la notte
Il y a toujours des plans perdus, des phrases suspendues, un goût de cendre, le goût des choses nues, le glissement progressif de l’intention, la perte des limites et la course inutile au sens, nous sommes fantômes pendus déjà, donc il n’y a pas de récit, juste des plans toujours un peu décentrés, des images en moins et en trop, et donc une infinité de montages possibles, il ne reste guère qu’à raconter ce qui se voit
lui il se meurt, l’amoureux transi de la femme, ils sont venus le voir une dernière fois, le tiers mort, finie la comédie
il est question du livre de l’homme, comme dans la dolce vita, sauf qu’il y a ici des corps qui essaient encore de se toucher
il a droit à un dernier verre, d’ailleurs il n’y a que lui qui boit le vin des morts
la femme part et les laisse tous les deux face à la mère qui demeure silencieuse
elle est sorti, noyée d’émotion, ce seront les seuls de toute cette traversée, tandis que lui se laisse entraîner par la nymphomane de service
il la retrouve, elle sait qu’il est parti à l’intérieur de lui même
peu importe qu’il lui raconte ou non l’épisode, de toute façon l’amour est mort avec l’autre, il ne reste plus que la caricature du possible
ils vont donc se livrer à leur quotidien, signature de l’ouvrage
elle s’est enfui vers le rien, il sait pour eux maintenant, la suite est sans importance
elle regarde des corps qui luttent, une fusée qui vole, elle finira par lui demander de la rejoindre pour la mise à mort
elle choisit un paysage vaguement mémoriel
elle le regarde captif du semblant
elle se prépare pour le jeu, le plan souligne le sordide de l’affaire
la sortie à deux ne fonctionne pas, ils s’ennuient, autant rejoindre les autres
les rencontres formelles se succèdent en pure perte
à sa façon elle cherche un homme
lui une femme
ils se croisent régulièrement pour constater l’évolution de chacun
le riche veut acheter la pensée
le piège est bien sûr sa propre fille jouant derrière les miroirs comme un enfant
pendant ce temps l’ami est mort
la séduction en prend un peu d’énergie même si lui ne sait pas
elle a trouvé l’homme le temps d’un orage, ne pas le toucher surtout pour garder l’avantage
la scène n’a pas eu lieu ni d’un côté ni de l’autre et pourtant la coupure du signifiant est manifeste
c’est le temps des adieux, des ultimes mises au point, l’effacement du possible
la mise à mort est lente, minimaliste, encore un peu bavarde
ce qu’elle dit est encore de trop, un peu trop réaliste
elle demeure prise dans l’écart du net et de l’incertain
il n’a plus que le vide devant lui
même pas la présence de la chose comme dans la dolce vita, ils se jettent à terre

la mécanique fait office de présence dans cet échange froid, réel, qui ne mène plus que le jeu du monde
et puis quelques dessins... peut être