisme a construit par son opération d’effacement des astreintes sociologiques le mythe d’une jouissance qui pourrait se réduire à la disposition d’un objet de consommation. On ne comprend guère alors que M puisse demeurer actif dans ce monde de bonheur libéré. L’astreinte sociale dont Freud notait les ravages comme cause pratique de névrose semblait avoir chutée après les années soixante quand les derniers combats contre le Père pouvaient faire espérer à la fois un communautaire heureux et de fait la fin de la souffrance engendrée par le meurtre pour la possession des femmes. Plus jamais la Shoah, plus jamais, plus jamais... mais la mémoire efface le souvenir au prix d’un universel du camp aux règles implacables .
Donc Freud va au bal avec ses femmes, au moins trois, avec ses amis, au moins trois, Freud est un type bien, ce n’est pas une canaille, le côté noir de la force bouffera la psychanalyse de l’intérieur. Comme dit Charles, Freud est un homme honnête, c’est pour cela qu’il nous est sympathique, c’est pourquoi aussi qu’il arrive à s’y prendre si mal, aussi bien avec les femmes de sa maisonnée qu’avec ses analysantes ou collègues. Mais l’inconscient et le rêve ne participent pas vraiment d’une quelconque bonne volonté, il est question plutôt d’un jeu combinatoire systématique qui cherche un terme à ce qui pourrait, dans une logique moïque, relever d’un impossible. Croire à l’infini de la cure, au caractère de fait irréductible de cet impossible, c’est bien sûr maintenir l’intention de l’Autre dans un extraordinaire dont seul le maître aurait percé le secret. Le rêve se joue au contraire d’un brassage de plans faussement vectorisé vers ce qui serait l’effet d’une interprétation herméneutique. Il est certain que le rêve sur lequel l’imaginaire interprétatif a peu de prise demeure opaque à cette pauvre conscience qui essaie d’y retrouver son lot, que ce soit la position freudienne thérapeutique (vis à vis d’Irma qui n’ouvre certes pas bien la bouche, vis à vis de Martha qui ne se satisfait des grossesses à répétition... bref de toutes celles ou ceux qui demeureraient dans l’écart sauvage entre un plaisir raisonnable et une jouissance débordée) que ce soit la position lacanienne dogmatique ( qui monte en principe la collection des objets propres à assurer la jouissance du Moloch de la Vérité, la compulsion de cette jouissance de service où le pervers rejoint l’obsessionnel). On conçoit que cette différence n’est pas sans quelque inconvénient vis de l’impossible du rapport, et sans doute que l’homme de plaisir sera beaucoup plus séduisant que l’homme de la répartition égalitaire. Il y a effectivement là un point de difficulté politique cette fois et sans doute que la question close d’une politique de la psychanalyse passe en ce lieu de bal où se rencontre la question de la jouissance comme in-possible.
Freud en vient , en bon médecin, à se demander si finalement la résistance de l’hystérique à l’interprétation ne reposerait pas sur quelque particularité organique au delà de la morsure qui saisit l’impétrant qui voudrait de trop près en chercher la lésion. Pour l’instant le bal s’ouvre dans la grande demeure, nous ne sommes plus au temps d’internet et de la cocaïne démocratique. Certes les lieux ne sont peut être pas aussi clairs qu’ils peuvent être dans les salons des Wittgenstein, il y a même une présence obscure qui laisse entendre que le dispositif régulé prend un peu l’eau. A ceci participe la chimie cette fois des syllabes qui ne trouve un point du corps à se localiser, dès qu’un point semble convenir, cela est déjà plus loin, le corps du fantasme singe un possible accord où l’amoureux va se prendre, araignée de son désir. Chacun demeure dupe de ce semblant. Mais au bal moderne, comme disait le marquis, la posture se défait, au point de chacun sera sans doute à un moment au fait de ce qu’il croit être