l’hypothèse du tableau volé
Le collectionneur fatigue, il voudrait bien chercher à expliquer ce qu’il remarque, mais à qui s’adresse-t-il, cette ignorance qui enferme tout dans la suffisance de certitudes toutes faites. Encore l’épuisement . Toujours. Disons tout au plus cette fausse déprime qui viendrait tordre la suffisance de la joie obligatoire, que le réel soit rude n’implique pas de la tristesse , au contraire. C’est la leçon de Spinoza, et plus près de Rosset. Donc le héros cherche un lien entre des images selon plus ou moins une méthode iconologique qui ne prouve rien sauf qu’il y a des signes invisibles qui font poids, des signes qui sont alors des signifiants puisque justement il n’y a pas de tableau volé, juste la possibilité de mettre en scène le vécu de cette absence, qui renvoie bien sûr au prisme d’une série de scènes codées chez Klossowski, le bain de Diane, le sacrifice de Baphomet, la prostitution déviée du mariage et les détours bien sûr d’une localisation impossible du fantasme dans un espace amoureux organisé par l’institution qu’elle soit de pure factice dans la comédie bourgeoise qu’elle soit l’intériorisation amoureuse du sujet de la névrose, que ce soit celui enfin libre du sujet moderne, libre d’une fantaisie qui au moins lui rendait la réalité supportable. Alors bien sûr l’ennui somptueux qui fera place à l’attention mesure combien l’analytique s’est perdu dans une brume conventionnelle qui passe par des rites obscurs et qui ne visent rien moins qu’une contention de pouvoir. L’intrigue n’est pas si simple qui nous embarque dans une quête diffractée où le réel du templier se noie par exemple dans son simulacre. Alors n’est-il pas légitime de se demander s’il ne s’agit pas après tout de parcourir le possible de l’imaginaire jusqu’à ce point où justement l’ouvert des possibles livre l’identité aux souffles sans corps qui viendraient, sans aucune diablerie, se localiser dans ce corps sans âme abandonné en son désir. Corps qui n’est plus que la fluctuation pornographique de ces identités de passage. Voilà un joli programme pour le flot d’analysants compulsifs que livrent chaque année divan le terrible, de moins en moins depuis Freud d’ailleurs, ombres sectaires d’une dévotion à un inconscient sécularisé. Point n’est besoin d’ailleurs de radoter sur les méfaits de ce pauvre capitalisme qui peut juste détruire la matière. Ici serait amusant de noter une idée théologique du grand nombre qui tirerait les conséquences d’une divinité incapable de localiser un souffle et un corps, un pas de plus que Schreber, cette fois le pas est franchi, le zimzoum accompli et les âmes errantes cherchent à faire retour sur des corps en nombre insuffisant.La norme schizoïde aurait ainsi une physiologie des plus comiques. Devons nous dire alors que cet enchaînement de causes rend beaucoup moins dérisoires ces tableaux de facture banale, ces histoires embrouillées et sans doute sanglantes? Faudrait-il aller jusqu’à se demander si la base philosophique qui soutiendrait le concept analytique serait sans doute moins triomphante, y compris dans l’hystérie hégélienne, et sujette alors à des effets de trou éclairant quant à la pauvreté des flots textuels? Croiser le texte de Klossowski avant L’idéologie Allemande serait sans doute du plus bel effet.